Quand on aime, la fidélité n'est guère difficile, affirmait l'écrivain français Henry de Montherlant (1896-1972). Il n'en va finalement pas autrement pour les traitements qui nous sont prescrits : si nous constatons qu'ils nous font du bien, nous aurons beaucoup moins de mal à nous y tenir. C'est le cas d'un médicament qui apaiserait notre douleur après une intervention, par exemple, d'autant plus que la prise est limitée dans le temps. Pour les traitements de longue haleine, en revanche, cette compliance est toujours un défi. L'Organisation mondiale de la Santé estime d'ailleurs que près d'un malade chronique sur deux s'écarte peu ou prou du traitement prescrit. C'est particulièrement le cas des patients qui souffrent d'une maladie asymptomatique.
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Quand on aime, la fidélité n'est guère difficile, affirmait l'écrivain français Henry de Montherlant (1896-1972). Il n'en va finalement pas autrement pour les traitements qui nous sont prescrits : si nous constatons qu'ils nous font du bien, nous aurons beaucoup moins de mal à nous y tenir. C'est le cas d'un médicament qui apaiserait notre douleur après une intervention, par exemple, d'autant plus que la prise est limitée dans le temps. Pour les traitements de longue haleine, en revanche, cette compliance est toujours un défi. L'Organisation mondiale de la Santé estime d'ailleurs que près d'un malade chronique sur deux s'écarte peu ou prou du traitement prescrit. C'est particulièrement le cas des patients qui souffrent d'une maladie asymptomatique. C'est assez compréhensible, commente la pharmacienne Eline Tommelein, professeur en sciences pharmaceutiques à la VUB : " Aucun symptôme ne vient leur rappeler combien leur traitement est important. L'hypertension ou un taux trop élevé de cholestérol ou de sucre, par exemple, cela ne se remarque pas... et forcément, on ne perçoit donc pas non plus l'effet salutaire des comprimés qui normalisent ces paramètres. Leur impact bénéfique sur le risque cardiovasculaire n'est pas de ceux que l'on ressent de manière immédiate : la seule chose que le patient remarque, et souvent très rapidement, ce sont les éventuels effets secondaires. " Pout se tenir au traitement, il faut se souvenir de son importance et oser parler des problèmes qu'il engendre, notamment ses effets secondaires. " Parlez-en à votre pharmacien. Certains effets indésirables, comme les maux de ventre ou la constipation, pourront souvent être soulagés par des mesures toutes simples. Il peut aussi être intéressant d'examiner comment vous prenez vos médicaments, car le problème vient parfois tout simplement d'une erreur d'utilisation, comme prendre une forme 'retard' à action prolongée à la même fréquence que la forme ordinaire, par exemple. Dans certains cas, le médecin pourra modifier la dose, la voie d'administration ou même passer à un autre produit ayant le même effet thérapeutique. Les médicaments destinés au traitement d'une même maladie n'ont en effet pas tous les mêmes effets secondaires, et il est possible de mieux supporter certains désagréments que d'autres. " La peur des effets secondaires suffit parfois déjà à affecter le respect du traitement prescrit... et malheureusement, elle est souvent alimentée par une communication erronée, incomplète ou peu nuancée dans les médias ou sur les réseaux sociaux. " Dans ce cas aussi, votre pharmacien sera d'une grande aide, insiste Eline Tommelein. Nous sommes là pour vous aider à interpréter correctement les informations qui circulent à ce sujet. " Si certains choisissent sciemment de ne pas se tenir correctement à leur traitement, la plupart des patients non compliants le sont plutôt sans le savoir. " Par exemple parce qu'ils ont oublié les recommandations du médecin ou qu'ils ne font plus la différence entre les aérosols utilisés pour le traitement de leur asthme, à savoir ceux qui sont prévus comme traitements d'entretien et ceux destinés à soulager les symptômes aigus ", illustre la pharmacienne. " Il arrive aussi qu'ils sautent une ou plusieurs doses en se disant que ce n'est pas grave et que cela n'affectera pas l'effet thérapeutique. La régularité de la prise peut toutefois être déterminante pour l'efficacité du traitement, comme, par exemple, la prise d'aspirine en traitement anticoagulant ou celle d'antidépresseurs. Nous devons parfois aussi corriger certaines erreurs pratiques. Lorsqu'un médicament doit être pris à jeun, par exemple, cela fait bel et bien une différence. " Un dernier exemple ? " Certaines personnes écrasent un comprimé car elles ne parviennent pas à l'avaler entier. Or, ce faisant, elles détruisent l'enrobage qui protège son principe actif contre le suc gastrique. Mieux vaut donc en parler pour chercher une alternative adaptée ! " Le risque d'erreurs augmente logiquement avec le nombre de médicaments pris. Si vous souffrez d'une maladie chronique, il peut donc être intéressant de conclure avec le pharmacien de votre choix une " convention pharmacien de référence ", gratuite pour le patient, comme l'ont déjà fait plus de 800.000 Belges. " Le pharmacien de référence élabore pour le patient un schéma de médication personnalisé qui précise la fonction, les modalités de la prise et les points d'attention de chaque produit, explique Hilde Deneyer, directrice du Vlaams Apothekersnetwerk. Ils parcourent ensemble ce schéma, le pharmacien donne des conseils supplémentaires et veille à le maintenir à jour. Moyennant le 'consentement éclairé' de l'intéressé (eHealth consent), il le partage aussi avec ses collègues pharmaciens par le biais du Dossier Pharmaceutique Partagé, une plateforme numérique sécurisée à laquelle 98,5 % des pharmaciens belges sont aujourd'hui connectés. Ils peuvent ainsi consulter l'historique médicamenteux de l'année écoulée et vous aider à prendre correctement et fidèlement votre traitement. " Le pharmacien de référence assure aussi le " suivi des soins pharmaceutiques " sous la forme d'entretiens d'accompagnement spécifiques organisés à intervalles réguliers autour du bon usage des médicaments, poursuit-elle. " Un médecin peut prescrire ces entretiens à des patients atteints d'asthme ou de diabète de type 2, par exemple ; leur pharmacien de référence sera alors rémunéré par l'Inami pour cette prestation. Il va toutefois sans dire que nous voulons accompagner le mieux possible tous les patients, quelle que soit leur pathologie. "