Tous les jeunes ne sont pas égaux face aux études supérieures, et pas seulement en matière de réussite. A l'échelle mondiale, le taux d'accès à cet enseignement est de 37%. Une moyenne qui cache bien entendu des réalités très différentes puisque ce pourcentage chute au sein de certaines populations. Dont les réfugiés. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), ceux-ci n'étaient que 3%, en 2018, à pouvoir accéder aux études supérieures. En cause: de nombreux obstacles comme l'absence de maîtrise de la langue du pays d'accueil, les difficultés personnelles, les soucis administratifs - par exemple en ce qui concerne l'équivalence des diplômes, la méconnaissance des ressources à leur disposition, etc.
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Tous les jeunes ne sont pas égaux face aux études supérieures, et pas seulement en matière de réussite. A l'échelle mondiale, le taux d'accès à cet enseignement est de 37%. Une moyenne qui cache bien entendu des réalités très différentes puisque ce pourcentage chute au sein de certaines populations. Dont les réfugiés. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), ceux-ci n'étaient que 3%, en 2018, à pouvoir accéder aux études supérieures. En cause: de nombreux obstacles comme l'absence de maîtrise de la langue du pays d'accueil, les difficultés personnelles, les soucis administratifs - par exemple en ce qui concerne l'équivalence des diplômes, la méconnaissance des ressources à leur disposition, etc. Partant de ce constat, l'UCLouvain a, dès 2017, entamé une nouvelle approche de la problématique et initié son programme Access2University, dont la vocation est de préparer ces jeunes à l'enseignement supérieur. "L'UCLouvain a toujours accueilli des réfugiés et candidats réfugiés dans ses programmes et beaucoup d'initiatives de sensibilisation ou d'intégration ont été lancées en son sein : des Moocs (NDLR : cours ouverts en ligne), des cours de français, des événements...", précise Dana Samson, professeure et prorectrice pour les affaires internationales à l'UCLouvain. "Cependant, on s'est rendu compte qu'il était nécessaire de structurer ces projets et d'accompagner ces étudiants, car les problèmes logistiques et administratifs les empêchaient souvent de suivre les cours sereinement." Access2University a donc été conçu comme une année académique lors de laquelle les (candidats) réfugiés suivent un programme axé sur l'apprentissage de la langue, l'aspect académique et l'accompagnement personnel. Comme le précise Dana Samson, cette triple composante "est unique en Belgique francophone" et nécessite l'implication de nombreux acteurs. L'élément clé d'Access2University est en effet le travail réalisé par les coordinateurs du programme afin de mettre les réfugiés en relation avec les différentes associations et institutions qui peuvent leur venir en aide. Un processus dans lequel interviennent, entre autres, des membres de l'administration de l'UCLouvain, son Centre d'information et d'orientation (CIO) et son foyer international - le centre Placet -, mais aussi de nombreux acteurs extérieurs comme la Croix Rouge, le CPAS, la Plateforme citoyenne d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, l'asbl Le Collectif des Femmes... C'est par ces différents biais que le programme Access2University se fait connaître auprès de son public cible, et c'est également comme cela qu'il fournit aux (candidats) réfugiés un accompagnement complet. Ceux-ci sont notamment encadrés dans le choix de leur orientation scolaire et professionnelle, ou dans des démarches plus concrètes comme les équivalences de diplômes. Par ailleurs, ils peuvent être soutenus dans leur recherche de logement ou de matériel scolaire, ou d'un suivi psychologique, médical ou social si nécessaire. L'intégration est un pilier central du projet, et ce au travers d'activités, de parrainages par d'anciens participants au programme ou encore de partages d'expériences lors de conférences ou de cours. L'implication dans la vie universitaire passe aussi par la participation à des cours en tant qu'élèves libres, ce qui les prépare en même temps à leurs futures études. Et l'idée d'insertion se retrouve encore lors de l'apprentissage de la langue française, par exemple via des tables de conversations ou des "tandems citoyens" qui mettent en relation directe les (candidats) réfugiés avec des jeunes d'autres horizons. Actuellement, le programme Access2University a la capacité d'encadrer et d'accompagner une vingtaine de réfugiés ou demandeurs d'asile par an. Une sélection est donc organisée en amont avec tout d'abord la constitution d'un dossier écrit, puis une rencontre pour évaluer la motivation des postulants. "Il est important qu'ils aient le projet d'entamer des études supérieures", souligne Dana Samson. "Nous avons en effet basé notre programme sur cet objectif afin de ne pas dupliquer des dispositifs déjà existants. Lorsque nous rencontrons des candidats qui ont d'autres ambitions, nous n'hésitons pas à les aiguiller vers des solutions plus adaptées à leurs besoins et envies." A noter qu'Access2University impose certaines conditions qui garantissent l'efficacité du programme. "Nous attendons des candidats qu'ils aient un niveau de connaissance minimum du français, afin de pouvoir axer nos cours sur le langage universitaire qui leur sera utile lors de leurs études" , explique Dana Samson. Access2University n'a pas entièrement bouclé le cursus 2019-2020 mais, à l'issue de l'année académique 2018-2019, plus de 70% des réfugiés qui ont été accompagnés se sont lancés dans des études supérieures, à l'université ou en haute école. Les 30% restants ont majoritairement opté pour une formation courte ou une insertion professionnelle, et les abandons restent rares jusqu'à présent. La pandémie de Covid-19 et le développement des cours à distance n'ont pas eu d'impact négatif sur l'implication de ces jeunes, car le programme a su s'adapter. "Nos coordinateurs ont l'habitude de réagir vite quand des problèmes se présentent. C'est ce qu'ils ont fait lors de l'épidémie, entre autres en prenant des mesures pour que tout le monde ait accès au e-learning", détaille Dana Samson. Pour cette rentrée 2020, le programme d'accompagnement reprendra donc avec les mêmes mesures que celles qui seront imposées à l'UCLouvain. Dans les années à venir, les premiers participants au programme devraient progressivement terminer les études dans lesquelles ils se sont engagés. Se posera dès lors la question de leur insertion professionnelle. "Nous surveillons cela de près afin de mettre des actions en place si nécessaire", confie Dana Samson. "Ce programme est avant tout une aventure humaine et l'ensemble de ceux qui s'y sont impliqués l'ont à coeur. Nous avons tous la volonté de donner à ces réfugiés une chance d'accéder à l'enseignement supérieur, de s'intégrer ou même d'être outillés pour participer à la reconstruction de leur pays d'origine."Par Marie-Ève Rebts