Au rayon des documentaires inspirants, on cite très souvent Demain, réalisé par le binôme Mélanie Laurent- Cyril Dion et tourné aux quatre coins du monde. " Mais pourquoi parcourir la planète alors que notre pays regorge de héros de l'alimentation durable et responsable qui ne demandent qu'à être mis en lumière ? " s'est un jour demandé Ludovic Bollette, cofondateur du projet Tandem local. Pourquoi " Tandem local " ? " Car plutôt que de prendre l'avion et d'interviewer des personnes (re)connues, nous avons choisi de mettre en avant notre pays, les citoyens qui oeuvrent quotidiennement, à leur façon, à la création d'alternatives au modèle industriel et économique actuel ", développe Ludovic, aussi concepteur de Mangez local ! , une application qui permet de trouver les produits de sa région et de les commander en quelques clics.
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Au rayon des documentaires inspirants, on cite très souvent Demain, réalisé par le binôme Mélanie Laurent- Cyril Dion et tourné aux quatre coins du monde. " Mais pourquoi parcourir la planète alors que notre pays regorge de héros de l'alimentation durable et responsable qui ne demandent qu'à être mis en lumière ? " s'est un jour demandé Ludovic Bollette, cofondateur du projet Tandem local. Pourquoi " Tandem local " ? " Car plutôt que de prendre l'avion et d'interviewer des personnes (re)connues, nous avons choisi de mettre en avant notre pays, les citoyens qui oeuvrent quotidiennement, à leur façon, à la création d'alternatives au modèle industriel et économique actuel ", développe Ludovic, aussi concepteur de Mangez local ! , une application qui permet de trouver les produits de sa région et de les commander en quelques clics. C'est décidé : le 15 juillet 2019, avec son ami producteur-réalisateur François Legrand, Ludovic enfourche son vélo électrique pour partir à la rencontre des hommes et des femmes à l'origine de la transition alimentaire en Belgique (producteurs et transformateurs locaux, coopératives, commerces équitables et initiatives citoyennes). " Notre objectif est de montrer au grand public les enjeux gravitant autour du thème de l'alimentation (agricoles, sociaux, politiques, éducatifs, économiques, sanitaires et climatiques) et de découvrir les solutions déjà existantes ", explique-t-il. Autre enjeu (et non des moindres) de Tandem local : donner la parole à des producteurs - plutôt qu'à des experts - et ce dans un langage simple et accessible. En plus de deux mois de cyclo- périple, cinquante étapes ont pu être alignées à travers les dix provinces du plat pays. " Ce mode de locomotion nous a permis de parcourir des distances assez importantes sans polluer tout en transportant le matériel nécessaire à la captation ", précise ce père de famille qui se lance actuellement comme maraîcher. Le but : montrer que, malgré sa petite taille, la Belgique regorge de ressources et que consommer éthique et responsable est possible, à portée de main et abordable financièrement. Les deux amis - accompagnés d'une traductrice, de deux journalistes en herbe et de deux vidéastes professionnels - donnent le top départ de leur aventure à La Serre, à Ixelles, un lieu écoengagé multiculturel. Premier arrêt le lendemain à La Popote, une cantine locale située à Waterloo, qui organise aussi des ateliers thématiques (cuisine, potager, zéro déchet...), abrite une miniferme pédagogique, le tout dans une ambiance intergénérationnelle. " On y a été, comme en de nombreux endroits, très bien reçus ", se souvient Ludovic. " Le reste de l'itinéraire s'est fait au feeling et au compte-gouttes, selon les conseils et contacts des uns et des autres, avec, à chaque fois, un séjour de deux ou trois jours sur place. Tourner l'été a aussi été un moment optimal pour rencontrer les producteurs, avoir de belles images et... dormir sous tente ", ajoute Ludovic. Une expérience riche d'échanges pleins d'humanité dignes de la fameuse émission télé J'irai dormir chez vous, mais à la belge. Parmi leurs nombreuses haltes, il y a celle de Bellefontaine, dans la région de Saint-Hubert, où les villageois ont repris en main une superette qui appartenait à un grand groupe de distribution et qui propose désormais un assortiment de plus de soixante producteurs locaux ainsi que des produits bio et du vrac. " J'ai entendu parler de Tandem local et je les ai contactés en pensant que ce serait chouette de parler de notre coopérative, Coeur de village, dans leur documentaire ", s'enthousiasme Pierre-Alexis Roland, responsable du projet. " Notre coopérative a vu le jour en mars 2018 et compte désormais nonante coopérateurs actifs. Etre filmés et interviewés a été l'occasion de montrer qu'il n'y a pas qu'à Bruxelles, Liège ou Charleroi que ça bouge ! " Un projet d'autant plus porteur qu'il a permis de recréer du lien social entre les habitants. Au point de constituer désormais un lieu convivial où les villageois aiment se retrouver et partager une tasse de café. Mais le zéro budget n'a qu'un temps. De retour de leur périple, Ludovic et François se mettent à rechercher des fonds pour pouvoir réaliser le " dérushage " de leurs vidéos, ainsi qu'une première maquette du documentaire. Objectif atteint en janvier dernier où, via la plateforme Miimosa, ils réussissent à lever près de 10 000 euros. " On a essayé au maximum de filmer le quotidien des producteurs de manière authentique, c'est-à-dire que les interviews n'étaient jamais préparées afin de favoriser la spontanéité, ce qui est assez rare pour un documentaire ", souligne Ludovic. " On espère que la crise du coronavirus va déboucher sur un changement de mentalités. Beaucoup de personnes ont (re)pris le temps de cuisiner, de cultiver un potager, de se fournir chez les producteurs situés près de chez eux... Croisons les doigts pour que le changement s'amorce ! " En plus d'une aide financière à recevoir de la Région bruxelloise, l'équipe de Tandem local estime avoir encore besoin de 40 000 euros pour achever son projet documentaire. Cette nouvelle enveloppe permettra de monter le film, de le faire traduire et de " rétribuer quelqu'un de connu pour composer la mélodie du film ", complète Ludovic. En ligne de mire, le souhait que le reportage soit projeté d'ici à la fin de l'année dans un maxi- mum de salles. Et de donner l'envie aux spectateurs de se mettre à leur tour en mouvement. Pour réaliser leur propre transition. Par Annabelle Duaut.