Décrochage scolaire, sans diplôme, sans emploi. Un CV qui effraie beaucoup d'employeurs et garantit un cercle vicieux. Ces jeunes deviennent alors des marginaux, souvent stigmatisés. L'Europe leur a trouvé un joli nom : les Neet's ( Not in Education, Employment or Training). Comprenez des jeunes qui sont ni étudiants, ni employés, ni stagiaires, coincés dans une zone floue entre mondes de l'école et du travail. Une " communauté " qui a entre 16 et 30 ans et compte 273 000 membres en Belgique. " Ces jeunes ont perdu leur espoir et leurs rêves. On essaie de créer un lien de confiance avec eux pour ensuite tenter de leur redonner confiance en eux ", explique Bart De Bondt, directeur de YouthStart Belgique. L'asbl qu'il dirige a donc une vocation sociale mais aussi économique. Le coût d'opportunité que représentent les Neet's à l'échelle nationale est de 5,9 milliards d'euros par an, selon une étude de l'OCDE (l'Organisation de coopération et de développement économiques) de 2016. Les intégrer dans le monde professionnel devient une ambition fructueuse.

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Recette magique

La naissance de l'idée qui a fondé YouthStart est digne d'un scénario de film. Il y a trente ans, Steve Mariotti, entrepreneur dans le Bronx, à New York, se fait dépouiller par un groupe de jeunes dans Central Park. Tel un sage, il va faire de cette mésaventure son combat, estimant que ses agresseurs ont un sens de l'organisation et de l'initiative. Il décide de mettre en oeuvre un projet qui permette aux jeunes d'apprendre les bases de la création d'entreprise, le Network For Teaching Entrepreneurship (NFTE). En 1998, YouthStart Belgique naît et devient la première structure en Europe à offrir le programme NFTE. L'asbl propose une formation à des groupes de dix à quinze personnes encadrés par deux formateurs. Le tout réparti sur sept jours, le huitième étant consacré à la distribution des certificats. " La première journée, on se focalise sur leurs compétences comportementales et opérationnelles. On travaille sur la connaissance de soi et on leur demande de trouver une idée de projet. Ils ont des rêves réalistes, souvent avec un lien social. Les jours qui suivent, on applique le plan marketing et le plan financier à leur idée initiale ", détaille Bart De Bondt.

Bart De Bondt, directeur de YouthStart Belgique. © DR

Une belle histoire, un beau programme. Mais pour quels résultats ? Avec un large sourire, le directeur de YouthStart expose le succès de l'asbl à travers les chiffres d'une étude réalisée cette année par la VUB. 84 % des jeunes qui suivent la formation sont " réactivés ", c'est-à-dire qu'ils retrouvent une activité professionnelle. Dans le détail : 42,8 % décrochent un job, 37,8 % commencent ou reprennent des études et 3,4 % deviennent entrepreneurs. " Seulement " 16 % des participants ne redeviennent pas actifs après la formation et sont redirigés vers des asbl partenaires. Mais c'est déjà trop pour Bart De Bondt : " Notre mission est qu'il n'y ait plus de Neet's. "

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Du CPAS à la médaille d'or

Malgré un parcours truffé d'embûches, la Brainoise Olivia Dirickx s'est révélée grâce à YouthStart. Passionnée par la mode, elle entame des études de stylisme. Mais la jeune femme ne s'en sort pas comme elle le souhaiterait et laisse tomber. " En mars 2012, j'ai galéré. J'ai travaillé à gauche et à droite mais c'était toujours avec la difficulté de trouver de quoi me rebooster. " A 25 ans, déchue de son droit au chômage, Olivia intègre le CPAS. Lors d'une formation d'insertion professionnelle, elle se voit offrir celle organisée par YouthStart. Revient alors au galop son attrait pour le stylisme. " On a créé une entreprise fictive. J'ai développé l'idée de monter une entreprise qui confectionne du prêt-à-porter via l'upcycling et le recyclage. " Cependant, la formation achevée, Olivia ne décroche toujours pas de travail. Puis, un appel. Elle est sélectionnée pour la Compétition nationale de business plan organisée chaque année par YouthStart. Suivie par deux formateurs pour se préparer au concours, elle remporte la demi-finale à Bruxelles et s'envole affronter des candidats de sept autres pays européens en finale à Dublin. Elle y présente son projet de vêtements recyclés au jury. " Je ne parle pas anglais. J'ai écouté la BBC pendant trois semaines pour avoir l'accent. Et ça a super bien marché parce que les jurés étaient étonnés. " Olivia Dirickx remporte la médaille d'or du YouthStart European Entrepreneurship Award 2018 dans la catégorie " Best Idea ". A présent, la jeune femme évolue dans une couveuse d'entreprises. Pendant un an, tout en touchant ses allocations du CPAS, elle est accompagnée financièrement dans la création de son entreprise de prêt-à-porter respectueux de l'environnement.

Malgré un parcours truffé d'embûches, la Brainoise Olivia Dirickx s'est révélée grâce à YouthStart. © Mark Stedman

Objectif 2000

Après avoir abandonné ses études en sciences économiques, le Bruxellois Julien Rousseau enchaîne les petits boulots pendant des années, passant du monde ouvrier à celui des banques. Jusqu'au redoutable jour où il se retrouve au chômage. " Au terme de deux ans sans emploi, on commence à perdre confiance en soi et une déprime s'installe. Ça se ressent dans les entretiens et c'est un cercle vicieux. " Il met alors de côté la recherche d'emploi pour se lancer dans une formation en informatique dispensée par l'asbl Coften (Centre d'orientation et de formation aux technologies numériques). C'est là que Julien rencontre deux formatrices de YouthStart. L'engouement est immédiat. La structure lui apporte une nouvelle perception du monde professionnel. Désormais, il assure deux mi-temps, l'un chez bpost et l'autre comme producteur de vidéos. Sans YouthStart, " c'est quelque chose que je n'aurais pas osé ". Oser entreprendre, c'est bien la mission de l'asbl.

A ses balbutiements, YouthStart épaulait 90 jeunes par an. Ils étaient 806 en 2018 et l'objectif est d'en prendre 2 000 en charge dans deux ans. " Avec 2 000 jeunes aidés par an, le ministre de l'Emploi ne peut plus nier notre existence. J'espère qu'à ce moment-là, nous aurons des subsides. On serait libéré parce qu'on s'investit beaucoup dans la recherche de fonds, de sponsors et de partenaires sociaux ", souligne Bart De Bondt. Le soutien du monde politique serait donc le bienvenu.

Loïs Denis