C'est une étude doublement révolutionnaire. D'une part, elle va à contre-courant de la pensée générale selon laquelle trop de temps passé à s'adonner aux jeux vidéo serait néfaste pour la santé mentale. D'autre part, ce travail, réalisé par des chercheurs d'Oxford sur des adultes, est totalement innovant dans sa méthode, puisqu'il est le premier en son genre à avoir comparé des autoévaluations, données fournies par les joueurs, et les vrais temps de jeu, communiqués par des éditeurs de jeux vidéo en ligne (ici, Electronic Arts et Nintendo). Une cohorte de 3.270 joueurs a ainsi été invitée à répondre à un questionnaire visant à mesurer bien-être, heures de jeu déclarées et expériences vécues comme "motivantes" au cours de deux jeux complètement différents, Plants vs Zombies: Bataille de Neighborville et Animal Crossing: New Horizons.
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C'est une étude doublement révolutionnaire. D'une part, elle va à contre-courant de la pensée générale selon laquelle trop de temps passé à s'adonner aux jeux vidéo serait néfaste pour la santé mentale. D'autre part, ce travail, réalisé par des chercheurs d'Oxford sur des adultes, est totalement innovant dans sa méthode, puisqu'il est le premier en son genre à avoir comparé des autoévaluations, données fournies par les joueurs, et les vrais temps de jeu, communiqués par des éditeurs de jeux vidéo en ligne (ici, Electronic Arts et Nintendo). Une cohorte de 3.270 joueurs a ainsi été invitée à répondre à un questionnaire visant à mesurer bien-être, heures de jeu déclarées et expériences vécues comme "motivantes" au cours de deux jeux complètement différents, Plants vs Zombies: Bataille de Neighborville et Animal Crossing: New Horizons. Bilan: le fait d'avoir du plaisir à maîtriser des compétences acquises durant le jeu et d'interagir, en ligne, avec d'autres joueurs, semble concourir à rendre le gamer plus heureux. Les chercheurs mettent aussi en lumière une légère corrélation entre temps de jeu et bien-être. Ainsi, les personnes ayant passé, en moyenne, plus de quatre heures par jour à jouer, se disent plus heureuses. Mais ce serait surtout l'expérience subjective vécue par les gamers, concernant leur bien-être, qui pèserait le plus lourd dans la balance que les heures effectivement jouées. Et les chercheurs d'aller encore plus loin: selon eux, les joueurs qui ne trouvent pas, dans la "vraie vie", suffisamment de sources de bonheur, pourraient compenser ce mal-être avec le plaisir éprouvé au cours du jeu. Jusqu'à présent, les travaux sur le sujet se basaient uniquement sur des autoévaluations des personnes sondées, pas forcément fiables, donc. Pour l'heure, il faut encore prendre le travail de l'université d'Oxford avec prudence, souligne Bruno Bonnechère, spécialisé en gaming, en réhabilitation cognitive et en neurosciences à Cambridge et à l'ULB. L'article d'Oxford, publié sur le site psyarxiv.com (géré par la société américaine d'amélioration du bien-être psychologique), n'est qu'un preprint, c'est-à-dire qu'il n'a pas encore réellement été publié et validé par des pairs.Pour autant, lui-même auteur de plusieurs travaux dans le domaine des jeux vidéo, Bruno Bonnechère a copublié, en 2020, dans la revue Nature, une méta-analyse passionnante des effets des jeux cognitifs sur les personnes âgées de plus de 60 ans. Conclusion: la rapidité, la mémoire de travail, les fonctions de réalisation et la mémoire verbale sont améliorées. En 2018 déjà, l'étude canadienne "Jeux vidéo et santé mentale" établissait un ralentissement du déclin cognitif chez les plus âgés. En outre, selon elle, les environnements virtuels des jeux vidéo forcent le gamer à utiliser simultanément presque toutes les fonctions cognitives, ce qui mène à un accroissement des capacités de traitement d'informations chez les plus jeunes (entre 8 et 30 ans).