Elle a la voix douce et l'intonation posée de celles qu'on écouterait lire des contes pendant des heures mais c'est sa propre histoire qu'Anne Vandebosch raconte. Cette Bruxelloise d'origine est aujourd'hui installée dans la verdoyante banlieue de Bastogne, en province de Luxembourg. Assistante en audiologie depuis bientôt trente ans, elle précise d'emblée en souriant que son job ne se réduit pas à des fonctions de secrétariat mais consiste aussi, entre autres, à prendre en charge la réparation des appareils auditifs. Autant dire que la Bastognarde d'adoption est incollable sur "les marques, les modèles et le fonctionnement" de ces derniers.
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Elle a la voix douce et l'intonation posée de celles qu'on écouterait lire des contes pendant des heures mais c'est sa propre histoire qu'Anne Vandebosch raconte. Cette Bruxelloise d'origine est aujourd'hui installée dans la verdoyante banlieue de Bastogne, en province de Luxembourg. Assistante en audiologie depuis bientôt trente ans, elle précise d'emblée en souriant que son job ne se réduit pas à des fonctions de secrétariat mais consiste aussi, entre autres, à prendre en charge la réparation des appareils auditifs. Autant dire que la Bastognarde d'adoption est incollable sur "les marques, les modèles et le fonctionnement" de ces derniers.Passionnée par son métier, la quinquagénaire rejoint un beau jour le groupe Facebook "Mon enfant est sourd mais je veux en parler", et y est confrontée au désarroi des parents. "C'est terrible pour eux, parce que quand on n'a pas soi-même de problèmes d'audition, c'est un univers qu'on ne connaît pas du tout. Cela les panique, parfois même sans raison: j'ai déjà dû rasséréner des mamans qui postaient l'audiogramme de leur enfant, catastrophées, en écrivant que l'ORL leur avait annoncé une perte de 20 à 30% d'audition, mais sans bien comprendre ce que ça implique. Ma formation me permet de décoder l'audiométrie et les rassurer." Des pères et des mères, désespérés, y signalent également le refus catégorique de leurs rejetons de porter leurs appareils et demandent conseil aux autres membres du groupe, confrontés à la même problématique. Bien souvent, en vain. "Ça me révolte, s'emporte la spécialiste, parce qu'il y a quelques années encore, on charriait un peu les enfants à lunettes, mais maintenant qu'ils en portent tous on ne leur dit plus rien. Par contre, les appareils auditifs ou les implants restent très stigmatisés, ce qui est difficile à gérer pour le celui qui doit en porter." La solution? Une bonne fée bricoleuse, des fonds de stock et... Les Poupées sourdes. Anne Vandebosch évoque un "concours de circonstance" à l'origine de ce projet qui a rassemblé près de cinq cents parents en quelques semaines. Le principe: appareiller la poupée fétiche ou le doudou de l'enfant avec un modèle de prothèse auditive aussi semblable au sien que possible, afin qu'il puisse s'identifier et enfin accepter de le porter. "Chaque fois qu'une nouvelle gamme arrive en magasin, on reçoit des petits postiches pour permettre aux clients de les essayer. Dès qu'on passe à la collection suivante, techniquement, ils sont bons à jeter. Je trouvais ça dommage et je me suis dit que ce serait chouette de les poser sur des jouets pour aider les enfants à mieux accepter leur appareil ou leur implant." Lancé au printemps dernier, en plein confinement, le projet décolle immédiatement et les demandes de parents se multiplient. Sur la base de photos de l'enfant et de sa prothèse, l'assistante en audiologie fouille dans son stock pour trouver le modèle le plus ressemblant - quitte à solliciter l'aide de son mari pour mélanger les peintures et obtenir la nuance de rose parfaite - avant de le faire parvenir à ses frais aux parents. "Je trouve ça important que le geste soit gratuit. Je veux bien payer 5 euros de timbres par jour si cela me permet de continuer à recevoir le feedback des parents après que le jouet préféré de leur enfant a été appareillé." Une philosophie solidaire qui a séduit la société belge Round3D, qui commercialise du matériel pour impression 3D et a utilisé ce processus pour lui fournir gratuitement plusieurs centaines d'implants cochléaires destinés à des poupées et autres oursons en peluche. Si pour Anne la gratuité de la démarche est primordiale, les joujoux aidant à mieux accepter un handicap commencent à se tailler une place de choix sur le marché. Outre-Atlantique, notamment, Amy Jandrisevits, ex- assistante sociale, a lancé le concept A Doll Like Me, qui propose des poupées personnalisées pour ressembler aux enfants malades ou en situation de handicap. Cousues main dans son salon du Wisconsin, sur la base de photos envoyées par les parents, elles ont un membre en moins, des cicatrices, la boule à zéro après une chimio ou encore une affection cutanée. "C'est difficile de dire à un petit "tu es parfait comme tu es" et de lui inculquer l'estime de soi sans toutefois jamais lui donner quelque chose qui lui ressemble", déclare l'Américaine, qui a réalisé plus de 45.000 poupées au fil du temps et a désormais une liste d'attente de deux ans avant de pouvoir honorer les demandes des parents. Autre option? La Shadow Buddy. Créée par Marty Postlethwait, la Shadow Buddies Foundation a été inspirée par le parcours de son fils Miles, né grand prématuré et présentant des malformations congénitales, contraint de passer les premières années de sa vie à enchaîner opérations et séjours prolongés en clinique. "Les Shadow Buddies ont été pensées comme des amis pour les enfants hospitalisés", explique Marty, qui a imaginé plus de trente poupées de chiffon atteintes de maladies différentes, entre le Buddy diabétique et sa pompe à insuline, celui qui affiche fièrement la cicatrice d'une opération à coeur ouvert ou encore le Buddy doté d'une poche à l'estomac. Des doudous doublement réconfortants, vendus en ligne entre 15 et 25 dollars. Signe des temps, la grande distribution suit aussi le mouvement et, en marge des initiatives solidaires d'Anne, Amy ou Marty, le géant Wesco a lancé Les Handicaps. Décrite comme un "formidable outil pour comprendre et apprendre à accepter l'autre avec ses différences" - cécité, paralysie, surdité etc. -, la gamme est proposée sur le site de la marque pour un peu moins de 40 euros les six figurines. Si Anne Vandebosch avoue qu'elle serait déçue que quelqu'un s'empare de son concept "pour se faire de l'argent", elle souligne toutefois l'importance de diversifier les jouets. Et de conclure: "C'est incroyable, parce que quand on fait un geste pour un enfant, c'est déjà très apprécié des parents. Mais quand c'est pour un enfant "différent", leur réaction est décuplée. Un peu comme si ces papas et mamans-là pensaient que leurs enfants ne méritaient pas que d'autres qu'eux s'y intéressent." D'où l'importance de changer enfin les règles du jeu.