Une note d'espoir dans une année pourrie: en sport, beaucoup de jeunes ont cassé la baraque
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Beaucoup de jeunes ont brillé au plus haut niveau en 2020. Ça vous étonne? Est-ce vraiment si nouveau? Boris Becker, notamment, a réalisé ses premiers exploits tennistiques dans sa 16e année, en 1985, et le footballeur Laurent Paganelli a débuté avec Saint-Etienne à 15 ans et demi, en 1978. Mais cela reste frappant de voir de si jeunes personnes être capables de performer alors qu'un sportif atteint généralement la plénitude de son talent entre 22 et 30 ans. Souvent, on remarque que cet avènement précoce résulte d'un surinvestissement des parents, notamment ceux qui n'ont pas eu la gloire sportive dont ils rêvaient et qui reportent leurs espoirs sur leur enfant. Celui-ci est alors orienté vers les meilleurs entraîneurs et centres de formation. Qu'est-ce qui explique l'engouement suscité par l'arrivée d'un nouveau prodige? La valorisation de la jeunesse est très importante dans notre société. Il fut un temps où l'on devenait adulte à 21 ans: on faisait notre service militaire, on se mariait, on n'était plus jeune. Depuis, la jeunesse s'est beaucoup étendue et est devenue une référence. Il faut rester le plus jeune possible le plus longtemps possible, avoir un corps jeune, lisse et pas entamé par les rides, etc. En même temps, quand des sportifs très jeunes réussissent de grandes choses, il y a aussi un peu de soupçon: que s'est-il passé pour qu'il arrive si jeune à une telle maturité sportive? On ne questionne pas le recours au dopage, mais un potentiel surentraînement, quelque chose qui aurait transgressé les limites habituelles à cet âge-là. La réussite sportive précoce provoque un mélange d'émerveillement et d'interrogation. Peut-on s'attendre à voir de plus en plus de jeunes prêts pour le haut niveau à 16-17 ans? Oui. D'une part, l'espérance de vie a augmenté et, d'autre part, on observe des résultats de plus en plus prometteurs à des âges très précoces, que ce soit au niveau sportif ou numérique. Ça s'explique notamment par l'amélioration technique de la société qui fait que tout ce qui était disponible jadis à un stade d'évolution mentale plus avancé est aujourd'hui accessible à un monde plus jeune. En résulte une accélération du temps de la vie. Certains craignent que le fossé social qui se creuse entre les enfants des classes aisées et ceux des classes défavorisées ait une influence sur le sport. La réduction du réservoir limiterait la concurrence et entraînerait donc une baisse de niveau? Ça dépend des sports. Ceux qui nécessitent un matériel important, comme les sports automobiles, entretiennent l'écart entre les classes de la société. Mais les sports plus universels comme le football peuvent se pratiquer juste avec un ballon et des chaussures pas forcément sophistiquées. Par ailleurs, malgré les frontières sociales qui existaient dans la pratique de ce sport, on remarque que le tennis est devenu plus populaire. Avec l'avènement de tous ces jeunes, doit-on s'attendre à une augmentation du niveau? C'est déjà ce à quoi on assiste depuis une dizaine d'années. Regardez les résultats du saut à la perche ou du sprint sur 100 mètres. Il y a un progrès continu, qui passe par l'amélioration des techniques d'entraînement et des technologies tout court, mais pas uniquement. Le niveau technique atteint au football est remarquable: je ne suis pas sûr que Roger Marche, qui jouait dans les années 1950, aurait encore sa place sur le terrain aujourd'hui. Est-il possible de constamment repousser les limites? Je me demande si l'Homo Sapiens n'est pas un peu dépassé dans toute cette histoire: la mécanisation de tout ce que l'on effectuait jadis à la force des muscles, les projections sur la fécondation de demain... Il semble que l'Homo Sapiens soit un peu désuet et que, pour pouvoir dépasser ses limites dans le futur, il ait plus facilement recours à des moyens proscrits.