Institution renommée de la Sarre (Etat autonome placé sous tutelle française avant d'être réincorporé à la République fédérale d'Allemagne), le Saarlandmuseum expose ses collections à Metz, l'occasion de juger de la perméabilité culturelle des scènes artistiques allemandes et françaises, depuis l'impressionnisme. Premier constat : si les Français ignorent largement les productions de l'autre côté du Rhin, côté allemand, les esprits libres nourrissent une fascination pour la production française, adoptant les procédés stylistiques de leurs voisins comme un moyen de renouveler leur art....

Institution renommée de la Sarre (Etat autonome placé sous tutelle française avant d'être réincorporé à la République fédérale d'Allemagne), le Saarlandmuseum expose ses collections à Metz, l'occasion de juger de la perméabilité culturelle des scènes artistiques allemandes et françaises, depuis l'impressionnisme. Premier constat : si les Français ignorent largement les productions de l'autre côté du Rhin, côté allemand, les esprits libres nourrissent une fascination pour la production française, adoptant les procédés stylistiques de leurs voisins comme un moyen de renouveler leur art. Le parcours - chronolologique - s'entame donc sur l'impressionnisme (Pissarro, Monet et Renoir). On mesure la connivence - chromatique, esthétique et thématique - avec le trio de la Sécession berlinoise fondée en 1898, en réaction contre le conservatisme (les peintres Liebermann, Max Slevogt et Lovis Corinth). L'espace suivant convoque, lui, les mouvements expressionniste et fauviste. Entre volonté d'intensité et retour aux sources, les deux pays sont animés, presque simultanément, par le même désir de changement : les artistes font fi des traditions académiques pour négocier un tournant radical dans l'histoire de l'art. Une tempête de couleurs inédites, d'aplats, de lignes farouches et d'émotions fougueuses s'abattent sur les toiles de Derain, de de Vlaminck et de Matisse, et ce dernier est par exemple singulièrement vénéré par Hans Purrmann, dont le style est directement emprunté au maître français. Le même élan spontané se retrouve chez les cavaliers du Der Blaue Reiter, un groupe munichois réuni autour d'August Macke et de Franz Marc. Influencés par Gauguin, les représentants de Die Brücke (Ernst Ludwig Kirchner et Emil Nolde en tête) composent également des tableaux exotiques empreints d'africanité. A ces orgies colorées, les cubistes répondent en véhiculant du monde une vision fragmentée. Du côté allemand, c'est en sculpture que ce mouvement trouve l'écho le plus significatif (en particulier chez Rudolf Belling). On observe aussi l'influence timide du Bauhaus sur Le Corbusier. Pendant le XXe siècle, les guerres ébranlent les échanges. Naturellement, les Allemands s'émancipent de l'influence française. Ils cherchent à se réinventer malgré le ressentiment des anciens et le désespoir de la jeune génération. Dans la seconde moitié du siècle, le groupe ZERO, fondé par Heinz Mack et Otto Piene en 1957, apparaît comme une réponse à l'immatériel d'Yves Klein. Il s'agit en définitive du dernier mouvement significatif auxquels participent les deux scènes, française et allemande. L'épilogue réunit des oeuvres s'inscrivant dans des directions éclatées. Preuve que, depuis 1970, chacun poursuit sa route esthétique, même si les Français ne cachent pas une certaine fascination pour Gerhard Richter ou Anselm Kiefer. Entre deux horizons, au Centre Pompidou-Metz. Jusqu'au 16 janvier 2017. www.centrepompidou-metz.frPAR GWENNAËLLE GRIBAUMONT