Amine El Khatmi est le président de l'association Printemps républicain qui a pour objectif de défendre la laïcité et de lutter, en France, contre l'extrême droite et l'islamisme. Son livre, intitulé Printemps républicain (1), avance des propositions qui soit seront reprises par des candidats à la présidentielle de 2022, soit seront portées par une candidature indépendante. L'attrait pour la chose publique est né chez Amine El Khatmi avec l'inquiétude provoquée par l'accession au second tour de l'élection présidentielle de 2002 de Jean-Marie Le Pen. Comment contrer aujourd'hui le discours stigmatisant d'un Eric Zemmour?
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Amine El Khatmi est le président de l'association Printemps républicain qui a pour objectif de défendre la laïcité et de lutter, en France, contre l'extrême droite et l'islamisme. Son livre, intitulé Printemps républicain (1), avance des propositions qui soit seront reprises par des candidats à la présidentielle de 2022, soit seront portées par une candidature indépendante. L'attrait pour la chose publique est né chez Amine El Khatmi avec l'inquiétude provoquée par l'accession au second tour de l'élection présidentielle de 2002 de Jean-Marie Le Pen. Comment contrer aujourd'hui le discours stigmatisant d'un Eric Zemmour? Le premier chapitre de votre livre est consacré à "La République qui protège". Est-ce le principal défi auquel à la France est confrontée? C'est un des défis. Une partie de la gauche a eu tort pendant des années de ne pas traiter cette question de la sécurité, de l'ordre, du rétablissement de l'autorité de l'Etat au prétexte qu'il s'agissait de thématiques de droite ou que l'évoquer faisait le jeu du Front national, à l'époque. Je crois, au contraire, qu'une gauche républicaine et populaire, c'est-à-dire qui défend le peuple, doit se battre pour la sécurité. Je viens d'un quartier populaire d'une ville du sud de la France, Avignon. J'ai vu les dégâts de l'insécurité lorsque des réseaux de trafiquants imposent leur loi qui remplace celle de la République. Les victimes de ce désordre sont toujours des personnes, issues des catégories populaires, qui sont déjà en difficulté, notamment des mères de famille qui élèvent leurs enfants seules et qui cumulent des boulots peu rémunérés. Est-ce être de droite ou d'extrême droite que de s'indigner quand, dans une ville comme Marseille, des barrages sont érigés à l'entrée de certains quartiers tenus par des dealers et qu'ils exigent des habitants qu'ils déclinent leur identité avant de pouvoir regagner leur domicile? Je ne le crois pas. C'est simplement faire preuve de bon sens. Ceux qui s'accrochent à leurs vieux schémas politiques et taxent d'extrême droite toute personne qui veut de l'ordre et de la sécurité, de la justice sociale et de l'égalité, ne m'intéressent pas. Votre programme est-il une réponse à la candidature à la présidentielle de Marine Le Pen et à celle, potentielle, d'Eric Zemmour? Je n'ai pas à répondre à Marine Le Pen ou à Eric Zemmour qui sont des adversaires politiques. En revanche, je parle à leurs électeurs. J'en ai rencontré. Je sais faire la différence entre un électeur qui est foncièrement raciste et vote pour Marine Le Pen comme il l'a fait pour Jean-Marie Le Pen parce qu'il n'aime pas les Noirs et les Arabes - avec cet électeur-là, je n'ai pas à avoir de dialogue - et de très nombreux Français qui finissent par voter Rassemblement national parce qu'ils sont exaspérés. Ils sont exaspérés parce qu'ils vivent dans les territoires ruraux désertés par les services publics et parce qu'en plus, ils subissent une forme de mépris de la part des grands pôles métropolitains et de Paris. Oui, ceux-là sont sensibles aux thèmes développés par Zemmour, notamment parce qu'ils ressentent une insécurité culturelle. Je veux dialoguer avec eux. Pas pour leur faire une leçon de morale mais pour essayer de les convaincre de revenir dans le giron républicain et de ne plus voter à l'extrême droite. Je fais le pari de l'intelligence, de la conviction, et de la confrontation de fond plutôt que celui des anathèmes et des insultes. Estimez-vous qu'un Eric Zemmour sort du giron républicain? Quand on plaide pour la préférence nationale, quand on explique que des gens qui n'ont pas des prénoms "bien de chez nous" ne sont pas de bons citoyens, quand on se dit philosophiquement favorable à la peine de mort, quand on tient des propos comme ceux qu'Eric Zemmour a tenus sur les femmes, sur les migrants, sur un tas d'autres groupes de la société, quand on procède à une forme de réhabilitation du maréchal Pétain pour le rôle qu'il a joué à l'égard des Français juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, je pense en effet que l'on n'est plus dans le giron républicain. Mais mon sujet n'est ni Eric Zemmour ni Marine Le Pen. Mon sujet, ce sont leurs électeurs et parmi ceux-ci, ceux que je voudrais convaincre de revenir vers un vote républicain.