Les Montois eux-mêmes doivent l'avouer : ils connaissent mal la patronne de leur ville. " Ils ont bien une idée générale à son propos, admet le secrétaire des bollandistes, François De Vriendt. Ils savent que Waudru est une religieuse du Moyen Age venue s'établir sur une colline de la cité, dont la collégiale actuelle perpétue de souvenir. Mais à part cela, que savons-nous de cette femme ? Hormis ses ossements, aucun témoignage ne nous est parvenu de son vivant. Pas un objet lui ayant appartenu. Pas le moindre écrit de sa main ou de témoignage contemporain sur sa personne. Aucune trace matérielle de ce qu'elle fonda à Mons. Tous ce que nous connaissons d'elle émane de documents tardifs. Avec ce que cela implique comme déformations et oublis. "
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Les Montois eux-mêmes doivent l'avouer : ils connaissent mal la patronne de leur ville. " Ils ont bien une idée générale à son propos, admet le secrétaire des bollandistes, François De Vriendt. Ils savent que Waudru est une religieuse du Moyen Age venue s'établir sur une colline de la cité, dont la collégiale actuelle perpétue de souvenir. Mais à part cela, que savons-nous de cette femme ? Hormis ses ossements, aucun témoignage ne nous est parvenu de son vivant. Pas un objet lui ayant appartenu. Pas le moindre écrit de sa main ou de témoignage contemporain sur sa personne. Aucune trace matérielle de ce qu'elle fonda à Mons. Tous ce que nous connaissons d'elle émane de documents tardifs. Avec ce que cela implique comme déformations et oublis. "Les chroniqueurs en ont fait une " duchesse de Lotharingie ", une " comtesse de Hainaut ", titres erronés qui auront la vie longue. Les informations disponibles proviennent surtout d'un genre littéraire très spécial : les " Vies " ( Vitae) de saints, écrites en latin. Composées par des ecclésiastiques, ces textes visent à susciter l'admiration, à promouvoir la vénération du saint. Toutefois, depuis vingt ans, des progrès ont été accomplis : une quinzaine d'études, une meilleure connaissance de l'époque mérovingienne et l'analyse des ossements de Waudru ont éclairé des zones d'ombre. De Vriendt remet d'abord en cause la date traditionnelle de la naissance de Waudru. Elle ne serait pas née en 612, mais entre 622 et 625. " Le plus ancien texte à ce sujet dit qu'elle est née ''au temps de Dagobert''. Il s'agit du bon roi Dagobert Ier, roi de tous les Francs de 629 à 639, mais qui règne déjà sur l'Austrasie à partir de 622. De plus, ces dates s'harmonisent avec la chronologie ultérieure de sa vie. " Née sans doute à Salra (aujourd'hui, le village français de Cousolre), à trente kilomètres au sud-est de Mons, Waudru est issue d'une famille influente de l'aristocratie neustrienne, mêlée aux plus hautes sphères du pouvoir. Son père, Waldebert, intendant du roi Clotaire II, administre les domaines royaux. L'un de ses oncles, Gondeland, est maire du palais. L'étymologie de son nom révèle une identité germanique : Waldan-Drut (Waldetrudis, en latin) signifie " celle qui gouverne avec vigueur ". Un texte sous-entend que ses parents sont chrétiens. " Un récent examen anthropométrique des os de Waudru indique qu'elle mesurait environ 1,66 mètre, taille supérieure à la moyenne de l'époque, précise l'expert bollandiste. Elle présentait des traits anguleux et souffrait d'arthrose au niveau des reins. " Elle a été mariée, très jeune, à un homme de son rang. Comme l'attestent d'autres Vies de saints, dont celle de Gertrude à Nivelles, les filles sont souvent données en mariage dès l'âge de 12 ans. Madelgaire, son mari, serait né vers 607 à Strépy. " Son amitié avec le roi Dagobert et ses fameuses missions en Irlande sont légendaires et ne méritent aucun crédit ", assure De Vriendt. On attribue au couple quatre enfants, deux filles et deux garçons, dont le futur saint Landry, abbé de Soignies. " Pourtant, pas un texte ancien ne mentionne ces enfants, relève le bollandiste. Seule Aldetrude, future abbesse de Maubeuge, peut être authentifiée avec assurance comme fille de Waudru. " Riches et bien possessionnés en terres, les époux gèrent leurs domaines et participent à la vie publique. Waudru s'est-elle résolue à se consacrer à Dieu par rejet de cette existence de privilégiée, comme le rapporte la tradition ? Elle convainc en tout cas son époux d'accepter la séparation. Madelgaire se retire alors au monastère d'Hautmont, sur la Sambre, et prend le nom de Vincent, le " victorieux ". Vers 670, le futur saint Vincent établit, à Soignies, une abbaye, jalon de plus dans l'essor du mouvement monastique. Entre-temps, Waudru a continué à diriger sa maison et a fait acheter par un aristocrate influent, le dux Hidulphe, la butte montoise sur laquelle elle veut s'installer. Pourquoi ce terrain, qu'il faut acheter, plutôt qu'une de ses nombreuses propriétés ? " L'éminence est couverte de vestiges d'une fortification gallo-romaine, note De Vriendt. Elle offrait un bon poste d'observation sur la vallée de la Haine, au c£ur d'un territoire largement peuplé. En témoignent les cimetières mérovingiens découverts à Ciply, Obourg, Ghlin, Spiennes... " La Vita de Waudru attribue un rôle décisif dans sa vocation à un ermite installé sur les bords de la Haine. Ce personnage énigmatique, le fameux saint Ghislain, serait devenu son conseiller spirituel. Waudru reçoit le voile des mains d'Aubert, évêque de Cambrai. Mais sa conversion à la vie religieuse ne coule pas de source, selon son hagiographe du ixe siècle : les tentations, doutes et moments de franc désespoir ne manquent pas. Devenue abbesse du petit monastère qu'elle a fondé à Mons, elle y meurt un 9 avril, en 686 ou 688. " On en saura un jour davantage sur Waudru, Vincent et leur milieu, estime De Vriendt. Le perfectionnement des techniques biochimiques et la découverte toujours possible de documents médiévaux inédits me rendent optimiste. " D'autres savants projettent de nouveaux sondages dans les cryptes de la collégiale Saint-Waudru. Leur rêve ? Découvrir le mystérieux sarcophage en pierre de la sainte ! A lire aussi : Saints et bienheureux de Belgique, sous la direction de Hubert Jacobs, Fidélité (mars 2012). NB : Waudru, Gertrude, Lambert et les autres grands saints du viie siècle n'y figurent pas. Les auteurs, des religieux, ne retiennent que les saints du dernier millénaire : Marie d'Oignies, Boniface de Bruxelles, Julienne de Cornillon (Liège), Alice de Schaerbeek, Damien le lépreux, Marie-Amandine (martyre des Boxers chinois en 1900) et d'autres.Olivier Rogeau