Si, comme nous, votre perception sévère du pape du pop art s'est forgée au contact d' Edie, l'épatante biographie consacrée à la muse Edie Sedgwick par Jean Stein, le tout récent Andy Warhol de Jean-Noël Liaut (1) pourrait bien déclencher une intéressante conversion du regard. Certes moins nourri et moins immersif que la somme signée par la journ...

Si, comme nous, votre perception sévère du pape du pop art s'est forgée au contact d' Edie, l'épatante biographie consacrée à la muse Edie Sedgwick par Jean Stein, le tout récent Andy Warhol de Jean-Noël Liaut (1) pourrait bien déclencher une intéressante conversion du regard. Certes moins nourri et moins immersif que la somme signée par la journaliste américaine en 1982, l'ouvrage du Français a néanmoins le mérite de rectifier les contours du personnage. Liaut esquisse le portrait d'une personnalité blessée s'apparentant plus à un "renard blanc" qu'à une "veuve noire saupoudrée d'argent" comme l'a caricaturé Stein. Sans se faire avocat de la défense, le biographe hexagonal montre l'oeuvre et la vie d'un homme profondément humilié de vivre dans le corps qui fut le sien - très emblématique de ce destin blessé est le sobriquet féroce de "Andy Variole" dont l'avaient affublé Pierre Berger et Yves Saint-Laurent, deux amis censés pourtant être intimes. Il pointe aussi de la plume toute une faune satellitaire avide d'une reconnaissance que seul l'homme aux célèbres perruques argentées pouvait leur assurer. A ce petit jeu de "je t'utilise, tu m'utilises", peut-être que le plus grand tort du fils d'immigrés slovènes a été d'avoir eu un coup d'avance sur ses proches. C'est assez rare pour être mentionné, l'opus de Liaut résulte d'une enquête colossale, plus de trente ans de recherches sur le sujet, et surtout procède de précieux témoignages inédits réunis par l'auteur lui-même: les critiques d'art John Richardson, Stuart Preston mais également Lee Radziwill, la soeur cadette de Jacqueline Kennedy, ou encore l'égérie made in France Ultra Violet.