Pas moins de onze banques américaines ont fait faillite depuis le début de l'année. Cette liste n'inclut pas (encore ?) Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires aux Etats-Unis, qui a tout de même demandé lundi dernier la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites (concordat à l'américaine). AIG, l'ex-numéro un mondial de l'assurance, qui s'apprêtait à déposer son bilan, a reçu une " aide inédite " de 85 milliards de dollars de la part de la Réserve fédérale américaine (Fec). Washington Mutual, la plus grande caisse d'épargne et de crédit outre-Atlantique, est également dans la tourmente.
...

Pas moins de onze banques américaines ont fait faillite depuis le début de l'année. Cette liste n'inclut pas (encore ?) Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaires aux Etats-Unis, qui a tout de même demandé lundi dernier la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites (concordat à l'américaine). AIG, l'ex-numéro un mondial de l'assurance, qui s'apprêtait à déposer son bilan, a reçu une " aide inédite " de 85 milliards de dollars de la part de la Réserve fédérale américaine (Fec). Washington Mutual, la plus grande caisse d'épargne et de crédit outre-Atlantique, est également dans la tourmente. Cela pourrait toutefois n'être qu'un début. Au début de ce mois, le régulateur financier américain, la FDIC, a indiqué avoir classé 117 banques comme " à problèmes " à l'issue du second trimestre. Et l'Europe n'est pas à l'abri : la Grande-Bretagne a nationalisé la banque Northern Rock pour lui éviter la faillite, l'Etat allemand a injecté trois aides massives dans la banque IKB, et Roskilde Bank, la huitième banque danoise, ne doit son salut qu'à sa reprise par la banque centrale du Danemark. A la fin du mois de juin, la CBFA, qui contrôle le secteur financier en Belgique, affirmait haut et fort qu'aucune des grandes banques belges ne rencontrait de problèmes de capital, de solvabilité ou de liquidités. Cette robustesse pourrait cependant valser en éclats en cas de faillite en chaîne d'établissements financiers. Ce " risque systémique " n'est pas à exclure. Chaque faillite érode en effet un peu plus la confiance mutuelle des établissements financiers, comme le montre le doublement du taux d'intérêt interbancaire aux Etats-Unis au lendemain de la mise sous concordat de Lehman Brothers. Les entreprises et les particuliers hésitent aussi à faire totalement confiance à leur banque, si bien qu'il suffit de quelques rumeurs pour qu'un établissement se retrouve tout à coup confronté à des retraits massifs de la part de ses clients. Cela a été le cas pour Bear Stearns, l'ex-cinquième banque d'affaires américaine, sauvée de la faillite grâce à son rachat par JP Morgan Chase avec le soutien de la Réserve fédérale américaine, ainsi que pour Northern Rock, dont les images de files devant les agences ont fait le tour du monde. Ne pouvant ni vendre ses actifs sans les brader, ni faire appel à ses pairs au travers du marché interbancaire, la banque se retrouve étranglée et acculée à la faillite par manque de liquidités. De plus, la chute d'une institution comme Lehman Brothers n'affecte pas seulement ses actionnaires mais également et surtout ses créanciers (clients, détenteurs d'obligations...) qui se partagent plus de 600 milliards de dollars de dettes dans son cas. KBC, Fortis et Dexia ont ainsi indiqué être exposées directement et hors montants garantis à hauteur de respectivement 200, 139 et 500 millions d'euros. Nos trois grandes banques belges ont certes les moyens d'absorber de telles pertes mais quid en cas de faillites à répétition ? Comme dans tous les pays européens, un fonds a été créé en 1998 pour protéger les épargnants : le Fonds de protection des dépôts et des instruments financiers. Ses réserves atteignaient, à la fin 2007, 765 millions d'euros. La Belgique fait partie des pays qui se contentent d'appliquer le minimum prescrit par le droit communautaire, avec une garantie sur les dépôts plafonnée à 20 000 euros. Au Danemark, c'est plus de 40 000 euros ; en France, 70 000 euros ; en Italie, 100 000 euros. Et en Grande-Bretagne, depuis les déboires de la Northern Rock, le gouvernement a relevé la garantie à 35 000 livres sterling (environ 43 900 euros). A noter que vous pourriez prétendre à une seconde indemnisation de maximum 20 000 euros si des instruments financiers (actions, obligations...) ne pouvaient vous être restitués. Les réserves constituées par le Fonds lui permettraient d'indemniser un peu plus de 38 000 épargnants à hauteur de 20 000 euros. Ce qui est peu et largement insuffisant pour dédommager les clients si une grande banque belge venait à faire faillite... Il est toutefois prévu que si la réserve du Fonds s'avérait trop limitée pour couvrir la défaillance d'un de ses adhérents, les membres du Fonds verseraient des contributions complémentaires - mais limitées à deux fois les contributions annuelles ordinaires, ce qui ne changerait pas fondamentalement le tableau. Une étude de la Commission européenne sur l'efficacité des systèmes de garantie avec financement préalable - mis en place par les Etats membres - montre, qu'avec des moyens disponibles qui ne représentent que 0,33 % des avoirs des épargnants susceptibles d'être couverts, notre système est largement en dessous de la moyenne. Toujours selon cette étude, notre pays s'en sort mieux en termes de robustesse - un indicateur qui mesure le pourcentage de membres dont les dépôts se situent en dessous des ressources disponibles du fonds : 83,4 % en Belgique, pour une moyenne européenne de 86,49 %. Comme le fonds belge comptait 113 membres à la fin de 2007, cela signifie qu'il n'a pas de quoi faire face à la crise de l'une des 15 plus grosses institutions qu'il couvre. Etant donné que ce sont les institutions couvertes qui financent ces fonds en Belgique, la constitution de réserves importantes écornerait assez largement la profitabilité du secteur. " Aujourd'hui, aucune institution belge n'a de problème de solvabilité, rappelle Herman Debremaeker, secrétaire général du Fonds de protection des dépôts et des instruments financiers. Dans l'histoire de notre pays, les défaillances sont très limitées : il y a eu une faillite en 1999 (NDLR : la société de Bourse Logé & Associés), qui a nécessité une intervention de quelques millions d'euros seulement. Il faut remonter au début des années 1980 pour trouver d'autres sinistres dans le secteur bancaire. " Mais bien entendu, l'absence de problèmes par le passé ne constitue pas une garantie infaillible pour l'avenir : ce n'est pas parce qu'une maison n'a pas brûlé durant les 20 dernières années qu'elle est à l'abri d'un incendie... Comme on l'a vu ces derniers mois, la Banque centrale européenne n'a pas hésité à ouvrir largement ses vannes, en offrant des centaines de milliards de dollars de crédit bon marché aux banques, pour éviter que l'une d'elles ne se retrouve en défaut de paiement. Et si malgré tout un accident devait arriver, il est fort probable que les pouvoirs publics ne resteraient pas les bras croisés. Interrogé récemment dans Knack sur les craintes que devaient avoir les clients de Fortis, Remi Vermeiren, l'ancien patron de KBC, déclarait qu'une faillite était totalement exclue. " Des banques aussi importantes ne vont plus faire faillite, elles sont trop grandes pour cela. Si cela devait tourner mal, elles seraient reprises, éventuellement avec le soutien des pouvoirs publics. " l Cédric Boitte, (avec C.S., S.B. et G.L.)