A-t-on remarqué que les enivrés de la violence s'en prennent, dans nos sociétés, à ce qu'il y a de plus faible, de plus fragile, de plus aimablement désiré ? Je parle de l'enfance, ou plutôt des enfants qui vivent dans l'étonnement et qui attendent de vivre davantage, de croire en un monde où chacun serait comme un père, comme une mère, comme un ami - le meilleur ? L'enfant n'a pas d'alibi, ni de justification d'être. J'ose croire qu'il est cette terre vierge sur laquelle l'éducation, la culture, la bonté inscrivent des lettres de noble...

A-t-on remarqué que les enivrés de la violence s'en prennent, dans nos sociétés, à ce qu'il y a de plus faible, de plus fragile, de plus aimablement désiré ? Je parle de l'enfance, ou plutôt des enfants qui vivent dans l'étonnement et qui attendent de vivre davantage, de croire en un monde où chacun serait comme un père, comme une mère, comme un ami - le meilleur ? L'enfant n'a pas d'alibi, ni de justification d'être. J'ose croire qu'il est cette terre vierge sur laquelle l'éducation, la culture, la bonté inscrivent des lettres de noblesse. J'imagine que le désir d'amour a poussé ses parents à s'éprendre et à se donner corps et âme, en dépit des pressions de la société marchande et des poncifs étalés par le présent veule, artificiel de la télévision à grande écoute et de la sphère virtuelle. L'enfance, la jeunesse sont un futur qui doit pouvoir s'appuyer sur un passé nourri par des millénaires de recherches, de réflexions, d'égarements, d'espérances. Les jeunes ne sont ni blasés, ni sottement crédules : qu'on les comprenne dans leur désir d'absolu, de chemins de traverse, de renversement des injustices qui régissent la barbarie de nos sociétés vouées à la mort par le profit et la terreur. Les actes de violence à l'encontre des adolescents, notamment en Amérique et en Europe, sont un des symptômes d'un monde déréalisé, coupé de ses fondements organiques : des cataclysmes d'images y sont tenus - par ceux qui ont basculé dans le chaos psychique et social - pour un jeu de rôle à peine plus vrai, plus tangible, plus respectable que le visage ahuri de l'ordinateur ou du téléviseur que la nuit rend à l'aube rougie de larmes. (...) Contre la violence et la jungle, il y a l'éducation qui passe par le c£ur de l'être, par la lecture, l'analyse, la critique, le dialogue, la rêverie source d'interrogations et de vérités provisoires. (...) Il ne manque pas d'hommes de bonne volonté pour se mettre d'accord sur une communauté de valeurs à promouvoir contre vents et marées. (...) Pourquoi ne pas commencer par demander à chaque enseignant de formuler cinq propositions ? Voici les miennes : accorder davantage d'autonomie aux écoles et aux équipes pédagogiques sur la base de contrats ; favoriser les échanges entre les enseignants des différentes écoles et de milieux variés ; établir le registre pratique des expériences pédagogiques qui " marchent " ; encourager l'excellence et la mobilité des enseignants entre l'école et la société ; imposer des cours de philosophie ainsi que des stages de poésie, de théâtre, de peinture, de musique... dès le plus jeune âge ; apprendre la langue maternelle. Lire l'intégrale du texte sur www. leVIF.BEAlain Bertrand, écrivain et professeur, Bastogne