Un seul jour de tournage génère en moyenne 3,3 tonnes de CO2. Soit un quart de l'empreinte carbone annuelle de chaque Belge! L'industrie cinématographique est gourmande, et si tabler sur une réduction exponentielle de l'empreinte carbone dans les années à venir semble utopique, sachant qu'il faudrait intégrer dès l'écriture du scénario certaines données qui auraient un impact artistique sur le film, des professionnels s'interrogent néanmoins sur la façon de "verdir" les plateaux, et de les rendre plus vertueux.
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Un seul jour de tournage génère en moyenne 3,3 tonnes de CO2. Soit un quart de l'empreinte carbone annuelle de chaque Belge! L'industrie cinématographique est gourmande, et si tabler sur une réduction exponentielle de l'empreinte carbone dans les années à venir semble utopique, sachant qu'il faudrait intégrer dès l'écriture du scénario certaines données qui auraient un impact artistique sur le film, des professionnels s'interrogent néanmoins sur la façon de "verdir" les plateaux, et de les rendre plus vertueux. On a ainsi vu fleurir depuis quelques années des green angels ou des écomanagers qui observent et conseillent les équipes sur les plateaux. Mais on reste souvent dans le superficiel et les bonnes intentions, même si certains tournages sont plus verts et durables que d'autres. C'est là que souhaite intervenir TheGreenShot, une application imaginée en Belgique par Max Hermans, interpellé par les possibles économies qui pourraient être faites, tant sur le plan financier qu'environnemental. Régisseur, il est en charge de toute la logistique du plateau, notamment l'énergie, les transports, la nourriture... "Autant de postes responsables d'énormément d'émissions carbone, commente-t-il. On retrouve en régie deux gros enjeux: la gestion financière et l'impact environnemental. La première est au coeur de toutes les préoccupations. Le deuxième... pas du tout géré pour l'instant." Les chiffres sont clairs: un tournage "écologique" entraînerait un surcoût estimé à 2% du devis global, un montant non négligeable dans une industrie où les budgets sont souvent revus à la baisse. "On ne pourra pas rendre les tournages plus verts sans régler la question financière, confirme Max Hermans. On peut impliquer autant d'écomanagers qu'on veut, si les coûts ne sont pas maîtrisés, la production restera réticente." Le coup de génie de TheGreenShot est de coupler à son calculateur carbone (celui de la fintech climatique suédoise Doconomy) un programme permettant de contrôler en temps réel toutes les dépenses engagées sur le plateau, que ce soit en ressources humaines ou matérielles. Le défi est d'envergure. La gestion des fiches de salaire est tout sauf simple quand chaque technicien est soumis à des conditions salariales différentes. L'application rassemble donc tous les contrats, toutes les conditions, toutes les notes de frais, et permet à la production de suivre au fur et à mesure l'état des dépenses, ou d'anticiper, par exemple, les dépassements d'horaires. Si cette simple fonctionnalité est déjà précieuse sur les plateaux belges, où se croisent de nombreuses coproductions internationales d'envergure, elle donne en plus à voir pour chaque euro dépensé le poids en émission carbone, permettant une prise de conscience qui pourrait contribuer à modifier, petit à petit, les habitudes. David Ragonig, producteur belge d' Annette de Leos Carax, prix de la mise en scène à Cannes, a testé l'application sur ce tournage hors norme. "En tant que producteur, ma demande principale était de connaître l'état des dépenses engagées. Mais on a réalisé qu'en rationalisant les coûts, on pouvait aller vers un tournage plus responsable sur le plan environnemental. Cela passe par des actions très concrètes, comme chiffrer les différentes solutions de transport pour l'équipe. Sur le set d' Annette, on avait, par exemple, un décor très éloigné du plateau technique. On a pensé louer des voitures pour véhiculer tout le monde, mais on s'est aperçu que c'était moins cher et plus vertueux de louer des vélos. De la même façon, on a pu constater que recourir aux installations électriques déjà présentes sur les décors plutôt que d'amener des groupes électrogènes, comme c'est la coutume, permettait d'alléger la facture en euros et en émissions carbone." Une prise de conscience rendue possible par l'application, où l'on trouve aussi des conseils quotidiens, des informations sur les attentes des différents fonds culturels et économiques qui contribuent à financer l'industrie, et qui exigent de plus en plus de respect de certains critères environnementaux, des répertoires de fournisseurs verts et durables... Finalement, l'outil de gestion des coûts, qui manquait dans le paysage, est une sorte de cheval de Troie pour infiltrer les plateaux, et les mener vers une prise de conscience de leur impact environnemental, première étape vers un changement des mentalités. "On ne va pas se leurrer, les tournages resteront polluants, conclut David Ragonig, ce sont de grosses équipes, qu'il faut embaucher, déplacer, nourrir. Mais on peut s'améliorer. Et être plus conscients."