Le Vif/L'Express : L'administrateur délégué de votre fédération, Philippe Muyters, vous fait une grosse infidélité en devenant, sans crier gare, un ministre N-VA de poids au gouvernement flamand. Une bonne ou une mauvaise surprise pour le Voka ?

> Luc De Bruyckere : La surprise a été totale. Mais une telle fonction ne se refuse pas, pas plus qu'elle ne se demande.
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> Luc De Bruyckere : La surprise a été totale. Mais une telle fonction ne se refuse pas, pas plus qu'elle ne se demande. Nous avons immédiatement rappelé que notre organisation est strictement indépendante de tous partis politiques et entend le rester. Nous voulons éviter toute méprise. Nous sommes opposés à toute logique qui tend à la scission du pays. Nous sommes partisans d'une régionalisation plus approfondie et d'une réorganisation des institutions, à tous les niveaux de pouvoir. Nous voulons un véritable réengineering, pour reprendre un concept business. Non pas pour des raisons communautaires, mais pour des motifs d'efficacité. Il est grand temps, sous peine de courir à la faillite du pays. Il n'est pas minuit moins cinq, mais minuit moins une. Il faut bien comprendre notre état d'esprit. N'espérez pas un retour à l'unité du pays et à la Belgique de papa. Oubliez cela ! S'ils continuent à faire obstacle à la majorité de ce pays, les esprits vont se durcir en Flandre. Ce n'est pas une menace, loin de là. Mais un gentil avertissement... Oui. Le niveau fédéral est incapable de prendre les décisions qui s'imposent. C'est le silence radio. Du jamais-vu ! Je connais et j'apprécie beaucoup le Premier ministre Herman Van Rompuy. Il a lutté contre le défaitisme budgétaire lorsqu'il était ministre du Budget dans le gouvernement Dehaene. Il connaît la situation actuelle et sa gravité. Le fait qu'il ne réagisse plus est inquiétant. Cela ne lui ressemble pas. La Belgique est complètement bloquée, alors que la crise n'attend pas... La Flandre est très généreuse, mais les francophones lui reprochent de ne pas l'être ! C'est inacceptable. La preuve de cette générosité, ce sont les 6 à 7 milliards d'euros transférés chaque année par la Flandre à la partie francophone du pays. Et qui suffiraient à financer notre plan " Vlaanderen in Actie " ( NDLR : visant à hisser la Flandre dans le top 5 des régions d'Europe d'ici à 2020). Nous attendons de ceux qui bénéficient de cette solidarité qu'ils prennent aussi leurs responsabilités. Nous ne demandons pas d'embrassades en retour. Mais des actes, des mesures. Je ne m'inscris pas dans cette logique. J'ai parfois le sentiment que certains francophones vivent dans le confort d'être assurés d'une aide venant de l'autre partie du pays. Face à une crise sans précédent, catastrophique pour les finances publiques de toutes les entités du pays, j'aurais aimé entendre ce discours : " On y travaille, on prend notre sort en main, on s'engage le plus vite possible sur la voie du retour à l'équilibre budgétaire. " J'aurais répondu : " Félicitations ! " Ce n'était pas l'attitude du ministre wallon du Budget, Michel Daerden. J'ai réagi. En Flandre, on s'attaque au problème budgétaire avec une plus grande urgence.Entretien : Pierre Havaux" La Belgique est complètement bloquée "