" Cette image, je l'ai initialement prise en photo à Kamakura, une petite ville du Japon bordant l'océan. Avec un ami artiste, Yusuke Hanai, on s'était rendus sur place pour surfer. Ce spot était baigné par un soleil éclatant qui se réfléchissait sur la mer. Plusieurs personnes s'étaient installées pour prendre l'apéro, comme ces deux jeunes filles. De manière assez incongrue, des rapaces les survolaient et les attaqua...

" Cette image, je l'ai initialement prise en photo à Kamakura, une petite ville du Japon bordant l'océan. Avec un ami artiste, Yusuke Hanai, on s'était rendus sur place pour surfer. Ce spot était baigné par un soleil éclatant qui se réfléchissait sur la mer. Plusieurs personnes s'étaient installées pour prendre l'apéro, comme ces deux jeunes filles. De manière assez incongrue, des rapaces les survolaient et les attaquaient pour s'emparer de leur nourriture. Quand j'ai peint cette scène, j'ai gommé le côté épique de la charge des oiseaux pour conserver la sérénité de ce moment", explique Jean Jullien (Cholet, 1983). Illustrateur star des réseaux sociaux (plus d'un million d'abonnés sur Instagram), notamment en raison de son logo "Peace for Paris" imaginé après les attaques du 13 novembre 2015, Jullien condense une époque à lui seul. Si Andy Warhol incarnait la société de consommation, ce diplômé du Central Saint Martins College of Art and Design, à Londres, symbolise un monde dans lequel tout se passe d'abord par téléphone. En résulte une approche de grande limpidité esthétique, un chromatisme jubilatoire, un langage visuel quasi universel qui s'appréhende aussi facilement au Japon qu'en Amérique du Sud. Ce qui en fait le succès? Le plaisir plastique immédiat et l'empathie qui s'en dégage, complètement à l'opposé du cynisme du pop art. Face à Untitled (Apéro), on se prend à rêver de vacances, de légèreté... autant dire une proposition irrésistible à l'heure du règne des incertitudes. Le Français n'est pas le seul à explorer ce sillon graphique apaisant pour le regardeur - "il n'est pas question ici de dire aux gens comment ils doivent penser ou regarder", commente le galeriste Raphaël Cruyt -, lui qui est rejoint par Nicolas, son frère, sculpteur sur bois, et une autre fratrie originaire de l'ouest de l'Hexagone, Yann et Gwendal Le Bec. Ces quatre-là se découvrent à la faveur de Les Gens, une exposition-manifeste qui célèbre la vie. Et rien d'autre.