Si l'héliothérapie - l'usage du rayonnement solaire pour guérir certaines maladies - est connue depuis longtemps, il a fallu attendre la fin du xxe siècle pour que le corps médical se rende compte des effets bénéfiques de la lumière dans le traitement de certaines dépressions.
...

Si l'héliothérapie - l'usage du rayonnement solaire pour guérir certaines maladies - est connue depuis longtemps, il a fallu attendre la fin du xxe siècle pour que le corps médical se rende compte des effets bénéfiques de la lumière dans le traitement de certaines dépressions. Celle qui s'appelle désormais la luminothérapie est appliquée aujourd'hui à bien d'autres catégories de " patients " pour stimuler le moral, booster l'énergie, diminuer l'anxiété, soigner les troubles du sommeil ou ceux provoqués par le jet-lag (le décalage horaire), mais aussi pour aider les travailleurs de la nuit ou ceux contraints d'évoluer dans des locaux sans fenêtre. L'élément commun à ces différents problèmes est une dérégulation de la mélatonine que d'aucuns appellent " l'hormone du sommeil ", mais que les scientifiques décrivent comme une substance dérivée de la sérotonine, une molécule impliquée dans la régulation de fonctions importantes de notre organisme. Pour réguler la production de mélatonine, la lumière est donc un puissant auxiliaire et toute une série d'émetteurs ont été mis au point pour remplacer la lumière naturelle : écrans blancs, bacs à lumière, lampes de bureau, casques à visière lumineuse, etc. La liste est longue, mais la plupart de ces dispositifs ne sont efficaces que si l'utilisateur reste face à la source lumineuse durant plusieurs dizaines de minutes, sans pouvoir vaquer à d'autres occupations. Et c'est là que des chercheurs de l'université de Liège ont uni leurs efforts pour créer un appareil beaucoup plus adapté : le Pr Robert Poirrier du CHU de Liège et les Drs Yvon Renotte et Vincent Moreau du Hololab (le laboratoire d'holographie de l'ULg). Avec l'aide de Jacques Tilman (Inov) pour le design, ils ont mis au point la Luminette, un appareil ressemblant à une paire de lunettes et qui permet de pratiquer la luminothérapie tout en effectuant des activités normales. Le principe - développé grâce à de longues études réalisées en laboratoire avec l'aide de la Région wallonne - peut se résumer en quelques mots : en combinant une source lumineuse (deux séries de quatre diodes) de longueur d'onde choisie et un hologramme (une surface métallique microstructurée), on augmente sensiblement le nombre de rayons lumineux passant à travers la rétine. En outre, ceux-ci sont en permanence dirigés vers la partie basse de la rétine, là où ils sont le plus efficace. Grâce au type de monture qui se place au-dessus du visage tout en permettant l'usage de lunettes normales au besoin, l'utilisateur peut travailler confortablement - même à l'ordinateur - sans se soustraire au flux lumineux et conserver ainsi le même niveau énergétique durant toute l'exposition, qu'il soit statique ou se déplace. En 2006, Lucimed, basée à Villers-le-Bouillet, a investi 600 000 euros en études de projet et 200 000 euros pour une phase d'industrialisation. Depuis deux ans, elle a commercialisé quelques 6 500 Luminettes et le succès de cette présérie industrielle est le départ d'une commercialisation à grande échelle. Après la France qui capte déjà 15 % de la production et les pays scandinaves où le marché est prometteur, la PME s'attaque maintenant à la Suisse où les autorités sanitaires envisageraient même... de rembourser l'achat de la Luminette aux patients intéressés ! Par ailleurs, à l'heure de mettre sous presse, Lucimed était en contact avec le ministère chilien de la Santé afin de mettre son innovation au service des 33 mineurs toujours prisonniers à 700 m sous terre. La décision finale restait cependant soutenue aux derniers rebondissements, de nouveaux moyens techniques mis en £uvre permettront peut-être d'atteindre les rescapés beaucoup plus tôt que prévu. FRANCIS GROFF