Au lieu de boycotter le rendez-vous piégé de Durban II, comme l'ont fait les Etats-Unis, le Canada, les Pays-Bas ou l'Italie, notre pays est resté au bord du lac Léman. Il a " acclamé ", avec 21 autres pays européens, et malgré le discours provocateur du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, un texte qui reste extrêmement douteux, en raison de sa toile de fond idéologique.
...

Au lieu de boycotter le rendez-vous piégé de Durban II, comme l'ont fait les Etats-Unis, le Canada, les Pays-Bas ou l'Italie, notre pays est resté au bord du lac Léman. Il a " acclamé ", avec 21 autres pays européens, et malgré le discours provocateur du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, un texte qui reste extrêmement douteux, en raison de sa toile de fond idéologique. Tout commence à Durban (Afrique du Sud), du 2 au 8 septembre 2001. La conférence des Nations unies sur le racisme déborde en explosion de haine antisémite et anti-occidentale. La Belgique, qui exerçait alors la présidence de l'Union européenne, camoufle le désastre moral. On dira qu'elle a " sauvé les meubles " en forçant l'accouchement d'un texte " acceptable ". Encore aujourd'hui, le commissaire européen Louis Michel (MR) assume cet héritage qui visait à " remettre à plat la conscience universelle ", notamment en reconnaissant l'esclavage et la traite des Noirs comme des crimes contre l'humanité. Pourquoi donner une suite à cet épisode peu glorieux ? En réalité, depuis 2006, la Libye et l'Iran occupent la présidence et la vice-présidence du Conseil des droits de l'homme des Nations unies. Ces pays ont un autre objectif que la promotion des droits humains dans le monde. Sous couvert de lutte antiraciste, ils veulent criminaliser la critique de l'islam, appelée " islamophobie ". Comme le prouve le lobbying que l'Organisation de la conférence islamique (57 pays, dont la Turquie) mène, depuis des années, auprès des institutions internationales. Les résultats ne se sont pas fait attendre. L'Assemblée générale de l'ONU a adopté un texte (la résolution n° 62/154), le 18 décembre 2007, qui contient ces phrases clés : " La diffamation des religions est susceptible d'engendrer la discorde sociale et des violations des droits de l'homme. " Et plus loin : " L'islam est souvent et faussement associé aux violations des droits de l'homme et au terrorisme. "C'est sur cette base théorique que les négociations de Durban II ont redémarré, dans l'indifférence quasi générale. En 2008, pour certains travaux, les pays européens se seraient même fait représenter par la Turquie. La Belgique était aux premières loges, en la personne d'une diplomate francophone, qui avait déjà travaillé sur Durban I. Elle fait partie, dès août 2007, du bureau du comité préparatoire de Durban II. Ce comité met au point un projet de déclaration finale qui mentionne le seul pays d'Israël comme " raciste " et qui dénonce la " diffamation des religions ", en mettant en exergue l'islam. Très vite, le Canada, les Etats-Unis, Israël et l'Italie, ont jugé ce texte inacceptable. Début mars, alors qu'approche la réunion de Genève (prévue du 20 au 24 avril), le débat s'enflamme en France. En Belgique, il ne donne lieu qu'à une question parlementaire des députés Denis Ducarme (MR) et Georges Dallemagne (CDH), qui reçoivent une réponse générale du secrétaire d'Etat Olivier Chastel (MR), s'exprimant au nom du ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht (Open VLD). D'après celui-ci, " la Belgique va mettre des lignes rouges et si celles-ci sont dépassées, elle se retirera. " Au vu de l'impact négatif du projet de déclaration dans le monde occidental, un groupe de travail se met alors en place. Présidé par le Russe Youri Boychenko, il comprend un Egyptien, une Belge et un Norvégien, qui rédigent un texte de " réparation " (16 pages au lieu d'une soixantaine prévues). Mais on y retrouve toujours amalgamées " l'intolérance raciale ou religieuse et la violence, incluant l'islamophobie, l'antisémitisme, la christianophobie et l'antiarabisme ". MARIE-CÉCILE ROYEN