Qu'il avait l'air pitoyable, Vincent Decroly, l'ancien député Ecolo, en rupture avec son parti, qui siège désormais comme parlementaire indépendant à la Chambre des représentants! Traîné sans ménagement par les huissiers de la Chambre hors de l'hémicycle, il offrait l'image d'une marionnette pantelante. L'incident, intervenu à la fin de la semaine dernière, filmé par les caméras de la Chambre et retransmis à la télévision, est resté en travers de la gorge de pas mal de députés.
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Qu'il avait l'air pitoyable, Vincent Decroly, l'ancien député Ecolo, en rupture avec son parti, qui siège désormais comme parlementaire indépendant à la Chambre des représentants! Traîné sans ménagement par les huissiers de la Chambre hors de l'hémicycle, il offrait l'image d'une marionnette pantelante. L'incident, intervenu à la fin de la semaine dernière, filmé par les caméras de la Chambre et retransmis à la télévision, est resté en travers de la gorge de pas mal de députés.Qu'a fait Decroly pour mériter pareil traitement? Le député expliquait, à la tribune de la Chambre, les raisons de son opposition aux "traités bilatéraux de promotion et de protection des investissements". Approuvés dans l'indifférence générale, ces textes se situent, d'après Decroly, aux antipodes des principes du développement durable et rappellent furieusement l'esprit de l'Accord multilatéral sur les investissements, le fameux AMI, mort-né parce que contesté par les partis de gauche. Joignant le geste à la parole, l'ex-Ecolo avait ôté sa veste, dévoilant ainsi une chemise de corps barrée d'un slogan altermondialiste, et il s'était coiffé d'une casquette assortie. Sifflements mi-amusés, mi-scandalisés dans l'hémicycle. Decroly rejoint son siège mais le chahut continue. Herman De Croo, le président de la Chambre, tance le fauteur de "troubles" et lui intime l'ordre d'enlever la casquette et de remettre un survêtement. Pour se faire entendre sous les quolibets, le protestataire hausse le ton. Les cris s'amplifient. De Croo s'énerve, fait expulser Decroly et suspend la séance pour une demi-heure. A la reprise, le président de la Chambre en prend pour son grade: certains élus socialistes, écologistes et sociaux-chrétiens jugent son attitude inadéquate, disproportionnée et susceptible de ternir l'image de la Chambre.Réaction "problématique"Au Palais de la Nation, pareils incidents ne sont, il est vrai, pas fréquents. On se souvient de l'anarchiste Jean-Pierre Van Rossem, expulsé lui aussi, après avoir troublé la prestation de serment d'Albert II d'un vibrant "Vive la République!", le 9 août 1993. En son temps, Jean Gol avait également suscité l'ire de Charles-Ferdinand Nothomb, le président de la Chambre de l'époque, pour avoir refusé de quitter la tribune qu'il monopolisait de manière excessive. Le président de l'assemblée fit preuve, alors, de davantage de modération: il a, tout simplement, interrompu la séance, ainsi que le prévoit le règlement d'ordre intérieur. Seul à la tribune d'une salle vidée de ses occupants et, de surcroît, plongée dans l'obscurité, le député libéral avait fini par se lasser... Lorsque, plus récemment, certains députés écologistes sont arrivés à la Chambre avec l'étoile juive épinglée au pourpoint pour protester contre l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir en Autriche, ils n'ont fait l'objet d'aucune sanction. Pas davantage, d'ailleurs, lorsqu'ils sont entrés en séance revêtus d'un dossard Renault, après l'annonce de la fermeture de l'usine de Vilvorde. Pas plus, enfin, que les députés sociaux-chrétiens flamands investissant l'hémicycle avec des sacs de sable, il y a quinze jours, pour protester contre la politique du gouvernement en matière de soins de santé. "Vincent Decroly figurera donc parmi les "victimes" dans les annales parlementaires, fulmine un député écologiste. L'absence de maîtrise d'Herman De Croo lui a offert une formidable tribune médiatique, qu'il ne méritait pas. Cela dit, indépendamment de la personnalité du parlementaire, on peut vraiment qualifier la réaction du président de la Chambre de "problématique"." N'aurait-il pas dû se contenter de suspendre ou de lever la séance ainsi que le prévoit le règlement lorsqu'un parlementaire perturbe l'assemblée par des interventions ou un comportement intempestifs? La Chambre n'y aurait sans doute pas laissé sa dignité. Et cela lui aurait, en tout cas, évité de se couvrir de ridicule...Isabelle Philippon