Il était évidemment prévisible que le ton monte de nouveau entre Washington et Téhéran, et il franchira d'autres paliers. Ce qui l'était moins, c'est la tournure idéologique que revêt ce regain de tension.
...

Il était évidemment prévisible que le ton monte de nouveau entre Washington et Téhéran, et il franchira d'autres paliers. Ce qui l'était moins, c'est la tournure idéologique que revêt ce regain de tension. Un an après la décision prise par Donald Trump de retirer son pays de l'accord sur le nucléaire iranien, signé le 14 juillet 2015 par l'administration Obama sous le nom de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action, " Plan global d'action conjoint "), l'Iran vient d'annoncer qu'il cesse d'appliquer deux clauses de ce document clef. La République islamique décide unilatéralement de ne plus respecter les limites fixées par le JCPOA en ce qui concerne les réserves d'eau lourde et celles d'uranium enrichi. Cette violation subite des engagements pris par Téhéran, qui furent pourtant jusqu'ici respectés (les contrôles effectués par l'Agence internationale de l'énergie atomique l'avaient établi), indique-t-elle un vrai changement de ligne, autrement dit une option plus agressive, ou une ligne de riposte face à l'efficacité avérée de l'étranglement américain ? La réponse est complexe, comme toujours en matière de diplomatie persane. Sur le plan intérieur, bien qu'il soit très difficile d'évaluer le rapport de forces réel entre le clan dit des " modérés " et celui des durs au sein du régime, la décision de Téhéran a pour but de donner satisfaction aux deux camps opposés, alors que le peuple commence à souffrir très gravement de la faim. A destination des partisans du dialogue avec l'Occident, le président, Hassan Rohani, a bien pris soin de préciser : " Cette opération a pour but de sauver l'accord, pas de le détruire ", propos corroborés par le ministre iranien des Affaires étrangères. En résumé, les négociations continuent, sans les Etats-Unis, avec les autres puissances signataires du JCPOA, à savoir les quatre autres pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Russie, Chine, France, Royaume-Uni), auxquels s'ajoutent l'Allemagne et l'Union européenne. Sauf que, pour donner satisfaction à la frange la plus antioccidentale du régime, ces mêmes Etats viennent de recevoir de la part de l'Iran un véritable ultimatum : il leur est donné soixante jours pour " rendre opérationnels leurs engagements, en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire ". En clair, l'Iran menace de ne plus respecter d'autres clauses de l'accord d'ici à deux mois s'il n'obtient pas la levée d'une partie des sanctions qui le frappent très durement. Cette aggravation n'embarrasse pas du tout les Etats-Unis. Le message vise principalement à mettre la pression sur les Européens, qui s'escriment à instaurer un dispositif financier, baptisé Instex, destiné à permettre un minimum de commerce avec l'Iran - uniquement sur des biens échappant aux sanctions bancaires américaines, ce qui ne concerne pas la ressource exportatrice essentielle pour l'Iran qu'est le pétrole. Ce viatique, voué à sauver les restes du JCPOA, serait de toute façon d'une faible efficacité, tant l'administration Trump paraît idéologiquement résolue à provoquer une déstabilisation interne avec l'objectif de renverser le régime des mollahs. Washington vient juste de renforcer les sanctions " extraterritoriales " qu'il impose aux autres nations au sujet de l'Iran. Pour Washington, mettre à genoux l'Iran ne suppose pas de se réinvestir militairement au Moyen-Orient, mais d'employer tous les moyens susceptibles d'affaiblir le régime, confronté à une situation économique réellement catastrophique. Une autre manière, hybride, de faire la guerre.