Que l'on nous pardonne cette récrimination météorologique mais quelque chose de cet été pourri ne passe décidément pas. Peut-être, comme nous, éprouvez-vous une mélancolie de déshérité au regard de promesses non tenues des mois qui viennent de s'écouler: beaux jours amputés, soleil dérobé et autres joies lumineuses qui ne reviendront jamais. Heureusement, comme disait à peu près Nietzsche, nous avons l'art pour ne pas mourir des intempéries. Jusqu'à début octobre, le musée Félicien Rops déroule Un été impressionniste, une exposition serrée et réjouissante dédiée à un courant esthétique qui s'est tenu au plus près du paysage et de la lumière.
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Que l'on nous pardonne cette récrimination météorologique mais quelque chose de cet été pourri ne passe décidément pas. Peut-être, comme nous, éprouvez-vous une mélancolie de déshérité au regard de promesses non tenues des mois qui viennent de s'écouler: beaux jours amputés, soleil dérobé et autres joies lumineuses qui ne reviendront jamais. Heureusement, comme disait à peu près Nietzsche, nous avons l'art pour ne pas mourir des intempéries. Jusqu'à début octobre, le musée Félicien Rops déroule Un été impressionniste, une exposition serrée et réjouissante dédiée à un courant esthétique qui s'est tenu au plus près du paysage et de la lumière. Sous-titré De Rops à Ensor, l'accrochage s'appuie sur les collections du Musée d'Ixelles fermé pour cause de travaux. Rops? Ensor? On l'oublie souvent mais ces deux maîtres de la peinture belge ont emboîté le pas d'un mouvement pictural rompant avec l'académisme, même s'il ne s'agit que de parenthèses dans des carrières s'accordant mal des étiquettes. "A l'expression de la réalité objective, les impressionnistes ont substitué l'idéal d'un poème optique de clarté et d'harmonie", écrivait l'avocat et critique d'art Octave Maus en 1888 dans La Recherche de la lumière dans la peinture. Avec beaucoup d'à-propos, la proposition de l'institution namuroise nous rappelle qu'outre Félicien Rops et James Ensor, une série de talents nationaux ont mis leur palette à l'unisson de la vibration de la nature. Pour l'écrivain Camille Lemonnier, les signatures belges de cette mouvance ont su demeurer "près de la nature et de l'instinct". Cette connexion à la luminosité et à la vérité d'un instant précis, on la retrouve en de nombreux tableaux, d'Emile Claus à Théo Van Rysselberghe.La thématique se déguste d'autant mieux que, comme le rappelle la conservatrice Véronique Carpiaux, "cela fait au moins dix ans qu'il n'y a plus eu d'exposition consacrée à l'impressionnisme en Belgique". C'est sur une série de marines que s'ouvre le parcours. D'emblée, on s'arrête sur les magnétiques Dunes au soleil d' Anna Boch (1848 - 1936), une huile sur toile cédée au Musée d'Ixelles par Octave Maus. Ce n'est pas trop de dire que l'on revit devant cette composition. Elle nous éclaire. Les touches de peinture s'agencent avec une maîtrise épatante: virgules, hachures et frottis matérialisent l'impalpable soleil qui embrasse le sable. Avec ses accents pointillistes, la mer au loin se découvre comme la promesse d'une éternité. Eternité qui n'est autre que la vie saisie par l'art au plus juste de ses manifestations. Mais on détecte aussi quelque chose d'intensément belge dans le tableau d' Anna Boch, répondant en cela inconsciemment à l'injonction d'un impressionnisme autochtone que Lemonnier, encore lui, faisait à ses contemporains: "Enfonçons fermement nos racines dans la terre et la coutume de chez nous et ne regardons ni trop en avant ni trop en arrière, mais exprimons le sentiment des hommes de notre temps, la nature, l'humanité, les formes à la fois transitoires et constantes du monde qui nous entoure et de qui nous viennent les modes de notre sensibilité. (1)" Même sentiment d'intime familiarité avec La Plage de Heyst de Félicien Rops (1833 - 1898). Certes, l'oeuvre dénote au sein du corpus de l'intéressé, il reste que ses couleurs délicates convoquent la douceur nacrée de notre littoral. La bonne nouvelle, c'est qu' Un été impressionniste ne s'arrête pas à ces tableaux balnéaires aux contours parfois trop prévisibles. L'émotion se trouve également dans cette Levée des nasses peinte par Emile Claus (1849 - 1924). Ce grand format, 129 cm x 198 cm, exhibe les silhouettes de deux pêcheurs au travail dans un petit plan d'eau cerné par les saules et la végétation. Là aussi, nous sommes au plus près d'un quotidien modeste et local, celui de la collecte d'anguilles dans la région de la Lys, non loin de Gand. La technique pointilliste de Claus suggère à merveille le caractère matinal brumeux de la scène. Il y a aussi Georges De Geetere (1859 - 1929) immortalisant sa jeune épouse au petit déjeuner. La scène est enrobée dans un camaïeu de blancs cernant la grâce d'un face-à-face quotidien émouvant dont le peintre restitue toute l'intensité. Cette sensation de toucher la vie du bout des doigts, on la retrouve chez un Omer Coppens (1864 - 1926). Son Automne à Bruges plante un décor idyllique d'arrière-saison ponctuée de soleil. Il n'en faut pas plus pour qu'on se surprenne à rêver d'un été indien. Un pur don que la nature nous ferait dans son immense générosité.