Au premier plan, des gamins, encore vraiment rikiki. Derrière, une rangée de grandes bringues souriantes, aux visages poupins sur des corps de femmes... Toutes les photos de classe de 6e primaire montrent cette curiosité du genre humain: l'accélération pubertaire de la croissance, qui survient, en moyenne, deux années plus tôt chez les filles que chez les garçons. Pour des raisons non élucidées, l'âge où apparaissent les premiers témoins de la maturation sexuelle varie aussi, énormément, d'un enfant à l'autre. Il y a des petites poulettes dont les seins commencent à poindre à 8 ans. D'autres, à 13 ans, se désespèrent de ressembler encore à des planches à repasser.
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Au premier plan, des gamins, encore vraiment rikiki. Derrière, une rangée de grandes bringues souriantes, aux visages poupins sur des corps de femmes... Toutes les photos de classe de 6e primaire montrent cette curiosité du genre humain: l'accélération pubertaire de la croissance, qui survient, en moyenne, deux années plus tôt chez les filles que chez les garçons. Pour des raisons non élucidées, l'âge où apparaissent les premiers témoins de la maturation sexuelle varie aussi, énormément, d'un enfant à l'autre. Il y a des petites poulettes dont les seins commencent à poindre à 8 ans. D'autres, à 13 ans, se désespèrent de ressembler encore à des planches à repasser.Pour les garçons, c'est la même diversité, même si le phénomène passe plus inaperçu. L'augmentation du volume des testicules se situe entre 9 et 14 ans. Mais, la croissance corporelle démarre plus tardivement, ce qui explique la différence de taille avec leurs copines. Ce qui, au fond, déclenche l'activation d'un système mis au repos durant une bonne dizaine d'années reste un mystère. Pour activer ou retarder la machine, les signaux envoyés sont sans doute multiples, provenant aussi bien du cerveau, d'autres parties du corps (comme le tissu adipeux) que de l'environnement (le stress, la malnutrition, la pollution, l'activité physique) jouent apparemment un rôle. En réalité, c'est toute une série d'événements, survenant en cascade, qui, un jour, aboutissent à la sécrétion accrue d'hormones dans l'hypothalamus. Mais le primum movens, l'initiateur du grand chambardement, reste, lui, encore inconnu. Autre étrangeté de notre espèce animale: l'avancement, dit "séculaire", de l'âge de la puberté. Des statistiques scandinaves établissent qu'au milieu du XIXe siècle les premières règles survenaient, chez les jeunes filles, aux alentours de 17 ans. En Europe occidentale, l'âge des règles s'est progressivement avancé pour atteindre 13 ans après la Seconde Guerre mondiale - il est, à présent, bien stabilisé dans la plupart des pays industrialisés. Pourtant, et bien que les fillettes américaines présentent toujours leurs premières règles au même âge que les Européennes, une étude récente, menée aux Etats-Unis, suggère que le développement des seins commence, là, beaucoup plus tôt qu'auparavant: pratiquement dès l'entrée à l'école primaire... Dès lors, les fourchettes d'âge de la puberté "normale" sont-elles encore d'actualité? "Au printemps, tous les arbres ne fleurissent pas au même moment. Mais établir une limite précise, bien qu'arbitraire, est incontournable", estime le Pr Jean-Pierre Bourguignon, chef du service de pédiatrie ambulatoire au CHU du Sart Tilman (ULg). Ainsi, la puberté sera réputée précoce lorsque les seins se mettent à grossir avant 8 ans chez la fillette, et les testicules, avant 9 ans, chez le garçon. Ce phénomène, assez méconnu, touche chaque année, en Belgique, quelque 400 enfants. Sans que l'on sache pourquoi, il concerne principalement (à 90 %) des filles. Inversement, la puberté tardive - quand ni les seins, à treize ans et demi, ni les testicules, à 14 ans, n'ont commencé à se développer -, frappe surtout les garçons. "C'est comme si le système montrait plus d'entrain à se mettre en marche côté féminin, et plus d'inertie, côté masculin", note le Pr Bourguignon. Le plus souvent, les enfants affectés de puberté précoce ont 6 ou 7 ans. Parfois beaucoup moins, telle cette toute petite fille, réglée à... 1 an. Cependant, seule une minorité de ces enfants sont conduits chez un pédiatre endocrinologue. "Et souvent plusieurs mois après le déclenchement du processus, regrette le Pr Bourguignon. Les familles ignorent un temps le problème, comme si une indifférence était créée pour masquer un malaise." Il n'est pas rare qu'un an et demi s'écoule entre le moment où les parents constatent les signes de puberté précoce et la première consultation. Pourtant, il importe d'être vigilant: l'enfant à la puberté précoce grandit plus vite que ses copains, mais achève aussi sa croissance quelques années plus tôt. Il ou elle peut, ainsi, perdre 5 à 10 centimètres de sa taille adulte supposée. "Si ses parents sont des géants, ce n'est pas grave. Mais si la gamine n'est pas grande ou qu'elle provient d'un pays où les habitants sont communément de petite taille..." Un traitement hormonal existe, qui permet de freiner la croissance, de mettre la puberté "en veilleuse". L'injection intramusculaire et mensuelle d'un produit (remboursé, depuis peu) aboutit à baisser le taux circulant des hormones commandant cette floraison trop hâtive. C'est un traitement dit "élégant", car il est parfaitement réversible - dès qu'on l'arrête, la puberté se remet en route. A noter: beaucoup de développements précoces des seins ne sont pas des pubertés précoces "authentiques" - ils peuvent être la conséquence d'une simple obésité. Pour s'en assurer, un spécialiste intégrera ce signe avec la croissance de la taille, et complétera l'évaluation par une estimation de l'âge osseux et une échographie pelvienne (pour constater l'état des ovaires et de l'utérus). De même, l'apparition d'une pilosité pubienne précoce relève de mécanismes également très différents. Mais il peut y avoir une autre bonne raison de consulter un endocrinologue: soulager la souffrance psychique qu'endurent ces enfants dotés d'un corps "trop adulte". Contrairement aux mères, qui semblent surtout tracassées par la survenue des règles chez leurs fillettes, c'est le gonflement des seins qui dérange en premier lieu ces dernières. En classe, elles sont montrées du doigt. "Souvent, ces fillettes adoptent alors une attitude de petites filles modèles, que l'on interprète comme une tentative de passer inaperçue", affirme le Pr Bourguignon. Mais on aurait tort de minimiser ce que les garçons précoces endurent, eux aussi. Leurs modifications corporelles s'accompagnent, logiquement, de pulsions sexuelles. Et, à 7 ou 8 ans, on a beaucoup de mal à comprendre pourquoi la voisine de banc est soudain plus attirante qu'un ballon de foot... Valérie Colin