Pas plus tard qu'il y a un an, ils étaient nombreux, encore, à parler du " petit Emmanuel ". Chacun lui avait tout appris. Patrons d'entreprise, briscards de la politique, éminences en visite entre chien et loup... " C'est quelqu'un de bien, le petit Emmanuel, il ira loin ", disaient-ils, avec des yeux attendris de Pygmalion, trop pleins de le...

Pas plus tard qu'il y a un an, ils étaient nombreux, encore, à parler du " petit Emmanuel ". Chacun lui avait tout appris. Patrons d'entreprise, briscards de la politique, éminences en visite entre chien et loup... " C'est quelqu'un de bien, le petit Emmanuel, il ira loin ", disaient-ils, avec des yeux attendris de Pygmalion, trop pleins de leur empire sur le petit prince pour voir l'ambition folle qui précipitait sous les boucles blondes. " Il ira loin, le petit Emmanuel. " Le voilà à l'Elysée ! Comme le chat de Kipling, ce chat qui s'en va tout seul et pour qui tous les lieux se valent, il a largué les amarres d'un socialisme Potemkine - qui n'avait du reste jamais voulu de lui - pour foncer, en marche et tête baissée, dans une expérience inédite. Pour la France, sa victoire est une équation à un inconnu : lui. Que fera-t-il de ce " Guinness Record " des conquêtes ovnis ? Les presque 34 % recueillis par Marine Le Pen au soir du 7 mai l'obligent. Tout comme le crève-coeur des électeurs " insoumis ", qui aura beaucoup compté dans les 9 % de votes blancs et nuls - un record. Emmanuel Macron, candidat hors-système-soutenu-par-le-système doit montrer qu'il ne sera pas le président de la France qui va déjà bien et qui se réjouit de la perspective d'aller encore mieux... Sinon, l'ire électorale serait, au prochain coup, fracassante. Mais le pire n'est pas certain. Et comme le note fort justement Marcel Gauchet : " Emmanuel Macron est le candidat d'un optimisme minoritaire, certes, mais auquel le pessimisme majoritaire a envie, sinon de croire, au moins : de donner sa chance " (voir page 8). C'est un sacré défi. Et un sacré poids qui pèse sur les épaules du garçon devenu président. par Anne Rosencher