Depuis ce fameux week-end de fin septembre 2008, durant lequel le Groupe Fortis a dû faire aveu de faiblesse et a appelé les gouvernements belge, hollandais et luxembourgeois à la rescousse afin de ne pas déposer le bilan, bien de l'eau a coulé sous les ponts. Pourtant, l'épilogue de la saga Fortis n'est peut-être pas encore écrit.
...

Depuis ce fameux week-end de fin septembre 2008, durant lequel le Groupe Fortis a dû faire aveu de faiblesse et a appelé les gouvernements belge, hollandais et luxembourgeois à la rescousse afin de ne pas déposer le bilan, bien de l'eau a coulé sous les ponts. Pourtant, l'épilogue de la saga Fortis n'est peut-être pas encore écrit. Les autorités belges n'ont pas ménagé leur peine, mais les actionnaires de Fortis, qui ont vu leur patrimoine fondre comme neige au soleil suite à l'effondrement d'un groupe qu'ils pensaient solide, ne décolèrent pas. Et ce n'est probablement pas ce dernier accord qui va les apaiser. Car leurs actions Fortis pourraient tout au mieux gagner quelques dizaines de centimes d'euro, si cet accord devait entrer en vigueur. Les 8 et 9 avril prochains, les actionnaires de Fortis Holding devront, comme en février dernier, indiquer si " oui " ou " non " ils approuvent les termes de la vente des actifs Fortis à BNP Paribas. En février dernier, le " non " semblait dominer les débats auprès des actionnaires belges. Aujourd'hui, le vent paraît avoir tourné. Le " oui " à la vente des actifs du Groupe Fortis à BNP Paribas rassemble de plus en plus de partisans. Non pas qu'ils jugent le dernier accord meilleur, mais plutôt par découragement. Les associations de défense des actionnaires se posent deux questions : " Que peut-on faire de plus ? " et " Si la bataille se poursuit, qu'y gagnerait-on ? "" Nous ne pouvons pas être contents de cet accord qui n'apporte qu'un très léger mieux par rapport au précédent. Ni les actionnaires ni le gouvernement ne peuvent être euphoriques à son sujet. Mais existe t-il encore une alternative ? Là est toute la question. Nous attendons d'avoir lu le rapport complet avant de prendre une position définitive, car le diable se niche souvent dans les détails, mais il me semble que nous sommes arrivés au bout de l'histoire ", nous a confié Pierre Nothomb, CEO de Deminor, qui représente une partie des actionnaires mécontents. " Depuis le dernier accord, le contexte économique s'est encore dégradé et laisse finalement peu de chance à la solution du "stand alone" ( NDLR : Fortis Banque qui redeviendrait autonome), reprend-il. Il faut être réaliste. Si nous voulons aller plus loin dans nos démarches, il faudra probablement nous adresser à la justice. Là, nous risquons beaucoup de dégâts collatéraux, et il est possible qu'à l'issue d'une éventuelle procédure personne ne sorte gagnant. Mais il est toujours possible de poursuivre la lutte.... C'est aux actionnaires de décider jusqu'où ils sont prêts à se battre. " La majorité des clients de Pierre Nothomb pencheraient vers le " oui ". Plus incisif, Me Mischaël Modrikamen, avocat des petits porteurs, fourbit ses armes pour convaincre les actionnaires de rejeter ce nouvel accord, en rien créateur de valeur pour eux. " Non ! Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cet accord. Pour l'Etat, les termes sont encore pires qu'avant et les actionnaires n'y ont rien gagné. Je sais que la crise financière s'est encore accentuée. Mais soit le contexte économique reste difficile encore un an ou deux, et dans ce cas BNP Paribas a acheté Fortis à très bon compte, soit la crise financière s'aggrave. Le gouvernement français serait alors obligé de renflouer ses banques. Et qu'adviendra-t-il de Fortis dans ce cas-là ? Les autorités belges seront tout simplement sommées de venir à sa rescousse. Dans tous les cas, BNP Paribas est gagnant et l'Etat belge, berné. "Aux yeux du défenseur d'une partie des petits actionnaires, une seule solution tient la route : le " stand alone ". A l'heure actuelle, il ne veut pas donner plus de détails sur sa prochaine contre-attaque, mais il assure qu'il a sous le coude une " arme secrète " qui pourrait changer la donne. " Nous attendons que les choses se calment. Nous allons tout mettre en £uvre pour limiter le nombre des votants comme ce fut le cas le 11 février dernier, afin d'écarter les spéculateurs qui ont acheté leurs actions Fortis à 50 cents et qui voient d'un bon £il une action Fortis Holding à1 euro. L'Etat veut faire en sorte que ces spéculateurs soient de la partie, car leur "oui" est acquis. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que les droits des actionnaires historiques soient mis en avant ", martèle l'avocat. La position d'actionnaires de taille, comme le chinois Ping An, pourrait fortement peser dans la balance lors du vote de début avril. Ce fut d'ailleurs déjà le cas en février. A l'heure où nous bouclons ces pages, Ping An semble pencher vers le " oui ". Ce troisième accord serait plus " raisonnable " que les précédents, d'après lui. Les actionnaires semblent donc actuellement plus enclins à voter en faveur de ce dernier accord. Pourtant, les dés sont loin d'être jetés. Il reste quelques semaines aux partisans du " non " pour faire pencher la balance de leur côté. Karine Huet