La marche, c'est bien connu, ça aère le cerveau. Ça insuffle de l'oxygène frais pour des pensées plus claires et de nouvelles idées. C'est ce moyen de locomotion lent, propice à la méditation, qu'ont choisi plusieurs opérateurs actifs dans les arts de la scène pour un Grand Tour traversant la Wallonie, tantôt bucolique, tantôt urbaine, destiné à ouvrir la réflexion sur leurs pratiques et sur l'importance de la culture.Treize villes-étapes, 17 jours, 30 marcheurs par jour, 200 kilomètres, des artistes invités et une grande pause festive (lire l'encadré). Du jamais-vu.
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La marche, c'est bien connu, ça aère le cerveau. Ça insuffle de l'oxygène frais pour des pensées plus claires et de nouvelles idées. C'est ce moyen de locomotion lent, propice à la méditation, qu'ont choisi plusieurs opérateurs actifs dans les arts de la scène pour un Grand Tour traversant la Wallonie, tantôt bucolique, tantôt urbaine, destiné à ouvrir la réflexion sur leurs pratiques et sur l'importance de la culture.Treize villes-étapes, 17 jours, 30 marcheurs par jour, 200 kilomètres, des artistes invités et une grande pause festive (lire l'encadré). Du jamais-vu. Pour lancer cette initiative hors norme, les organisateurs sont partis d'un constat qui s'est imposé pendant la pandémie : " Evidemment, on a tous consommé énormément de culture pendant le confinement, explique Olivier Minet, directeur et programmateur de Latitude 50, pôle des arts du cirque et de la rue de la Fédération Wallonie-Bruxelles, à Marchin. Mais d'un autre côté, on a vu comment la culture et les artistes ont été traités par le gouvernement fédéral pendant tout un moment. Parfois l'écart est grand entre la consommation culturelle quotidienne et la place que l'on donne à la culture, mais aussi la place que la culture donne au public. Comment décloisonner ? Comment faire en sorte que nos lieux culturels ne soient pas fréquentés que par des convaincus ? Tout un travail est déjà fait dans ce sens mais je pense qu'on n'a pas fini d'approfondir cette question et de continuer à chercher des pistes. " Le 22 avril dernier, alors que du côté de Latitude 50 on envisage déjà d'ouvrir le lieu cet été pour un chantier des idées, Philippe Kauffmann, coordinateur artistique pour les arts de la scène à Mars (Mons arts de la scène), publie une carte blanche intitulée " La question n'est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons en faire ". Où il lançait notamment cette invitation : " A tous mes collègues investis dans le domaine des arts du vivant, je fais une modeste proposition : si nous faisions une pause ? Ou plutôt, si nous osions, en ces temps suspendus, nous décentrer quelque peu, passer de la posture de victimes (même si elle est clairement légitime - le choc est brutal - je ne juge personne et chaque institution vit des moments difficiles ! ) à celle, plus constructive, de questionnement sur notre rôle en ces jours sombres ? " Ces idées ont croisé celles des organisateurs du Festival international des arts de la rue de Chassepierre, qui propose depuis plusieurs années sa Marche des philosophes, un projet artistique itinérant à travers la Gaume. Il n'en fallait pas plus pour que le projet du Grand Tour voie le jour et que l'initiative de ces trois-là enthousiasme toute une série de partenaires : le Delta à Namur, le Théâtre national qui y implante son événement Ouvertures (lire aussi Le Vif/L'Express du 13 août), l'Eden à Charleroi... " La culture, ça sert à quoi ? ", " La culture est-elle une compétence à acquérir ? ", " A-t-elle un rôle à jouer dans la transition écologique ? ", " Est-elle garante de notre démocratie ? " " "Avons-nous besoin des institutions culturelles ? "... Chaque jour, avant que le groupe ne se mette en route, une question est posée aux marcheurs. Des animateurs spécialisés en rando-débat sont chargés de lancer et relancer les réflexions et de les synthétiser pendant la pause de midi et, en fin de journée, avant la surprise de l'artiste-marcheur invité (différent à chaque étape), une proposition ouverte au grand public. Le but n'est pas de rassembler des habitués, mais d'ouvrir à tous, aux profils les plus variés. " Notre travail est, à travers des collaborations mises en place le long du parcours - avec un club de foot, une association travaillant dans le social... -, d'essayer de toucher des gens qui fréquentent peut-être moins les lieux culturels, qui peuvent questionner les raisons du financement de la culture, affirme Olivier Minet. On a vraiment envie de créer du débat. " Installé dans une commune rurale, dans la campagne au sud de Huy, Olivier Minet sait que sortir de ses murs pour aller à la rencontre des gens est essentiel : " Nous avons la chance de travailler dans les arts du cirque et de la rue, qui offrent une palette très large et qui permettent de toucher un public très diversifié et très familial. Mais on se rend compte que si on ne réfléchit pas notre projet en créant des partenariats au niveau local et régional, ça devient vite une espèce de lieu un peu inaccessible, où les gens ne savent pas vraiment ce qui se passe. Il faut ouvrir les portes, créer des moments où le lieu se déplace pour, par exemple, faire une proposition artistique à la fête du village. " Chaque jour de ce Grand Tour sera suivi par des " traceurs ", captant des images, du son, restituant par écrit les réflexions et les événements quotidiens. La matière accumulée sera transmise, partagée, relayée. Car cette marche n'est que le début du chemin, et la route est longue.