Est-ce à Elon Musk que l'on doit, via Tesla, l'essor actuel de la mobilité électrique?
...

Est-ce à Elon Musk que l'on doit, via Tesla, l'essor actuel de la mobilité électrique?En grande partie. Il y a trois ans, beaucoup de gens pensaient encore qu'il n'arriverait jamais à l'imposer. Mais sa manière de voir le business est très différente des autres constructeurs automobiles, notamment en pensant "plateforme" avant tout. La voiture Tesla s'insère progressivement dans un réseau de véhicules interconnectés, qui leur permettra de rendre une série de services supplémentaires, comme l'autopartage. D'autant que la vision de Tesla va bien plus loin que la mobilité électrique: c'est aussi celle de la voiture autonome, qu'Elon Musk a poussée bien plus tôt que les autres. Et puis, dans le monde du numérique d'où il vient, on pense d'abord aux usages et aux attentes des utilisateurs avant le produit en soi. Dès le départ, il a donc investi dans un réseau de superchargeurs, ce qu'il continue à faire. A terme, Tesla sera autant un fabricant de voitures qu'un fournisseur d'électricité. En Europe, Tesla vend désormais moins de voitures électriques que les groupes VW et Renault-Nissan-Mitsubishi. L'entreprise ne risque-t-elle pas d'être rattrapée par d'autres constructeurs bénéficiant d'un contexte plus favorable?Il s'agit là de volumes absolus. Même si sa part de marché diminue sur le segment électrique, les ventes de Tesla, de trimestre en trimestre, se multiplient. C'est le principe de la loi exponentielle: au début, elle n'est pas très puissante, et puis elle décolle, jusqu'à devenir incontournable. Pour Elon Musk, le plus gros risque aurait été, au contraire, que les autres constructeurs ne suivent pas. On peut comparer la trajectoire de Tesla à celle d'Amazon. Quand un acteur du numérique se met à créer quelque chose en rupture, l'idée n'est pas d'effacer les concurrents mais de devenir la plateforme principale, sur laquelle ces derniers passeront également. Bref, de les amener sur son propre terrain. Dans cette logique, Tesla pourrait un jour vendre des batteries à ses concurrents, des technologies de voitures autonomes, voire leur donner accès à son réseau de superchargeurs. Certains nouveaux acteurs, comme Polestar, imitent à présent les codes de Tesla. Est-ce une menace pour l'entreprise d'Elon Musk?Polestar joue en effet assez bien la carte visant à entrer dans le sillon de Tesla. Toutefois, un point sur lequel Tesla se distingue nettement de tous les autres, c'est la technologie utilisée. Au niveau de l'architecture système et électronique, une Tesla a cinq à six ans d'avance. Il y a aussi la question du traitement des données. De ce côté, l'avance est non seulement liée à la vision, mais aussi à certaines compétences digitales en interne, propres à la Silicon Valley, que vous ne retrouvez pas nécessairement chez d'autres constructeurs. A l'heure actuelle, ceux-ci ne maîtrisent pas à ce point la question des données pour concourir dans la même division que Tesla.