La douleur. Le deuil. Le recueillement. Pendant quelques heures, quelques jours peut-être, il n'y aura place pour rien d'autre. Après la fusillade qui a coûté la vie, lundi 19 mars, dans un établissement scolaire juif de Toulouse, à un professeur, à ses deux enfants de 3 et 6 ans, et à une troisième élève de 10 ans (la fille du directeur), l'émotion a envahi la campagne présidentielle française. Et le temps politique s'est arrêté. Les principaux candidats ont décidé d'annuler leurs rendez-vous, face à " la tragédie nationale " évoquée par Nicolas Sarkozy. Le président-candidat a débarqué à Toulouse suivi de son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. Puis le socialiste François Hollande est à son tour venu dire sa solidarité à des parents en état de choc, à une communauté juive bouleversée. Les autres prétendants à l'Elysée ont fait connaître leur indignation, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par François Bayrou et Eva Joly. Une violence de nature inédite venait de faire irruption dans la compétition électorale.
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La douleur. Le deuil. Le recueillement. Pendant quelques heures, quelques jours peut-être, il n'y aura place pour rien d'autre. Après la fusillade qui a coûté la vie, lundi 19 mars, dans un établissement scolaire juif de Toulouse, à un professeur, à ses deux enfants de 3 et 6 ans, et à une troisième élève de 10 ans (la fille du directeur), l'émotion a envahi la campagne présidentielle française. Et le temps politique s'est arrêté. Les principaux candidats ont décidé d'annuler leurs rendez-vous, face à " la tragédie nationale " évoquée par Nicolas Sarkozy. Le président-candidat a débarqué à Toulouse suivi de son ministre de l'Intérieur, Claude Guéant. Puis le socialiste François Hollande est à son tour venu dire sa solidarité à des parents en état de choc, à une communauté juive bouleversée. Les autres prétendants à l'Elysée ont fait connaître leur indignation, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, en passant par François Bayrou et Eva Joly. Une violence de nature inédite venait de faire irruption dans la compétition électorale. Il est environ 8 heures, lundi matin, lorsqu'un inconnu surgit sur un puissant scooter devant le lycée privé Ozar-Hatorah, situé dans un quartier résidentiel. L'homme, équipé, semble-t-il, d'une cagoule sous son casque blanc, tire avec une arme semi-automatique 9 mm, sans toucher personne. Mais celle-ci s'enraie. Il utilise alors une arme de poing de calibre 11.43, qui a déjà servi à l'exécution de trois militaires, les 11 et 15 mars, à Toulouse et à Montauban. A l'intérieur, une enfant qui tente de s'enfuir est achevée d'une balle dans la tête. Puis, en ressortant, il exécute un professeur de religion et ses deux enfants. Au total, les enquêteurs relèveront une vingtaine de douilles. " Ma fille a d'abord cru qu'il s'agissait de pétards, raconte Nadine, une mère d'élève. Puis on lui a ordonné de monter avec ses camarades en leur disant que c'étaient des balles ! " Le tireur s'enfuit ensuite sur le scooter, laissant derrière lui, outre quatre morts, un adolescent de 17 ans grièvement blessé. Dans cette rue tranquille de Toulouse, c'est l'incompréhension. " J'ai vu des personnes effondrées, explique au Vif/L'Express Joël Mergui, président du Consistoire central, présent sur les lieux quelques heures après la fusillade. J'ai dû annoncer à un grand-père qu'il avait perdu son fils, professeur, et ses deux petits-enfants, élèves. C'était terrible ! " Aucune menace n'avait visé l'école avant cette agression antisémite, la plus grave en France depuis l'attaque de la rue des Rosiers à Paris, le 9 août 1982. Un commando avait alors lancé une grenade dans le restaurant Goldenberg et ouvert le feu, tuant six personnes. L'auteur de la fusillade de Toulouse est désormais l'homme le plus recherché de France. Des moyens exceptionnels ont été mobilisés, pilotés sur le terrain par le directeur central de la police judiciaire, Christian Lothion. A Paris, la section antiterroriste du parquet a été saisie. Dès lundi, en effet, les enquêteurs ont acquis la certitude que le tueur d'enfants et l'assassin des soldats, les 11 et 15 mars à Toulouse et à Montauban, sont un seul et même homme. La même arme a été utilisée dans ces opérations conduites avec sang-froid. Grâce au système de vidéosurveillance de l'école juive, les policiers disposent d'images de la scène du massacre, mais le tireur y apparaît dissimulé par son casque. Aidés de " profileurs ", ils ont aussi brossé son portrait : très déterminé, méticuleux, bon tireur, excellent motard, il agit probablement seul dans un périmètre qu'il connaît à la perfection, ainsi que l'a démontré son judicieux itinéraire de fuite à Montauban. Le tireur n'a pas laissé de trace ADN sur les deux premières scènes de crime, pas plus que sur un chargeur abandonné à Montauban après avoir été soigneusement nettoyé. Ces différents éléments inquiètent les policiers, convaincus que le tueur récidivera, s'ils ne parviennent pas à l'interpeller rapidement. 11, 15, 19 mars. Pour l'instant, il a frappé tous les quatre jours. Sa première victime ? Le maréchal des logis chef Imad Ibn-Ziaten. Le militaire avait passé une petite annonce sur Internet pour vendre sa Suzuki Bandit. Après quelques échanges d'e-mails, un rendez-vous est fixé. Le soldat s'y rend en civil. Il est abattu d'une balle dans la tête. Depuis, les enquêteurs explorent la piste Internet, seul lien matériel entre le tueur et l'une de ses victimes. Le 15 mars, à Montauban, trois parachutistes en tenue sont visés alors qu'ils retirent de l'argent à un distributeur automatique. Là aussi, un enregis- trement de vidéosurveillance a permis de reconstituer la scène, qui a fait deux morts et un blessé grave. Le tueur descend de son Yamaha T-Max de couleur sombre, un modèle récent équipé d'options, pour achever un blessé. Afin d'assurer son tir, il relève la visière de son casque, sans qu'on puisse toutefois l'identifier. Une femme, entendue comme témoin, évoque toutefois un tatouage ou une cicatrice sur la joue. Le béret rouge des paras est le seul lien factuel établi entre ces victimes-là. Aucun n'avait effectué les mêmes missions à l'étranger au même moment. Ainsi, deux des militaires tués avaient servi en Afghanistan, mais séparément : le maréchal des logis Ibn-Ziaten, 30 ans, dont huit passés au 1er régiment de train parachutiste basé à Francazal (Haute-Garonne), et le caporal-chef Abel Chennouf, 25 ans, du 17e régiment du génie parachutiste, basé à Montauban. Ce dernier était de confession catholique comme Loïc L., 28 ans, le seul survivant du trio pris pour cible à Montauban. En l'absence de revendication, le mobile du tireur restait encore obscur, en milieu de semaine, mais la justice parlait bien de " terrorisme ". Qu'il vienne de l'islamisme ou de l'ultradroite. PASCAL CEAUX, ERIC PELLETIER ET ROMAIN ROSSO