Le paroxysme de la guerre syrienne en 2013 est atteint à la fin du mois d'août. Mille trois cents habitants de La Ghouta, un faubourg à l'est de Damas conquis par les rebelles, sont tués lors d'une attaque à l'arme chimique. Les premiers éléments factuels pointent la responsabilité du régime de Bachar al-Assad. Barack Obama, qui a fixé l'usage à grande échelle d'armes de destruction massive comme " ligne rouge " à ne pas franchir, ne peut plus reculer. Ne pas réagir à la hauteur de ce que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon désigne comme un " crime contre l'humanité " serait considéré comme un déshonorant aveu de faiblesse. " La France est prête à punir ceux qui ont gazé des innocents ", tonne François Hollande en allié inconditionnel. Plus de deux ans après le début de la révolte syrienne, une " attaque limitée " paraît inévitable. Ses conséquences font craindre un embrasement de la région.
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Le paroxysme de la guerre syrienne en 2013 est atteint à la fin du mois d'août. Mille trois cents habitants de La Ghouta, un faubourg à l'est de Damas conquis par les rebelles, sont tués lors d'une attaque à l'arme chimique. Les premiers éléments factuels pointent la responsabilité du régime de Bachar al-Assad. Barack Obama, qui a fixé l'usage à grande échelle d'armes de destruction massive comme " ligne rouge " à ne pas franchir, ne peut plus reculer. Ne pas réagir à la hauteur de ce que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon désigne comme un " crime contre l'humanité " serait considéré comme un déshonorant aveu de faiblesse. " La France est prête à punir ceux qui ont gazé des innocents ", tonne François Hollande en allié inconditionnel. Plus de deux ans après le début de la révolte syrienne, une " attaque limitée " paraît inévitable. Ses conséquences font craindre un embrasement de la région. Le scénario écrit n'aura pourtant pas lieu. Les doutes des députés conservateurs britanniques font reculer le Premier ministre David Cameron. Barack Obama ne veut pas risquer un camouflet au Congrès. Et, en définitive, il n'est peut-être pas lui-même convaincu de la pertinence de cette guerre. L'opinion publique occidentale y est majoritairement hostile. D'autant qu'en cette année 2013, les rebelles ne sont plus " les combattants de la liberté " du début de la militarisation de la révolte en 2011. La montée en puissance dans leurs rangs des extrémistes islamistes a balayé cette image romantique. C'est Vladimir Poutine, un des derniers soutiens du pouvoir syrien, qui va sortir le président américain du piège. Il convainc Bachar al-Assad de détruire son arsenal chimique sous supervision internationale. L'acquis n'est pas négligeable. A partir de ce moment, la guerre en Syrie entre de facto dans une nouvelle dimension : - Les Occidentaux renoncent à la perspective d'une prise de pouvoir militaire par les rebelles, la frilosité de l'aide armée en témoigne. - Le régime syrien, si pas Bachar al-Assad, réintègre un processus de négociations internationales. - Le Russe Poutine savoure un succès diplomatique inattendu et conforte sa position pour les futurs pourparlers politiques. La résolution de la crise du mois d'août préserve donc la population syrienne des méfaits destructeurs de l'arme chimique. Elle ne ralentit pas le cours de la guerre. Au contraire, l'armée gouvernementale pousse son ascendant matériel pour défaire les rebelles sur plusieurs fronts, à Homs, Alep et Damas. Les luttes internes n'ont pas, il est vrai, servi leur cause. A partir du printemps 2013, la branche syrienne de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) voit croître son importance. C'est le dernier signe d'une islamisation de la rébellion : islamistes réunis au sein du Front islamique pour la libération de la Syrie qui maintient des liens ténus avec l'Armée syrienne libre ; salafistes représentés par le puissant Front islamique pour la Syrie ; djihadistes de la nébuleuse Al Qaeda dans le Front al Nosra et l'EIIL. Ces groupes s'opposent, y compris sur le terrain, à l'Armée syrienne libre, ancêtre nationaliste de la rébellion, et, au nord-est du pays, aux combattants kurdes qui défendent leur agenda spécifique, entre régime et rébellion. Les affrontements entre groupes rebelles ou les massacres auxquels certains se livrent (le 4 août, 190 habitants de villages chiites à l'ouest d'Alep sont exécutés, 200 sont pris en otages) ne sont qu'une partie du déferlement de violences qui s'abat sur la Syrie. Fort de l'impunité que lui garantit le soutien de la Russie et de la Chine, le régime de Bachar al-Assad perpétue le supplice de sa population (une offensive sur Alep à la mi- décembre provoque la mort de 135 civils en trois jours). De l'autre côté, " la dimension confessionnelle du conflit inhibe le soutien occidental à la rébellion ", selon la formule du spécialiste du monde arabe Gilles Kepel. La rébellion n'est plus appuyée que par les monarchies sunnites du Golfe ou leurs mécènes privés. En 33 mois, la guerre en Syrie a causé la mort de 126 000 personnes, dont plus d'un tiers de civils, d'après les chiffres de l'Observatoire syrien des droits de l'homme arrêtés à début décembre. Avec 2,4 millions de réfugiés, le Programme alimentaire mondial fait face à " la pire crise humanitaire survenue depuis des décennies ". Onze millions de Syriens, soit la moitié de la population, vivent dans l'insécurité alimentaire. Tout cela dans l'indifférence grandissante des citoyens occidentaux. Ce contexte n'incline pas à se montrer optimiste sur l'issue de la Conférence Genève 2 qui doit s'ouvrir en Suisse le 20 janvier prochain. L'alliance conjoncturelle entre les Etats-Unis et la Russie, depuis l'accord sur la destruction des armes chimiques, garantit certes la volonté de mettre tous les belligérants autour de la table. Mais entre une délégation rebelle à la représentativité incertaine et des émissaires du pouvoir de Damas, même modérés, des avancées sont-elles plausibles ? Rien n'est moins sûr. Reste une conviction, forgée au cours de ces douze derniers mois : une issue strictement militaire est exclue. L'accord sur le dossier nucléaire iranien, à confirmer en 2014, inscrit à tout le moins le processus syrien dans un contexte diplomatique plus ouvert. Au vu des ingérences dans le conflit de Téhéran et de son supplétif libanais du Hezbollah, le bénéfice est tout sauf anodin. Et incite à ne pas désespérer complètement du Moyen-Orient en 2014. GÉRALD PAPYL'accord sur le nucléaire iranien inscrit le processus syrien dans un contexte diplomatique plus ouvert