L'affaire Trullemans a provoqué une déferlante de messages sur les réseaux sociaux et les forums des médias. Avec pour leitmotiv, derrière un racisme plus ou moins rentré : " La liberté d'expression est un droit inaliénable de la démocratie. " Une pétition pour le " retour de notre Monsieur Météo " a même réuni quelque 18 000 signatures.
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L'affaire Trullemans a provoqué une déferlante de messages sur les réseaux sociaux et les forums des médias. Avec pour leitmotiv, derrière un racisme plus ou moins rentré : " La liberté d'expression est un droit inaliénable de la démocratie. " Une pétition pour le " retour de notre Monsieur Météo " a même réuni quelque 18 000 signatures. Baptiste Campion, docteur en information et communication de l'UCL, a décortiqué cette vague. " Je ne prétends pas être un grand spécialiste du ras-le-bol en ligne, précise-t-il. Mais j'étudie pour l'instant en profondeur la façon dont des internautes utilisent les réseaux sociaux pour propager leurs idées en matière de réchauffement climatique. Je suis donc sur le Web en permanence. En voyant la quantité impressionnante de commentaires très exaspérés liés à l'affaire Trullemans, parfois 150 ou 200 sous un article en quelques heures, je me suis demandé si cela exprimait tout haut ce que le peuple pense tout bas. " Sur le fond, le chercheur a constaté un mouvement de soutien assez massif en faveur de l'ex-présentateur météo de RTL-TVI, avec une virulence importante à l'encontre de la communauté musulmane. Il a vu la critique forte d'une élite qui empêcherait le peuple de parler et la dénonciation d'une dictature du " politiquement correct ". " Les opinions exprimées étaient très à droite, voire franchement d'extrême droite, constate-t-il. On évoquait la fermeture des frontières, la nécessité de chasser tous les étrangers ou le rétablissement de la chrétienté. Autant de choses qui sont complètement en décalage avec les résultats électoraux du côté francophone ces dernières années. " Le reflet d'un fossé effectif entre le peuple et les élites ? " Je suis très perplexe, analyse Baptiste Campion. Tout d'abord, je ne sais pas ce qu'est le peuple et ce que sont les élites, cela ne correspond à rien de précis. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'il y a des gens visiblement énervés qui ont développé une vision amère du monde, de la politique belge et qui l'expriment de façon plus ou moins forte. C'est tout. Mais c'est une expression consciente. Certains médias ont estimé que l'anonymat d'Internet libérait une parole intolérante. Non : une part importante de ces messages ont été rédigés sous le nom de leur auteur. J'avais constaté cela aussi suite à la libération de Michelle Martin : certains en appelaient même au meurtre avec leur photo de Facebook. " Quantitativement, prolonge- t-il, il faut relativiser ce flux. " J'ai analysé de nombreux forums. Chaque fois, j'ai constaté les mêmes chiffres : entre 50 et 75 % des commentaires sont l'oeuvre de dix à quinze personnes différentes, pas plus, qui dialoguent entre elles. Il y a donc un effet de loupe. On ne peut pas en déduire que le peuple pense ceci ou cela. " L'effet est similaire, compare-t-il, à l'occupation du terrain par certains climato-sceptiques ou par les milieux rattachistes en matière institutionnelle. Un lobby citoyen ? " Le terme est peut-être fort. Mais il y a une volonté d'occuper le terrain, un investissement en temps important de la part de certains qui postent de vingt à trente commentaires par jour, parfois sur plusieurs sites différents, en affirmant savoir ce que pense le peuple. C'est une mise en scène, propre au populisme. " Un dernier constat est lié aux effets du Web. " Il y a une logique de répétition, tout revient en boucle, conclut-il. On retrouve des parties de textes qui sont copiées/ collées, certaines dont on ne connaît même plus la source exacte. Même dans le texte initial de Luc Trullemans, j'ai retrouvé des morceaux qui existaient intégralement sur le Web auparavant. " OLIVIER MOUTON