Anticipant sa rentrée et en compensation de la fin brutale infligée à la saison 2019-2020 par la pandémie, le Théâtre national part sur les routes, du 15 août au 13 septembre, pour un périple intitulé Ouvertures. Un théâtre qui sort de chez lui, c'est devenu une pratique plus répandue en cette ère de Covid où les spectacles s'envisagent plutôt dehors, avec un public en distanciation, mais c'est aussi, pour le National, une occasion de renouer avec l'esprit de ses fondateurs.
...

Anticipant sa rentrée et en compensation de la fin brutale infligée à la saison 2019-2020 par la pandémie, le Théâtre national part sur les routes, du 15 août au 13 septembre, pour un périple intitulé Ouvertures. Un théâtre qui sort de chez lui, c'est devenu une pratique plus répandue en cette ère de Covid où les spectacles s'envisagent plutôt dehors, avec un public en distanciation, mais c'est aussi, pour le National, une occasion de renouer avec l'esprit de ses fondateurs. En 1935, Jacques Huisman, ingénieur fraîchement diplômé de 25 ans fonde, avec son frère Maurice, une troupe de théâtre issue des scouts laïques, les Comédiens routiers. La compagnie d'amateurs sillonne la Wallonie et se distingue notamment, pendant la Seconde Guerre mondiale, avec Les Quatre Fils Aymon d'Herman Closson, interprété comme un appel à la résistance. A la Libération, quand le gouvernement belge lance un appel d'offres pour la création d'un théâtre national, c'est le projet des frères Huisman qui est choisi. Jacques Huisman le dirigera jusqu'en 1985. Maurice, lui, sera à la tête du Théâtre royal de la Monnaie pendant plus de vingt ans. " Historiquement, le Théâtre national était subventionné pour amener la culture en province, parce qu'à l'époque il n'y avait pas encore de centres culturels, ni de centres dramatiques ", rappelle Fabrice Murgia, actuel directeur de l'institution. " La situation a bien changé et le National travaille depuis de nombreuses années avec les centres culturels, via des processus de diffusion qui offrent une facilité d'accès aux spectacles que nous produisons. Mais avec Ouvertures, il s'agit d'exploser les codes, de s'ancrer en Wallonie de manière différente. Nous avons développé le projet avec une typologie de lieux dont l'association avec le Théâtre national pourrait paraître loufoque, mais qui répond en fait complètement à nos missions. " Le National s'installe en effet là où on ne l'attendrait pas. A Jumet, par exemple, commune du Grand Charleroi, en s'associant à l'asbl Jumet.bio, une toute nouvelle ferme urbaine de permaculture. A Marchin aussi, près de Huy, accueilli par Latitude 50, pôle des arts du cirque et de la rue (dans le cadre du Grand Tour , qui sera présenté dans Le Vif/L'Express du 20 août). Ou encore à l'Atelier 34Zero Museum, centre d'art contemporain indépendant muni d'une agréable terrasse-jardin, à Jette. Spa est un autre clin d'oeil à l'histoire puisque le festival théâtral qui s'y tient chaque année est une initiative de Jacques Huisman, lancée en 1959 pour répondre aux missions de décentralisation du National. Une cinquième étape était initialement prévue au Moulin de Saint-Denis, près de Mons. Elle a été annulée il y a quelques jours, la commune concernée ayant donné un avis défavorable. Le Covid n'a pas fini de jouer avec les nerfs des organisateurs de spectacles et des artistes... Chaque week-end de son parcours, le National propose une série de formes courtes dans un mélange de disciplines. Il y aura du cirque, avec Cruda, explorant le passé de l'ancienne gymnaste Constanza Sommi, ou Encore une fois, du trio de bascule Tripotes. De la musique avec la minifanfare The Nerds. De la danse avec la performance Transfrontalier, où l'artiste camerounais Zora Snake soumet son propre corps aux épreuves traversées par les migrants, et avec The Magnificent 4, quatuor rythmique et chorégraphique mené par Mauro Paccagnella.Autant de spectacles qui faisaient partie du programme de la dernière édition de l'incontournable festival XS, festin annuel de formes courtes prenant place dans tous les espaces possibles et imaginables du bâtiment du National, et qui a été annulé quelques heures à peine avant son lancement. C'était le 12 mars dernier. Fabrice Murgia, alors que plusieurs théâtres flamands venaient d'annoncer leur fermeture, avait estimé " qu'il n'était pas responsable de faire une fête, même de moins de 1 000 personnes ". Une sage décision puisque, plus tard dans la soirée, la Première ministre Sophie Wilmès annonçait l'annulation de toutes " les activités récréatives, culturelles, folkloriques privées ou publiques ". Pour une partie des artistes de XS, Ouvertures est donc une petite revanche sur le corona. Mais Fabrice Murgia et Vincent Hennebicq, programmateur de XS, ont aussi inclus quelques reprises coups de coeur et quelques inédits qui attisent la curiosité. Dans la première catégorie, on citera l'irrésistible petit théâtre de bébêtes en peluche Francis sauve le monde, présenté dans un food truck, Fritland, l'histoire authentique de Zenel Laci et de sa famille, immigrés albanais devenus rois de la frite derrière la Bourse de Bruxelles, Madame Bovary, un des premiers spectacles de la compagnie Karyatides, ou encore les quatre cow-boys en déroute de Desperado. Dans la seconde, le krump de Mouss Sarr et le popping de Jimmy Duries, le duo entre slam et danse de Lisette Lombé et Eléonore Dock ou encore l'hommage à Toni Morrison par Priscilla Adade. Un joli panel, pour un public limité à 200 personnes. En sonnant la fin des vacances, Ouvertures remet le National en mouvement pour une rentrée pas comme les autres, où plane le spectre d'une jauge très limitée. " Si on ouvre la grande salle du National pour 200 personnes, ça pose des questions sur le public qu'on accueille, pointe Fabrice Murgia. Combien va-t-on accepter de classes ? Combien de personnes bénéficiant du statut d'Article 27 ? Combien d'invités du protocole ? " En optant pour cette itinérance, le National fait en tout cas le premier pas pour la rencontre. Un vrai geste d'ouverture.