Propos recueillis par Marc Epstein
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Propos recueillis par Marc Epstein Dans Le Jeune Staline (1), une biographie jubilatoire, puisée dans une foule de sources inédites, l'historien britannique Simon Sebag Montefiore renouvelle l'image du dirigeant soviétique. Ce dernier est né en Géorgie. Et son fantôme plane sur le conflit entre Moscou et Tbilissi. Vladimir Poutine apparaît comme le principal architecte de l'opération militaire russe en Géorgie. Staline aurait-il approuvé ? E Certainement. Les deux hommes ont beaucoup en commun. La terreur de masse et le communisme ont disparu, bien sûr. Mais les périodes historiques offrent quelques parallèles. Il y a soixante ans, le régime de Moscou se reconstruit après une série de désastres : guerre civile, collectivisation, conflit mondial. Et que fait Staline ? Il organise, à partir du 24 juin 1948, le blocus de Berlin. Au fond, il met l'Occident à l'épreuve. Pour les Etats-Unis et leurs alliés européens, le défi consiste à venir en aide à Berlin-Ouest par tous les moyens possibles, mais sans se battre : personne n'a envie d'une nouvelle guerre. L'épisode géorgien, à l'été 2008, est-il semblable ? E Oui, car Poutine a pris le pouvoir après une vingtaine d'années d'humiliations - implosion du régime soviétique, kleptocratie des oligarques sous Boris Eltsine, déroute économique. Il veut restaurer l'autorité et le pouvoir de l'Etat. Mais les Russes ne veulent pas d'un conflit armé avec l'Occident et la réciproque est vraie. A présent, il revient aux Etats-Unis et à l'Union européenne de trouver l'équivalent, pour la Géorgie, du pont aérien qui a permis à Berlin-Ouest de survivre. Quel est l'enjeu ? E Le maintien de la situation née, en 1991, de la fin de la guerre froide. A quel point Vladimir Poutine et le président de la Géorgie, Mikheïl Saakashvili, s'intéressent-ils à Staline ? E Dans son bureau du Kremlin, Poutine conservait une partie de la bibliothèque de Staline. Issu du KGB, il est fasciné par ce lointain prédécesseur. Quant à Saa-kachvili, il a un lien personnel amusant avec le personnage. Car ses arrière-grands-parents étaient des propriétaires miniers ; ils ont caché Staline dans sa jeunesse. Quand Poutine et Saakachvili se sont rencontrés pour la première fois, ils se sont assez bien entendus. Peu après la révolution des Roses, cependant, ils se sont disputés au sujet de l'histoire russe, et de Staline en particulier. A la fin de leur échange, Poutine a soupiré : " Enfin, s'il y a une chose pour laquelle nous pouvons vous remercier, c'est Staline. " Il ne parlait pas du communiste, naturellement, mais d'un homme qui avait su mettre en £uvre, sur le plan pratique, une politique coloniale et impérialiste. Propos recueillis par Marc Epstein (1) Le Jeune Staline, par Simon Sebag Montefiore. Trad. de l'anglais par Jean-François Sené. Calmann-Lévy, 498 p.