"A force d'être présents, on finirait par être pesants ", glisse le colonel Benoît de Saulce Latour. L'officier français commande le camp franco-belgo-marocain de la force de paix dirigée par l'Otan (KFor), situé sur les hauteurs de Mitrovica, au Kosovo. Le ton est donné. Dix ans après le déploiement militaire international dans la province serbe à majorité albanaise, une stratégie de sortie se met en place. Les effectifs de la KFor devraient diminuer de 14 000 hommes actuellement à 10 000 d'ici à janvier 2010. Si le calme se maintient dans la région, la présence dissuasive de l'Alliance pourrait même se réduire à une arrière-garde de quelque 2 300 hommes.
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"A force d'être présents, on finirait par être pesants ", glisse le colonel Benoît de Saulce Latour. L'officier français commande le camp franco-belgo-marocain de la force de paix dirigée par l'Otan (KFor), situé sur les hauteurs de Mitrovica, au Kosovo. Le ton est donné. Dix ans après le déploiement militaire international dans la province serbe à majorité albanaise, une stratégie de sortie se met en place. Les effectifs de la KFor devraient diminuer de 14 000 hommes actuellement à 10 000 d'ici à janvier 2010. Si le calme se maintient dans la région, la présence dissuasive de l'Alliance pourrait même se réduire à une arrière-garde de quelque 2 300 hommes. " Un curieux Monopoly a remplacé la guerre, constate le colonel : les violences laissent la place, depuis la proclamation de l'indépendance, en février 2008, à une compétition immobilière acharnée. Albanais et Serbes construisent ou reconstruisent partout. En outre, les autorités kosovares albanaises et la minorité serbe se sont lancées dans une course à la respectabilité : les premières tiennent à prouver que l'Etat fonctionne, ce qui réduit la marge de man£uvre des radicaux albanais ; côté serbe, les extrémistes sont de moins en moins soutenus par Belgrade. La crise économique et l'attitude pro-européenne du pouvoir serbe expliquent cette modération. "En coordination avec les Français, avec qui ils contrôlent Mitrovica, chaudron des tensions interethniques au Kosovo, les Belges planifient, eux aussi, leur départ. " Notre compagnie d'infanterie n'intervient plus qu'en cas d'incidents lors de manifestations, explique le général Charles-Henri Delcour, patron de l'armée belge. La ville est toujours divisée entre Albanais et Serbes, de part et d'autre de la rivière Ibar. Mais il est temps de laisser la place aux civils : la police locale et les policiers de la mission européenne Eulex. Nous n'agirons plus qu'en troisième rang. " En clair, le contingent belge serait réduit de 75 % d'ici à la fin juin 2010. La compagnie ne connaîtra donc plus qu'une ou deux rotations. Seules seront maintenues les petites équipes " LMT " (Liaison and Mentoring Teams), chargées de prendre le pouls de la population. " La situation reste tendue, mais nous avons fait notre travail, estime Pieter De Crem, ministre de la Défense, en déplacement à Mitrovica cette semaine ( voir notre interview exclusive en page 30). Le Kosovo est stabilisé. La pacification, elle, incombe aux autorités locales. Le nettoyage ethnique a laissé tellement de traces que la cicatrisation ne se fera pas avant plusieurs générations. Les militaires belges sont présents en ex-Yougoslavie depuis mars 1992 et au Kosovo depuis 1999. Une page se tourne. C'est un signe encourageant pour nos autres terrains d'opérations, en particulier l'Afghanistan. " Un diplomate belge en poste à Pristina nuance : " Les conflits de propriété, la question du retour des réfugiés et surtout le chômage, qui touche plus de 50 % de la population, sont des terrains fertiles pour des accès de fièvre communautaires. Le Kosovo ne survit que grâce à l'aide internationale et au petit commerce. " Un officier belge évoque la situation sécuritaire : " Pas moins de 400 000 armes restent en circulation, soit autant que le nombre d'hommes adultes au Kosovo. Des magasins sont parfois attaqués à la grenade ou au cocktail Molotov. Et le pays est toujours la plaque tournante de l'héroïne en provenance d'Afghanistan. A cet égard, le départ de la KFor ne changera guère la donne : la force internationale dirigée par l'Otan n'a jamais dérangé les trafics mafieux ! "Voir aussi notre diaporama sur www. leVIF.BEDe notre envoyé spécial à Mitrovica (nord du Kosovo); Olivier Rogeau" Le Kosovone survit que grâce à l'aide internationale et au petit commerce "