Moins de "travelos", moins de kitsch carnavalesque que d'habitude. Une brochette variée d'élus politiques - essentiellement de gauche. Et 7 000 homosexuel(le)s "ordinaires", arpentant non plus les ruelles étroites du quartier Nord, mais, pour la première fois, les principales artères du centre de la capitale... Qu'est-il arrivé à la Gay Pride, cette année, pour qu'elle gagne d'un coup en visibilité et en maturité? D'abord, une impulsion donnée par la Ville de Bruxelles. Dirigée par une équipe neuve, elle compte dans ses rangs Bruno De Lille, jeune échevin SP de l'Egalité des chances, homosexuel avoué. Son pari: faire défiler un jour une délégation de la police de Bruxelles, à l'instar de celle de New York...
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Moins de "travelos", moins de kitsch carnavalesque que d'habitude. Une brochette variée d'élus politiques - essentiellement de gauche. Et 7 000 homosexuel(le)s "ordinaires", arpentant non plus les ruelles étroites du quartier Nord, mais, pour la première fois, les principales artères du centre de la capitale... Qu'est-il arrivé à la Gay Pride, cette année, pour qu'elle gagne d'un coup en visibilité et en maturité? D'abord, une impulsion donnée par la Ville de Bruxelles. Dirigée par une équipe neuve, elle compte dans ses rangs Bruno De Lille, jeune échevin SP de l'Egalité des chances, homosexuel avoué. Son pari: faire défiler un jour une délégation de la police de Bruxelles, à l'instar de celle de New York... Mais, plus encore, le rendez-vous des gays et des lesbiennes belges a bénéficié d'un nouveau climat. Dans une société où la valeur centrale est clairement l'affirmation de soi, les homos supportent de moins en moins d'être réduits à l'ombre, au déni, aux existences clivées, déchirées entre moi social et moi privé. Le récent coming out (le moment où l'on dévoile publiquement son homosexualité) d'Elio Di Rupo n'y est sans doute pas étranger. Pour le président du PS, la déclaration explicite (qui n'est quand même qu'une demi-surprise) a eu lieu, fin avril, dans Zizo - le périodique du mouvement homosexuel du nord du pays. Une manoeuvre habile: pas d'élections en vue, un aveu dans un média confidentiel et flamand - de nature à adoucir le "ricochet" dans la presse francophone -, destiné à renforcer la cohérence de son image publique... Les propos ont porté leurs fruits: au vu des réactions positives, ce fut, pour Di Rupo, "peut-être bien l'une des plus grandes satisfactions de [sa] vie". "Sorti du placard" également récemment, le maire de la capitale française, Bertrand Delanoë (PS), s'étonnait lui aussi du nombre de messages de sympathie reçus, de droite comme de gauche... Certes, il est sans doute plus facile d'être homo dans un milieu aisé de Paris ou de Mons que charcutier "pédé" à Trifouilli-les-bains. Et même si le coming out de personnalités a un effet libérateur sur des milliers d'homosexuels souffrant quotidiennement de devoir se cacher, beaucoup de politiciens hésitent encore à franchir le pas. Aujourd'hui, plusieurs mandataires communaux ne font nullement mystère de leur orientation sexuelle. Marianne Vergeyle, la chef de cabinet (ouvertement lesbienne) de la ministre (Agalev) Magda Aelvoet, notait toutefois, dans un entretien accordé au magazine Knack, qu'elle n'en connaissait "pas un seul au Parlement"... "Pourquoi y a-t-il si peu de politiciens qui révèlent leurs préférences? Il n'y en a quand même pas moins Rue de la Loi qu'ailleurs!" lançait Patrick Janssens, le président du SP, présent pour la première fois à la Gay Pride. C'est que le coming out effraie encore les élus. Beaucoup pensent qu'être étiquetés gay entravera leur carrière. Pour donner le change, on en a même vu, en France, faire preuve de complaisance à l'égard des discours homophobes. Pas en Belgique. Mais, chez nous, le mariage (de parlementaires par ailleurs homosexuels) reste un passeport utile pour se présenter devant les électeurs. Or beaucoup de sociologues affirment que ce type de révélation publique a une influence positive sur la population. Même si elle véhicule une image un peu "stéréotypée", "bourgeoise" de l'homosexuel, c'est une forme d'honnêteté politique. C'est aussi une banalisation du phénomène susceptible de mettre à mal le désenchantement de nombreux jeunes, qui continuent à penser qu'ils vont tout rater parce qu'ils sont homos. Enfin, la "sortie du placard" est l'un des indices significatifs montrant que l'homosexualité est en voie d'acquérir droit de cité. Elle cadre parfaitement avec les revendications actuelles, comme l'interdiction légale des discriminations à l'égard des gays et des lesbiennes, ou la reconnaissance du mariage homosexuel. Pour Karel De Gucht, président du VLD participant à la Gay Pride, "ces deux points devraient être réglés à la fin de l'année". Pour les homos belges, il en restera d'autres. Le droit à l'adoption, notamment, pour les couples de même sexe, est encore loin de faire l'unanimité.Valérie Colin