Il connaît cette salle du Zénith de Nantes, pour y avoir déjà tenu meeting, le 15 mars 2007. La victoire lui était alors promise. Ce 27 mars 2012, la pièce n'est pas encore retombée, le sort hésite, la cote de François Hollande s'affaisse sans s'effondrer. Quand Nicolas Sarkozy s'apprête à monter à la tribune, son moral est pourtant bien meilleur qu'il y a cinq ans. A l'un des ministres présents dans sa loge, il confie : " La dernière fois, ici, cinq minutes avant de commencer mon discours, j'ai appris que Cécilia voulait divorcer. Je n'étais pas dans une forme éblouissante. "
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Il connaît cette salle du Zénith de Nantes, pour y avoir déjà tenu meeting, le 15 mars 2007. La victoire lui était alors promise. Ce 27 mars 2012, la pièce n'est pas encore retombée, le sort hésite, la cote de François Hollande s'affaisse sans s'effondrer. Quand Nicolas Sarkozy s'apprête à monter à la tribune, son moral est pourtant bien meilleur qu'il y a cinq ans. A l'un des ministres présents dans sa loge, il confie : " La dernière fois, ici, cinq minutes avant de commencer mon discours, j'ai appris que Cécilia voulait divorcer. Je n'étais pas dans une forme éblouissante. "Avec lui, une campagne est toujours une histoire que l'on raconte. Où se mêlent le privé et le public, le collectif et le singulier. Il y eut La Conquête ; voici que les thuriféraires du chef de l'Etat rêvent d'un autre scénario pour 2012. A la mi-mars, au cours d'un bureau politique de l'UMP, un élu ose un surnom pour le candidat : the Artist. De fait, le président épate ceux qui étaient en train de l'enterrer. Mais l'histoire qu'il faut raconter cette année, l'histoire qu'il raconte lui-même, doit enjoliver la réalité. Car sa résurrection ne l'envoie pas (encore ?) au ciel. Entre le 15 février, jour de l'annonce de sa candidature, et le 30 mars, Nicolas Sarkozy a gagné, selon le sondage quotidien Ifop-Fiducial pour Paris Match, 3 points au premier tour, pour atteindre 28,5 %. Alors que les favoris de chaque camp sont traditionnellement soumis aux effets de la dispersion à ce stade de la bataille, lui progresse. Si la mise en valeur de cette hausse aide à galvaniser les foules, que le président sortant, sans rival issu de sa majorité, figure en tête est la moindre des choses. Au second tour, grâce à une amélioration des reports de voix des électeurs de Marine Le Pen comme de ceux de François Bayrou, il passe de 43 % à 46 %. Une dynamique certaine, qui lui permet de récupérer les moins décidés des électeurs frontistes et centristes dès le premier tour et de viser son score de 2007 (31 %). " Il faut être dans une phase ascendante pour gravir la montagne, car il y a moins d'air au sommet ", se réjouit-il. Mais une dynamique mesurée, toute relative, dans un pays qui n'est absolument pas prêt, comme en 2007, à s'emballer - et pas davantage pour lui que pour un autre. Si Nicolas Sarkozy peut évoquer, au terme de chacun de ses meetings, " la plus formidable histoire de la vie politique récente " - être celui qui raconte, toujours et encore -, c'est parce qu'il a réussi à transformer son rôle. Jean-Pierre Raffarin, qui a vécu de près la défaite de la droite en 1981, le souligne volontiers : " Il est devenu candidat, contrairement à Giscard, qui était resté président. " Et à quoi, précisément, reconnaît-on un Sarkozy candidat ? Au fait qu'il ose tout. Après s'être présenté comme " le candidat du peuple ", le voilà qui, le 29 mars, affirme : " Le changement, c'est nous. "Le président est entré dans la peau du candidat, et le candidat est capable de tout pour faire oublier son passé de président. C'est ce que Laurent Fabius appelle le " triangle du sarkozysme ", dessiné dès que le chef de l'Etat est attaqué sur son bilan : " La réponse tient en trois mouvements. Un, la France a mieux résisté que ses voisins. Deux, les erreurs, c'est la responsabilité des autres - cela peut remonter jusqu'à la Commune, mais en général, cela s'arrête à Mitterrand ou aux 35 heures, selon les variations saisonnières. Trois, il change de sujet et passe à une nouvelle promesse - l'imagination est alors infinie. "La gauche aimerait en rire, elle préfère rester sur ses gardes. " François Hollande ne fonctionne pas sur le registre de la testostérone, c'est la seule force de Sarkozy ", admet un proche du socialiste. " Il est très prévisible, mais s'il était mauvais, ça se saurait ", complète un autre. La machine présidentielle déploie une vraie puissance. Des paroles et des actes, sur France 2, Parole de candidat, sur TF 1, Le Grand Journal, sur Canal +, Capital, sur M 6 : du 6 au 18 mars, la séquence médias concoctée fut la plus dense que Nicolas Sarkozy ait connue depuis 2002, et elle ne doit rien au hasard. " Sa chance, c'est qu'elle soit survenue juste avant la tuerie de Toulouse ", note l'un de ses conseillers. Son équipe évoquait en interne depuis des mois l'émission de Canal +, avec l'objectif de le montrer drôle et décontracté. Il le fut. " C'est vrai qu'il a de l'humour devant 3 millions de téléspectateurs ou devant 10 000 personnes dans un meeting, susurre un ministre. Mais quand on est quatre dans une pièce, on se fait fracasser, il n'a alors plus aucun humour, et surtout pas sur lui-même ! " Qu'importe, ce qui compte, c'est de raconter une histoire. Le 19 mars survient la tragédie de Toulouse, quelques jours après des meurtres de militaires à Montauban et à Toulouse même. Les collaborateurs de Nicolas Sarkozy scrutent les réactions de l'opinion, études qualitatives à l'appui. " Le président est là ", constatent les personnes interrogées. " Les gens ne raisonnent pas selon le distinguo président/candidat, pour eux, c'est le même personnage, décrypte un proche. Il a un avantage énorme, celui du "gabarit'', comme dirait Bernadette Chirac. Hollande, lui, se construit un personnage. " Autant que la variation des intentions de vote, c'est la modification du climat politique qui est guettée. " On ne peut plus détester Sarkozy de la même manière depuis Toulouse ", relève un sondeur. En matière de détestation, le président a un si lourd passif. Du coup, le candidat veille à tout instant à montrer un visage moins arrogant que par le passé. Il évite ainsi d'évoquer le profil de son futur Premier ministre, même s'il l'a précisément en tête. Pas avant la fin de cette campagne, que Nicolas Sarkozy compare volontiers à un " bateau sans quille ". Les politologues sont frappés par ce qu'ils appellent la " disponibilité de l'électorat ". Il reste moins de vingt jours avant le premier tour. Le moment qu'a choisi le chef de l'Etat pour dévoiler son programme. " Je présente mes idées une par une, elles vivent quelques jours, c'est déjà ça, observe-t-il. Hollande a commis l'erreur de présenter son projet d'un coup, le mardi suivant, tout était usé. "Le candidat socialiste est surveillé en permanence. Nicolas Sarkozy s'appuie sur les chiffres de vente du livre de François Hollande (11 000, avance-t-il ; un peu plus de 27 000, selon Edistat) pour justifier de ne pas en publier un. Son équipe, autour d'Emmanuelle Mignon et de Sébastien Proto, a étudié chacune des déclarations passées, récentes et anciennes de François Hollande. Elle a retrouvé le moindre de ses commentaires, par exemple quand, en 2000, alors premier secrétaire, il négociait entre Laurent Fabius, ministre de l'Economie, et Henri Emmanuelli, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, une position médiane sur la taxation des stock-options. Hollande est attendu au tournant. " A la tribune, vous pouvez tout dire, que l'on a cassé l'hôpital, que le chômage bat des records, mais cela ne résistera pas un instant à l'argumentation lors d'une confrontation ", prévient un pilier du QG. Et s'il faut deux débats pour cela, après le premier tour, qui dit que Nicolas Sarkozy ne les demandera pas ? ERIC MANDONNET