A près l'avalanche de mauvais sondages qui a ouvert la semaine du 9 avril, un secrétaire national de l'UMP reçoit un SMS : " Ça va, le moral ? J'entends des pronostics très inquiétants. " L'expéditeur est un sarkozyste pur sucre membre du Premier Cercle, le club des plus généreux donateurs de l'UMP. Le destinataire aurait du mal à le rassurer, il n'y croit plus lui-même : " C'est mort ", juge-t-il.
...

A près l'avalanche de mauvais sondages qui a ouvert la semaine du 9 avril, un secrétaire national de l'UMP reçoit un SMS : " Ça va, le moral ? J'entends des pronostics très inquiétants. " L'expéditeur est un sarkozyste pur sucre membre du Premier Cercle, le club des plus généreux donateurs de l'UMP. Le destinataire aurait du mal à le rassurer, il n'y croit plus lui-même : " C'est mort ", juge-t-il. Devant ses visiteurs, Nicolas Sarkozy affiche pourtant la plus grande " sérénité ". Problème : elle n'est pas forcément communicative. " Pour la première fois de la campagne, je l'ai senti douter ", confie un haut responsable de la majorité. Le président fait part, il est vrai, d'interrogations qu'on lui connaissait peu. Le 11 avril, au cours du comité stratégique, il se demande à haute voix : " Faut-il sortir ou non des mesures nouvelles ? " Si même le chef se met à hésiterà Jean-Louis Borloo - qui, en privé, se montre sceptique sur les chances de Sarkozy - monte au filet et avance des propositions. " Une idée égale 1 milliard ", ironise l'un des participants. Il est aussitôt recadré par François Fillon, qui rappelle l'impératif des finances publiques. Signe d'hésitation supplémentaire, lors du meeting de la Concorde, le 15 avril, Nicolas Sarkozy propose d'ouvrir le " débat " sur le rôle de la Banque centrale européenne en matière de croissance. Un sujet très délicat qui heurte les Allemands et qu'il s'était abstenu d'évoquer jusque-là. La boussole s'affole. A ce stade, personne n'ose encore taper sur le chef de l'Etat et, puisqu'il faut trouver un coupable, c'est l'égalité du temps de parole dans les médias qui est mise en cause. " La communication, c'est la répétition, explique Franck Riester, membre de l'équipe du porte-parolat, et là c'est impossible. " Voilà pour le paravent. Derrière, les critiques émergent. Celle, par exemple, d'une marche trop solitaire de Nicolas Sarkozy. " Il n'y a pas de sentiment de collectif ", se désespère un élu du staff de campagne qui regrette ce QG si étriqué qu'on ne peut pas s'y attarder. L'information circule mal. Ce n'est qu'après l'émission Capital, le 18 mars, sur M 6, que François Fillon reçoit le détail des annonces du candidat. La réactivité voulue par Nicolas Sarkozy se traduit souvent par l'improvisation. Les meetings régionaux en présence du candidat fixés à la dernière minute agacent les élus locaux, contraints d'annuler des réunions publiques. L'importance accordée aux stratèges, et, au premier rang d'entre eux, au politologue Patrick Buisson, passe tout aussi mal. " Les politiques ne sont pas mis en avant. On nous demande juste d'avoir le moral ", regrette une personnalité de la majorité. Si espoirs il y a, ils sont concentrés sur l'entre-deux-tours. " Tous les compteurs sont remis à zéro ", analyse l'ancien secrétaire d'Etat Alain Marleix. " Ce n'est pas vrai ", rétorque un ministre. " Ça va être très compliqué, reconnaît un autre membre du gouvernement. Hollande a réussi à imposer une campagne de référendum. En deux semaines, il faut arriver à recentrer l'objet de l'élection, sinon c'est perdu. "Les pronostics vont bon train : pas sur la " vague " du succès que Nicolas Sarkozy sent monter, mais sur l'ampleur de l'échec. " Il faut continuer à se battre dans la perspective des législatives, relève un ministre. Ce n'est pas la même chose de perdre à 51 ou à 56 %. " Si ce n'est pas encore l'hallali, ça y ressemble. BENJAMIN SPORTOUCHLa réactivité voulue par Nicolas Sarkozy se traduit souvent par l'improvisation