On est bien peu de chose. Il se voyait déjà tout en haut de l'affiche. En Numero Uno d'une Wallonie longtemps rebelle à ses désirs les plus ardents et qui aurait enfin décidé de ne plus lui résister. Raté. Depuis dimanche, le sourire éternellement narquois s'est figé sur les lèvres de Didier Reynders. L'homme a bien tenté de donner le change, le soir des élections. En clamant d'une voix faussement enjouée la reprise par le MR du leadership à Bruxelles. Maigre lot de consolation, qui ne garantit même pas un retour au pouvoir. Rien d'autre à offrir aux militants déconfits, si ce n'est de leur jeter en pâture les malheurs finalement tout relatifs de l'ennemi juré socialiste. Rideau sur le rêve de faire du Mouvement réformateur la première formation politique, en Wallonie et en Communauté française. Le centre de gravité dans le sud du pays ne s'est pas fondamentalement déplacé au goût d'un président du MR subitement dans les cordes. Enseveli sous une avalanche d'échecs. " A la fois électoral, politique, stratégique ", énumère Marc D'Hoore, historien et spécialiste du parti libéral. Une liste de revers dramatiquement longue, couronnée d'une humiliation suprême pour le patron de la formation libérale. Sur ses terres liégeoises, le test de popularité a tourné à la confusion du dernier suppléant de la liste MR, non seulement laminé par " papa " Daerden (tout un symbole...), mais aussi devancé par la tête de la liste libérale, Christine Defraigne.
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On est bien peu de chose. Il se voyait déjà tout en haut de l'affiche. En Numero Uno d'une Wallonie longtemps rebelle à ses désirs les plus ardents et qui aurait enfin décidé de ne plus lui résister. Raté. Depuis dimanche, le sourire éternellement narquois s'est figé sur les lèvres de Didier Reynders. L'homme a bien tenté de donner le change, le soir des élections. En clamant d'une voix faussement enjouée la reprise par le MR du leadership à Bruxelles. Maigre lot de consolation, qui ne garantit même pas un retour au pouvoir. Rien d'autre à offrir aux militants déconfits, si ce n'est de leur jeter en pâture les malheurs finalement tout relatifs de l'ennemi juré socialiste. Rideau sur le rêve de faire du Mouvement réformateur la première formation politique, en Wallonie et en Communauté française. Le centre de gravité dans le sud du pays ne s'est pas fondamentalement déplacé au goût d'un président du MR subitement dans les cordes. Enseveli sous une avalanche d'échecs. " A la fois électoral, politique, stratégique ", énumère Marc D'Hoore, historien et spécialiste du parti libéral. Une liste de revers dramatiquement longue, couronnée d'une humiliation suprême pour le patron de la formation libérale. Sur ses terres liégeoises, le test de popularité a tourné à la confusion du dernier suppléant de la liste MR, non seulement laminé par " papa " Daerden (tout un symbole...), mais aussi devancé par la tête de la liste libérale, Christine Defraigne. Reynders KO debout. Crédité d'un palmarès d'une pauvreté affligeante. Les libéraux ont beau triturer les chiffres dans tous les sens, ils viennent de subir un des plus mauvais scrutins de leur histoire pas si récente. Léger repli, mais repli quand même, en Wallonie (23,4 % des voix, - 0,89 %) ; recul plus net en Région bruxelloise (29,82 % des voix, - 2,68 %), perte d'un siège dans les deux cas de figure. " Ces résultats sont inférieurs à ceux du scrutin régional de 2004, qui était déjà médiocre pour le MR, surtout bruxellois ", rappelle Marc D'Hoore. De mémoire de libéral, il faut remonter au début des années 1990 pour retrouver pareille déconvenue. La brillante performance des législatives de juin 2007, qui avait vu le MR franchir la barre des 30 % et devenir le premier parti wallon, n'a pas eu de lendemains. Alors que, fait aggravant, les libéraux pouvaient envisager ce scrutin-ci sous des auspices favorables. Notamment à Bruxelles : " A l'avant-plan depuis le scrutin de juin 2007, l'enjeu communautaire aurait dû profiter au MR. Témoin les bonnes performances de sa composante FDF, à l'inverse du pilier libéral bruxellois. Or ce n'est pas le FDF qui a la main sur la stratégie globale du Mouvement réformateur ", relève Olivier Paye, politologue aux Facultés universitaires Saint-Louis. Qui pointe deux autres circonstances potentiellement positives pour les libéraux : " La disparition de la menace du parti LiDé, suite à la saga de Rudy Aernoudt, permettait au MR de récupérer un électorat. Et si l'on excepte le FN hors jeu, le MR a pu incarner à lui seul l'opposition en Communauté française, tant en Wallonie qu'à Bruxelles où Ecolo était au pouvoir. " Rien n'y a fait. Impossible même d'excuser la contre-performance par une usure du pouvoir. La défaite du MR n'en est que plus cruelle. Et l'échec de son chef de file n'en est que plus cinglant. Car il s'agit bien du pari manqué d'un homme, sur lequel convergent désormais des regards lourds de reproches. Un homme qui, depuis son accession à la présidence du MR, dans la foulée de l'échec électoral de 2004, porte à bout de bras une stratégie de confrontation permanente basée sur un leitmotiv : seul compte le résultat des urnes, préféré au petit jeu des alliances préélectorales. Calcul audacieux mais risqué. Qui s'apparente à un va-tout et n'autorise pas le droit à l'erreur. Or Reynders, emporté par sa croisade obsessionnelle contre l'occupation socialiste du pouvoir, a accumulé les bourdes. A perdu le sens des réalités. " Il s'est laissé enfermer dans une dynamique d'isolement qui se retourne à présent contre lui comme un boomerang ", analyse Marc D'Hoore. Olivier Paye abonde, en pointant la faille : " A force de prendre pour cible le PS mais aussi le CDH, dans le but d'éviter à tout prix la reconduction au pouvoir de ce qu'il qualifiait d'ailleurs de "cartel", Didier Reynders a laissé le champ libre à Ecolo, précisément son concurrent le plus direct auprès des jeunes générations de l'électorat. " L'homme fort du MR n'aurait pas seulement perdu de vue cette donnée cruciale de la sociologie électorale. Il aurait aussi sous-estimé le poids dans l'opinion d'un contexte angoissant de crise économique dépeinte tant et plus comme libérale par l'adversaire socialiste. " Déclarer le PS d'infréquentable dans de telles circonstances n'était sans doute pas le plus porteur ", précise Olivier Paye. Le président du FDF, Olivier Maingain, ne dit pas vraiment autre chose : " L'affaire Fortis a laissé des traces, il aurait fallu davantage remonter la pente d'un électorat de petits épargnants traumatisés. La dramatisation, dans la dernière ligne droite des élections, opérée par le président du PS brandissant la menace d'un "bain de sang social", a aussi joué contre nous. " La manière a fait le reste. Arrogante, excessivement agressive. " J'ai vécu la campagne électorale la plus scandaleusement faible sur le plan intellectuel. La confrontation engagée a glissé du terrain des idées vers celle des personnes. Pilonner sur le système PS est une chose, matraquer sur des individus en est une autre. Taper sur des gens qui rendent un service à l'électeur, c'est risqué. Car on finit par les victimiser ", assène un baron libéral. Le MR s'est retrouvé pris à son propre piège : " Nous avons été incapables de ramener les enjeux à un débat d'idées. Faute d'une réelle alternative à offrir, nous n'avons pu attirer la catégorie d'électeurs dégoûtés qui se sont notamment rabattus sur les votes blancs ou nuls. Ils n'ont jamais été aussi importants. " Trêve de regrets, l'heure est au bilan. Il tourne forcément au procès d'une stratégie et de celui qui a choisi de l'incarner pleinement. Didier Reynders se retrouve brusquement dans la peau d'un président de parti isolé, démuni. Avec pour seule pauvre plume accrochée à son chapeau : cette victoire historique remportée au scrutin législatif de juin 2007, mais qu'il n'a pu couronner au gouvernement fédéral où il doit cohabiter avec les socialistes détestés. Son sort n'est finalement pas sans rappeler ce qu'avait subi son... défunt père spirituel, Jean Gol. Lors des élections de juin 1995, le patron des libéraux francophones, également engagé dans une ambitieuse stratégie de rupture, avait échoué à rompre la coalition gouvernementale sociale-chrétienne - socialiste reconduite par Jean-Luc Dehaene. Sa disparition brutale, trois mois plus tard, avait ouvert la voie de la direction du parti, non pas au dauphin désigné Reynders, mais à un certain.... Louis Michel. L'artisan d'un rapprochement avorté avec le PSC, puis réussi avec le PS, et qui devait ramener aux affaires la fédération PRL-FDF-MCC en 1999. Michel père, dont le souffle revient plus que chatouiller la nuque du président du MR. " Didier Reynders va passer des moments difficiles en tant que président de parti ", pronostique un baron du MR. Le premier bureau du parti, au lendemain du scrutin, en a donné un avant-goût. Les oreilles présidentielles ont quelque peu sifflé, même si sa garde rapprochée a fait barrage pour couper court aux velléités de mise à plat. Officiellement, on serre encore les rangs autour du président dans l'adversité. " Il serait malvenu de jouer l'homme. La stratégie a été élaborée de manière collective, ayons la correction de l'assumer tous ", confie Olivier Maingain. Ce sera le cas tant que le sort du MR, en Wallonie et à Bruxelles, n'est pas scellé. Mais que le bail pour l'opposition se prolonge pour cinq ans dans les deux Régions, et Didier Reynders est un président mort. Sans espoir d'une quelconque clémence qu'il n'est d'ailleurs pas homme à implorer : " Le repentir ou l'acte de contrition, ce n'est pas son style ", souffle un ponte du parti. Appétits de pouvoir frustrés, plans de carrière contrariés, ambitions contrecarrées : les foyers de mécontentement, au bord de l'ébullition, n'attendent qu'un signe pour présenter l'addition au président. Gérard Deprez, chef de file du MCC et suppléant de Louis Michel au scrutin européen, donne déjà le ton en mettant ouvertement en cause le radicalisme du président du MR et en posant la question du cumul des casquettes ministérielle et présidentielle. Au FDF aussi, au-delà des gages de loyauté officiellement affiché s, on finit aussi par la trouver saumâtre : contrainte de céder la tête de liste à Bruxelles au peu charismatique Armand De Decker, la formation amarante risque de ne guère tirer profit des fort bonnes prestations électorales de ses candidats, les Maingain, Gosuin et autres Clerfayt, en cas de maintien dans l'opposition. Le président du FDF ne se prive pas de souligner le poids électoral accru de sa formation au sein du MR, qui pèse désormais près d'une voix sur deux à Bruxelles. Cela méritera bien, tôt ou tard, compensation pour le dommage subi. L'heure est encore aux simples escarmouches. Aux salves d'avertissement. Comme celle lancée au bureau du MR par la députée-bourgmestre de Jurbise, Jacqueline Galant, remontée contre la ligne présidentielle. " Et totalement téléguidée par les Michel ", assure-t-on dans la coulisse. Louis et Charles, éternellement en embuscade, prêts à orchestrer le passage de témoin. Et à indiquer à Reynders une porte de sortie qui sera tout, sauf honorable : " Je ne verrais pas d'autre issue que d'acculer Didier Reynders à faire un pas de côté ", confie un élu. Sans autre réelle alternative que de voir un Michel reprendre le flambeau, à moins d'entraîner le parti dans un cycle suicidaire de luttes fratricides. Restera alors au père et au fils à s'accorder sur le prénom du successeur. " Louis Michel a sans doute fait un très bon score personnel, mais on ne peut en dire autant de la liste qu'il tirait aux européennes : elle a perdu des voix et même un siège. C'est une différence avec la performance d'un Guy Verhofstadt ", relève un dirigeant du parti. Charles en selle ? Tout doux. Que le MR réussisse à forcer les portes du pouvoir, ne fût-ce que dans une Région, et son actuel président en sursis gardera les rênes. Quitte à se retirer plus tard, mais avec les honneurs. Jusqu'au bout, Reynders jouera à quitte ou double. PIERRE HAVAUX