Le Vif/L'Express : La cuvée électorale 2009 est du même tonneau que le scrutin de 2007 : une guerre totale au PS ?

Didier Reynders : C'est l'aboutissement de l'effondrement d'un système englué entre camarades. Depuis vingt ans, ce parti est incapable de faire le ménage en son sein, il est sans cesse rattrapé par des affaires. Cela dure depuis l'assassinat d'André Cools ( NDLR : en juillet 1991). Ça suffit ! Le PS dérape chaque fois qu'il se sent dans son système de majorité absolue, sans contre-pouvoir. Je ne crois pas en la possibilité de ce parti de changer la Wallonie en profondeur. Une cure d'opposition serait la seule façon pour lui de se régénérer.
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Didier Reynders : C'est l'aboutissement de l'effondrement d'un système englué entre camarades. Depuis vingt ans, ce parti est incapable de faire le ménage en son sein, il est sans cesse rattrapé par des affaires. Cela dure depuis l'assassinat d'André Cools ( NDLR : en juillet 1991). Ça suffit ! Le PS dérape chaque fois qu'il se sent dans son système de majorité absolue, sans contre-pouvoir. Je ne crois pas en la possibilité de ce parti de changer la Wallonie en profondeur. Une cure d'opposition serait la seule façon pour lui de se régénérer. Je suis tellement isolé que le MR siège dans quatre majorités provinciales sur cinq. Au niveau communal, en Région bruxelloise, l'olivier ( NDLR : coalition PS-CDH-Ecolo) vit dans une réserve naturelle : à Jette. Et je ne pousserai pas la cruauté jusqu'à rappeler à une de mes collègues au gouvernement notre présence au pouvoir avec Ecolo à Schaerbeek ( NDLR : reléguant le PS et Laurette Onkelinx dans l'opposition). Nous allons privilégier une majorité sans les socialistes. Ce que je mets sur la table, c'est un appel. Au CDH, cela bouge, la ligne de la présidente Joëlle Milquet n'est plus tout à fait suivie. Chez Ecolo, il y a aussi un certain malaise à l'idée d'être à tout prix au pouvoir avec le PS. Je crois que je suis assez clair, non ? Je n'ai rien à vendre d'autre. A l'issue du scrutin de juin 2007, je n'ai pu empêcher la présidente du CDH, Joëlle Milquet, de dire qu'elle ne voulait entrer au gouvernement fédéral qu'avec le PS. La priorité, c'est d'empêcher une alliance PS-CDH de nuire encore. J'ai des contacts avec toutes les formations politiques démocratiques. Chez Ecolo, il y a la réalité de leur participation à l'olivier à la Région bruxelloise. Un échec catastrophique des trois formations de gauche sur le sujet le plus fort : l'emploi. 35 % de chômeurs chez les moins de 25 ans à Bruxelles ! Communiquer sur des primes pour changer de lave-vaisselle, c'est bien. Mais il y a des priorités, tout de même. Et puis, il y a Ecolo dans l'opposition. Parfois surprenant quand, au fédéral, on l'a vu se transformer en agent de change sous les traits du député Jean-Marc Nollet, et à ce point voler au secours des petits actionnaires. Des choses m'échappent. J'entends Jean-Michel Javaux juger positivement le programme MR en faveur des indépendants, mais ce n'est pas tout à fait ce qui figure dans le programme Ecolo. Il faut que les verts aient vraiment changé, qu'ils soient décidés à soutenir l'esprit d'entreprise et l'activité économique. Et pas uniquement dans les filières vertes : cela ne suffira pas. Je les préviens : pas de paradis environnemental sur un désert économique ! Je m'inquiète aussi de la réapparition dans leur programme de nombreuses taxes et contraintes. Non, un parti qui évolue, qui est passé de quelques ayatollahs de la nature vers ceux qui, comme Jacky Morael, Jean-Michel Javaux ou Marcel Cheron, sont beaucoup plus tournés vers l'entreprise créatrice d'activités. Si on peut se rassembler autour de cela et si on est assez forts, je n'exclus pas une majorité à deux, MR-Ecolo. Alors que dans leur programme figure en toutes lettres l'idée que les majorités doivent être annoncées à l'électeur avant les élections. A mes yeux, et aux yeux des électeurs potentiels d'Ecolo, on n'attend plus qu'eux. Qu'ils s'expriment là-dessus. Le débat est interne à Ecolo, essentiellement bruxellois : trop de gens y sont encore convaincus qu'il faut une majorité de type olivier à Bruxelles, quel que soit le résultat du PS. Pas du tout. Les socialistes se sont fourvoyés en faisant campagne contre la grande finance américaine. Allez, je leur livre un scoop : Obama a été élu, Madoff est en prison, cela ne sert plus à rien de se battre pour ça... Les Américains n'ont d'ailleurs pas attendu le socialisme wallon pour agir. C'est le PS qui a remis le thème de la gouvernance à l'ordre du jour. Je ne demanderais pas mieux que parler d'autre chose. Leur slogan de campagne, " Nos actions profitent à tous " ? Risible ! Au vu de la succession d'affaires, ces actions profitent effectivement à de plus en plus de monde au PS. La liste s'allonge. Ceux qui ont tenu des propos injurieux et nauséabonds sur le thème du " tous pourris ". J'ai cité Philippe Moureaux, j'y ajoute Didier Donfut. Même profil, même analyse. Il paraît que les partis de droite en Belgique, cela vise Madoff. On peut nous injurier, mais nous prendre pour des idiots en plus. Cela, c'est terminé. Sans excuses réelles de Moureaux, le PS se réunira seul et ira discuter sans nous. Mais je suis très clair : tolérance zéro à l'égard d'injures venant d'un parti au fond du trou. Pour le reste, je continue à gérer des dossiers, ceux de la crise. Sans être d'ailleurs toujours sûr de la solidarité de certains de mes collègues au gouvernement, socialistes notamment. Laurette Onkelinx fait ce qu'elle veut, je n'ai jamais retenu personne. Les états d'âme d'un tel ou d'un tel me laissent totalement indifférent. Il faut arrêter de dire que voter Ecolo, c'est voter antipolitique. Rejeter le PS, ce n'est pas rejeter la politique : les électeurs qui ont voté massivement pour le MR en juin 2007 ne se sont pas éloignés de la politique. Un fossé se creuse, mais entre le citoyen et le PS. Nous n'avons pas du tout ce genre de pratiques. C'est du marxisme. Cette idée que l'on doit accaparer la structure du pouvoir. Pour la mettre surtout au service de quelques-uns, voire du parti, plus que de l'intérêt général. Quel scoop ! Le PS l'a tellement dit, que la presse savait que la procureure du roi était ma s£ur. Et maintenant, elle découvre que je suis son frère. Ça doit être ça, le journalisme d'investigation. Ils s'expriment de manière anonyme ou par le biais d'une union syndicale des magistrats. Les libéraux devront bientôt apprendre à marcher à l'ombre s'ils ne veulent pas subir la vendetta d'une formation politique et de ceux qui la soutiennent. Quelles chances de survie pour le gouvernement Van Rompuy Ier après le scrutin de juin ? Je ne vois pas cette équipe affronter réellement les enjeux du redressement budgétaire et de la relance, sans tenir compte du résultat des urnes. Sans pour autant remettre en cause l'équilibre à la base de ce gouvernement, entre le CD&V, l'Open VLD et le MR. Dans le nord du pays, l'axe Open VLD-CD&V devrait tenir. Au Sud, je n'exclus pas le problème de rendre équivalentes les majorités régionales et fédérale. Qui voudra rester ? J'observe que certains menacent de quitter le gouvernement fédéral ( NDLR : Laurette Onkelinx, vice-Première PS, si le président du MR ne retire pas ses propos sur l'infréquentabilité de certains socialistes). Si cela devait arriver, il faudra bien chercher quelqu'un d'autre.. N'ai-je pas entendu dire : " Je ne resterai pas une seconde de plus dans ce gouvernement. " Dans la vie, quand on dit cela, c'est en se levant et en partant. Dans une éventuelle majorité innovante, je n'entrerai pas dans ce schéma d'emprise totale propre au PS : qui est premier parti, qui est ministre-président ? Le partage d'influences entre partenaires sera réaliste. En ce qui me concerne, ce n'est pas impossible. Mais il me reste beaucoup à faire pour gérer la crise au fédéral. A lire sur www.levif.be, l'intégralité del'entretien accordé par Didier Reynders. PIERRE HAVAUX; ENTRETIEN : PIERRE HAVAUX