Il est toujours là, l'homme au n£ud papillon ! Né à Morlanwelz il y a bientôt 58 ans, orphelin de père, méritoire self- made-man devenu ministre puis président du PS, Elio Di Rupo affiche une longévité inattendue. Vingt ans que cela dure : sa popularité, son sourire Pepsodent et son immense contrôle de la situation. Le dimanche 7 juin, Di Rupo est entré dans l'histoire pour de bon, à l'heure où les médias, les sondages et... Didier Reynders, président du MR, annonçaient la fin. Le Montois a réussi un pari insensé : permettre à son parti de passer le cap des " affaires " qui le tenaillent depuis 2005 sans purge massive, sans révolution ni remise en question spectaculaire. En douceur, ou presque. Et ça marche, il faut bien l'admettre. Certes, le PS est affaibli. Il est usé par le pouvoir et ses tentations. Il vient de subir sa troisième défaite consécutive dans les isoloirs, après la défiance des communales 2006 et la sanction des fédérales en 2007. Aujourd'hui, c'est un dixième de ses électeurs wallons et un sixième de ses sympathisants bruxellois qui viennent de le quitter. Cinq sièges de députés dans la vue, tant au parlement wallon qu'à l'assemblée bruxelloise ! Mais le PS de Di Rupo a limité la casse et, premier dans les deux Régions, rien ni personne ne l'empêchera de coordonner à sa manière les opérations politiques de l'après-scrutin. A l'attention de ceux qui en doutaient : les " rouges " devraient rester de tous les gouvernements du pays. Malgré tout. Comme d'habitude. Politiquement, seule cette vérité comptera.
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Il est toujours là, l'homme au n£ud papillon ! Né à Morlanwelz il y a bientôt 58 ans, orphelin de père, méritoire self- made-man devenu ministre puis président du PS, Elio Di Rupo affiche une longévité inattendue. Vingt ans que cela dure : sa popularité, son sourire Pepsodent et son immense contrôle de la situation. Le dimanche 7 juin, Di Rupo est entré dans l'histoire pour de bon, à l'heure où les médias, les sondages et... Didier Reynders, président du MR, annonçaient la fin. Le Montois a réussi un pari insensé : permettre à son parti de passer le cap des " affaires " qui le tenaillent depuis 2005 sans purge massive, sans révolution ni remise en question spectaculaire. En douceur, ou presque. Et ça marche, il faut bien l'admettre. Certes, le PS est affaibli. Il est usé par le pouvoir et ses tentations. Il vient de subir sa troisième défaite consécutive dans les isoloirs, après la défiance des communales 2006 et la sanction des fédérales en 2007. Aujourd'hui, c'est un dixième de ses électeurs wallons et un sixième de ses sympathisants bruxellois qui viennent de le quitter. Cinq sièges de députés dans la vue, tant au parlement wallon qu'à l'assemblée bruxelloise ! Mais le PS de Di Rupo a limité la casse et, premier dans les deux Régions, rien ni personne ne l'empêchera de coordonner à sa manière les opérations politiques de l'après-scrutin. A l'attention de ceux qui en doutaient : les " rouges " devraient rester de tous les gouvernements du pays. Malgré tout. Comme d'habitude. Politiquement, seule cette vérité comptera. Oh, bien sûr, le président socialiste sait d'où il vient. Du trente-sixième dessous, où l'avaient plongé au cours d'un chaud printemps les frasques d'Anne-Marie Lizin, le coûteux voyage parlementaire de José Happart & Co et les cumuls gênants de l'ex-ministre wallon Didier Donfut, pour résumer. Depuis dimanche, Di Rupo a donc laissé les écologistes profiter de leur incontestable victoire électorale (et prendre l'initiative des premiers contacts exploratoires). Il a ménagé comme toujours le CDH de Joëlle Milquet, sorti sans encombre des urnes. Il a observé avec délectation les premières dissensions apparues dans le camp libéral, signes de nervosité confirmant que le MR ne dispose plus que d'une chance infime de réussir autour d'une table de négociations ce qu'il n'a pu engranger auprès des électeurs. Di Rupo prend son temps. Mais quand la machine socialiste se mettra en route, elle ne devrait rien laisser au hasard. Le président miraculé n'a-t-il pas montré lui-même la voie à suivre ? Dimanche passé, sur le coup de 16 h 30, Elio Di Rupo paradait à Mons, où 47 % des électeurs ont voté PS, coupant les ailes au vilain canard qui annonçait un " tsunami ". Trois heures plus tard, à peine, il plantait, en direct à la télévision, les germes de l' " olivier " qu'il appelle de ses v£ux sans fausse pudeur. Une alliance de centre-gauche, avec Ecolo et le CDH, dont le PS serait l'unique maillon indispensable. En termes de culot, seul... Reynders pourrait faire mieux. Ce scrutin, Elio Di Rupo l'a " gagné " le 27 mai dernier. Ce jour-là, le président socialiste a inversé la pression. Il a dit à Reynders, sur la RTBF, qu'il ne gouvernerait pas avec lui. Pas uniquement une ruade de mâle dominant. Un fait politique incontestable. Les sondages avaient bassiné leur " réalité " depuis plusieurs semaines. Ecolo mais aussi le MR, cognant tant et plus, montaient en flèche. Le PS allait s'écrouler : imparable et tellement prévisible ! Mais, le 27 mai, donc, Di Rupo sort de sa torpeur. Il prend l'ennemi Reynders à la gorge et, surtout, sonne la mobilisation de la gauche entière, du pilier mutuelliste et syndical, des villes et des villages tant quadrillés. Depuis ce jour, Di Rupo n'aura plus à la bouche que les mots " sécurité sociale " (à préserver), " peur du lendemain " et " rempart contre la droite ". Balayées, les affaires. Voici la crise et les perspectives de bain de sang social annoncées par le prophète Elio, osant pour une fois parler d' " opposition " à tous les niveaux de pouvoir, comme pour effrayer les foules. Des vagues de mails s'amplifient alors. Facebook et les réseaux sociaux propagent la bonne parole. " Avec nos plans et nos relevés des maisons visitées, couvrant les deux tiers du grand Charleroi, nous étions en pleine campagne de proximité, raconte l'échevine socialiste Ingrid Colicis, 36 ans, symbole de l'opposition au vieux PS incarné par le clan Van Cauwenberghe. Les propos d'Elio Di Rupo ont galvanisé les énergies. Des lustres que notre base syndicale attendait ça : que le parti rejette les excès de la droite. " Au même moment, la secrétaire générale du syndicat socialiste FGTB, Anne Demelenne, modifiait son appel à voter " rouge et vert ", misant désormais sur le seul PS. " L'autre calcul gagnant d'Elio Di Rupo a été d'expliquer à la télévision que s'il n'avait pas été plus ferme durant la saga des affaires, c'est parce qu'il avait peur d'accuser les siens sans fondement, commente le politologue Pierre Verjans (ULg). Di Rupo a réussi à légitimer son attitude en rappelant sa propre souffrance au moment des soupçons de pédophilie qui avaient pesé sur lui, en 1996 : on l'avait accusé à tort. Chez les militants, ce rappel a dû remettre de l'ordre dans les esprits et rassurer quant au fait que le président n'était pas un faible ou un lâche. " L'énorme mobilisation de fin de campagne a été décisive. Sans elle, le PS aurait pu perdre les 10 % annoncés. MR et PS seraient aujourd'hui au coude-à-coude. Ecolo aurait aisément franchi la barre des 20 %. Un monde de différence. Des facteurs structurels expliquent aussi pourquoi les socialistes ont échappé à la bérézina. Primo, la Wallonie - conservatrice comme le PS, disent les mauvaises langues - semble décidément rétive à l'alternance. Ça tombe bien pour le parti dominant : lui ne songe jamais sérieusement à l'opposition. Un cacique socialiste l'assure : " La direction du parti a bien intégré le fait que l'opposition, c'est pour les philosophes de jardin. On ne s'y ressource pas. On s'y déchire, comme c'est le cas en Flandre, en France et jusque dans les pays nordiques. " Secundo, la profonde crise ramène vers le PS (et le CD&V, en Flandre) des cohortes de gens inquiets pour leur avenir, pour qui l'aide de l'Etat est parfois le seul recours, mais aussi une " clientèle " intéressée par ce parti qui rend des services. Le MR a moins à proposer. Ecolo n'a pas la prétention d'un parti de masse. Le CDH joue dans d'autres registres, plus philosophiques. Enfin, nul doute que les " stars " socialistes ont fait la différence : à l'image du président Elio Di Rupo, symbole de la personnalisation croissante de la politique, plusieurs figures en vue du PS ont fait le plein de voix, dimanche passé. Restent les embûches du lendemain. De nombreuses huiles socialistes admettent que, cette fois, le PS a frôlé la correction. L'image de la " dernière chance " trotte dans toutes les têtes. Il faudra sortir le " scalpel ", clame Philippe Moureaux, chef du PS bruxellois. Des " mesures " s'imposent, reprennent en écho plusieurs ministres. Sinon, dit un député, " le PS s'engluera dans les affaires et il le paiera vraiment la prochaine fois ". Discours de circonstance, vite oublié ? C'est à craindre. A Charleroi, " Van Cau " est définitivement hors course. Une enquête judiciaire le cible clairement pour corruption. Le fiston, le clan, les anciens amis échevins ne reviendront pas. Anne-Marie Lizin a été éjectée du PS. José Happart a pris sa retraite parlementaire. La vieille garde namuroise s'est sclérosée toute seule. Le PS pourrait s'en contenter : la justice et les médias ont fait le ménage à sa place. Et les Daerden, considérés comme " un problème " par le député Jean-Marc Nollet et par plusieurs cadres écologistes ? Tout porte à croire que la grande famille socialiste continuera à fermer les yeux sur ce phénomène... de popularité. Après tout, le père Michel n'a jamais été pincé pour une quelconque irrégularité, sourit le bon peuple socialiste, émerveillé par les succès du Standard et la gouaille de " papa ". Sait-on toutefois que des dossiers s'accumulent sur le bureau de la procureure du roi de Liège, Danièle Reynders, visant plus ou moins directement des proches des Daerden ? Feindra-t-on d'ignorer que les activités de révisorat du fils Frédéric se poursuivent via des sociétés-écrans ? Pourquoi le PS n'admet-il pas la perversité de ce système d'occupation du pouvoir, qui oblige les camarades à se ruer sur les mandats afin d' " exister " aux côtés du " patron " ? Le PS change un peu, certes. A l'exception de Liège, la plupart de ses fédérations sont désormais sous le contrôle du Boulevard de l'Empereur. De nouvelles têtes sont apparues. Face à l'électeur carolo, le rénovateur Paul Magnette a fait aussi bien que Van Cau. Le quadra Rudy Demotte s'est affirmé comme un bon gestionnaire. Les doutes porteraient plutôt sur les " seigneurs du régime ", pour reprendre l'expression du libéral Charles Michel. Ces patrons d'intercommunales, cumulards invétérés ou petits barons locaux qui n'ont pas compris le changement d'ère. " Si le PS affairiste continue comme si de rien n'était son lotissement de l'Etat, il souffrira encore, prévient le sociologue Alain Eraly (ULB). En politique, l'éthique ne se réduit pas au respect de la légalité. En toute légalité, il est en effet possible de gaspiller des millions d'euros. De manière profonde, le PS doit modifier son rapport à la gouvernance de l'Etat. Intégrer systématiquement les principes d'évaluation et d'efficience. Bannir - enfin - toute confusion entre ses propres intérêts et ceux de la collectivité. " Depuis le passage aux urnes, un acteur politique dispose de la légitimité pour forcer le PS au changement : Ecolo. Cherchant du soutien du côté du CDH, il a compris que la tâche s'annonçait rude. PH. E. PHILIPPE ENGELS