Pour Raymond, c'est devenu un rituel qui, à ses yeux, marque la fin de l'été et le début de l'automne. " C'est en général à ce moment-là que je commande mon bois de chauffage pour l'hiver, c'est une page qui se tourne ", confie-t-il. Nulle nostalgie à chercher dans les propos de ce collectionneur invétéré car la tenue du Brussels Gallery Weekend (BGW) signifie pour lui " l'inespéré retour aux affaires " après le " redoutable temps mort des vacances ". " Pensez un peu, c'est une aubaine que de pouvoir découvrir, en se promenant, un condensé de l'offre artistique pendant trois journées entières, entre 11 et 19 heures... L'avantage, c'est qu'avec le rayonnement de Bruxelles, on peut entrevoir plus qu'une scène locale, c'est carrément un instantané international de l'état du marché de l'art contemporain ", précise cet entreprenant sexagénaire. Raymond n'est pas le seul à s'enthousiasmer. En 2016, malgré la difficulté de comptabiliser des visiteurs circulant comme des électrons libres à travers la ville, il a été estimé qu'entre 6 000 et 8 000 curieux avaient participé à cette réjouissante manifestation.
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Pour Raymond, c'est devenu un rituel qui, à ses yeux, marque la fin de l'été et le début de l'automne. " C'est en général à ce moment-là que je commande mon bois de chauffage pour l'hiver, c'est une page qui se tourne ", confie-t-il. Nulle nostalgie à chercher dans les propos de ce collectionneur invétéré car la tenue du Brussels Gallery Weekend (BGW) signifie pour lui " l'inespéré retour aux affaires " après le " redoutable temps mort des vacances ". " Pensez un peu, c'est une aubaine que de pouvoir découvrir, en se promenant, un condensé de l'offre artistique pendant trois journées entières, entre 11 et 19 heures... L'avantage, c'est qu'avec le rayonnement de Bruxelles, on peut entrevoir plus qu'une scène locale, c'est carrément un instantané international de l'état du marché de l'art contemporain ", précise cet entreprenant sexagénaire. Raymond n'est pas le seul à s'enthousiasmer. En 2016, malgré la difficulté de comptabiliser des visiteurs circulant comme des électrons libres à travers la ville, il a été estimé qu'entre 6 000 et 8 000 curieux avaient participé à cette réjouissante manifestation. Bonne nouvelle pour tous ceux qui suivent de près l'art contemporain, l'édition 2017 du Brussels Gallery Weekend s'annonce plus importante que jamais. Sa directrice, Sybille du Roy de Blicquy, s'en explique : " Depuis les débuts, époque à laquelle l'événement portait encore le nom de Brussels Art Day, le nombre de galeries n'a fait que s'étoffer. C'est tout particulièrement vrai pour l'édition présente puisqu'elle compte 41 participants alors qu'il n'y en avait que 30 en 2016. C'est la première fois en dix années que nous proposons un tel panorama. " Comment interpréter cette progression ? " Le BGW est le reflet fidèle de ce qu'il se passe sur la scène culturelle bruxelloise... Il n'est un secret pour personne que celle-ci est en pleine effervescence, notamment en raison de l'implantation de nombreuses galeries étrangères ", précise l'intéressée. Même si l'on est en droit de regretter que le leitmotiv " Bruxelles est le nouveau Berlin " soit devenu la tarte à la crème de l'argumentaire autopromotionnel de la capitale, il reste que, dans les faits, nombreux sont les plasticiens qui se sont établis au coeur de l'Europe. C'est précisément cette concentration unique que les différentes galeries viennent traquer sous nos latitudes. Il est à noter qu'en plus des galeries françaises, britanniques ou américaines, Bruxelles compte désormais dans ses rangs une recrue venue du Brésil, Mendes Wood. Pour bien comprendre le fonctionnement de cette programmation récurrente, il faut avoir en tête que n'entre pas dans le parcours qui veut : une sélection est opérée par un comité composé de professionnels issus de cinq galeries bruxelloises (Gladstone Gallery, Harlan Levey Project, Xavier Hufkens, Office Baroque, Dépendance). Membre de cet aréopage, Elisabeth Van Caelenberge en détaille l'esprit : " Nous ne communiquons pas nos critères de sélection mais l'idée est d'être au plus près de ce qui se passe sur le terrain. Bien sûr, l'art contemporain reste au centre de nos préoccupations mais nous voulons élargir le spectre et proposons des ouvertures vers d'autres disciplines telles que le design, l'art moderne ou la joaillerie. " Sur papier, le programme des réjouissances s'annonce alléchant. De belles têtes d'affiche sont à découvrir. On pense à Tracey Emin, l'ex-Young British Artist, qui débarque chez Xavier Hufkens avec, sous le bras, un record d'affluence absolu pour un artiste encore en vie - 40 000 visiteurs en 2008 lors de la rétrospective que lui a consacrée le Scottish National Gallery of Modern Art à Edimbourg. Dans ses valises, une nonantaine de pièces témoignant des développements les plus récents de son travail. Au-delà des provocations faciles et autres scandales médiatisés qui lui ont longtemps collé à la peau, ce sera l'occasion de jeter un autre regard sur une oeuvre multiple - vidéos, bronzes, peintures, néons, papier... - qui met en lumière la condition humaine dans ce qu'elle a de misérable et de sublime. Autre pointure à ne pas manquer, William Klein verra ses photos des années 1960 ainsi qu'une sélection d'images très street photography occuper le très bel espace - un ancien atelier d'artiste - de la galerie de la Béraudière. Pas rassasié ? La galerie Aeroplastics Contemporary programme Purification, une oeuvre vidéo de Bill Viola qui prendra place dans l'atmosphère envoûtante de l'ancienne chapelle Saint-Ignace, construite en 1965 par l'architecte Jean-Louis Franchimont. Dans un genre plus " moderne ", trois chefs-d'oeuvre de Constantin Brancusi seront à voir chez Vedovi Gallery. Cela alors que le sculpteur roumain a tiré sa révérence il y a tout juste septante ans cette année. Il faut également relever une exposition consacrée à une autre légende, du design celle-là, Gerrit Rietveld. La galerie OV Project a orchestré un dialogue entre le créateur néerlandais et Ted Stamm, le peintre américain minimaliste et conceptuel. Branché dialectique ? Il ne faudrait pas passer à côté de la proposition signée Office Baroque qui fait se croiser le travail surréaliste d'Hans Bellmer avec les figurations biomorphiques du Canadien Sascha Braunig et l'abstraction biologique de Matthew Ronay (USA). Il ne sera pas uniquement question de grands noms à l'occasion de ce week-end pas comme les autres, les découvertes seront également au programme. On conseille par exemple fortement de faire un détour par la galerie du jeune Felix Frachon, qui poursuit son exploration de la scène plastique indienne. Cette fois, le travail de Ratna Gupta est mis à l'honneur, soit une exploration de la figure humaine dans sa fragilité et ses contradictions. Pour rester dans une atmosphère " sous-continent ", on poussera la porte de la galerie Daniel Templon, qui promeut la pratique axée sur " les rapports transformés de la nature et de la culture " de Jitish Kallat, artiste en provenance de Mumbai. Enfin, on mentionnera la double exposition que les galeries Rodolphe Janssen et Didier Claes consacrent à Kendell Geers, un passionnant artiste sud-africain installé à Bruxelles qui a fait de la violence et de la haine de soi des ressorts essentiels de son travail. Brussels Gallery Weekend, du 8 au 10 septembre. www.brusselsgalleryweekend.com Par Michel Verlinden