Il y a dix ans, le philosophe normalien Tristan Garcia décrochait le prix de Flore avec son premier roman, La Meilleure Part des hommes. Depuis, il mène une double carrière de front : celle d'enseignant-chercheur en philosophie (à Lyon-III), ponctuée d'essais ( Forme et objet. Un traité des choses en 2011, La Vie intense : une obsession moderne et Nous en 2016) ; celle de romancier, avec des ouvrages stylisés dans la forme et conceptuels dans le fond, de plus en plus salués par la critique et les jurys ( Faber en 2012 ; 7 en 2015). Ames, épais premier tome d'une trilogie romanesque consacrée à " l'histoire de la souffrance ", constitue un nouveau projet colossal entamé sans fanfare, un pari ambitieux relevé sans frémir : à 37 ans, jeune père, Garcia livre une série de récits incarnés autour de la thématique de la souffrance des créatures vivantes, des origines de l'Univers à l'an 869, du ver originel aux Aborigènes d'Océanie, en passant par les grands empires, voire la Judée d'un certain " prophète nazaréen ". Le tout avec finesse et humour, en suivant quatre " âmes " perdues dans le temps puis réincarnées, qui se croisent et se perdent pour tisser une histoire aux dimensions infinies. Assurément, un inépuisable objet précieux, dont on attendra impatiemment les suites.
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