Dans un article consacré à l'état de la recherche en Belgique, la revue scientifique Nature place l'UCL en Flandre, juste en dessous de Bruxelles, et elle dénombre 21 % de chercheurs en Wallonie. Véronique Halloin, secrétaire générale du Fonds de la recherche scientifique, plutôt discrète, réagit. Aujourd'hui à la tête du prestigieux établissement, après une carrière dense de chercheuse et d'enseignante en génie chimique à l'ULB, elle gère un budget de 150 millions d'euros. Elle plaide aussi en faveur de nouveaux efforts pour la recherche fondamentale.
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Dans un article consacré à l'état de la recherche en Belgique, la revue scientifique Nature place l'UCL en Flandre, juste en dessous de Bruxelles, et elle dénombre 21 % de chercheurs en Wallonie. Véronique Halloin, secrétaire générale du Fonds de la recherche scientifique, plutôt discrète, réagit. Aujourd'hui à la tête du prestigieux établissement, après une carrière dense de chercheuse et d'enseignante en génie chimique à l'ULB, elle gère un budget de 150 millions d'euros. Elle plaide aussi en faveur de nouveaux efforts pour la recherche fondamentale. Véronique Halloin : Etonnée, oui. Mais nous n'y voyons aucune mauvaise intention de la part de Nature ni dans le chef d'Elisabeth Monard. Il s'agit sans doute d'erreurs de la journaliste, liées à une mauvaise compréhension de la réalité institutionnelle belge... Nous avons réagi. D'ailleurs, nous sommes en contact avec Nature en vue d'un nouvel article donnant une image plus fidèle de la recherche en Belgique. La répartition des chercheurs est conforme à celle de la population entre les deux communautés. Mais, dans l'article, Nature épingle comme référence géographique Liège et Bastogne. Bastogne n'est pas un pôle d'activités scientifiques ! Il souligne également les biotechnologies en Wallonie. Il n'y a pas que cela en Wallonie en termes d'activité scientifique. Enfin, Bruxelles n'apparaît pas comme une Région. Mais la Région bruxelloise compte 16,6 % de chercheurs, soit avec la Wallonie, près de 40 % de chercheurs dans la partie francophone du pays. Nos chercheurs sont très reconnus sur le plan international. Si l'on considère le nombre de publications scientifiques et celui de nos citations, nous tenons notre rang. En chiffres, par rapport à son niveau d'investissement, la Belgique se classe dans la moyenne européenne : en dessous du Royaume-Uni et de l'Allemagne, mais au-dessus de la France, de la Chine, du Japon... Un financement plus large aurait donc des résultats positifs. Non. L'investissement de la Belgique dans la recherche stagne à 1,85 % du PIB. Cela reste en deçà des efforts qu'il faudrait consentir pour atteindre les objectifs de Lisbonne. Bien que ce taux demeure dans la moyenne européenne, la part de financement public est, elle, inférieure à la moyenne européenne. Dans ce climat austère, à peine 25 % de la recherche financée par les fonds publics est consacrée à la recherche fondamentale. Les négociations fédérales ne nous rassurent pas : le fédéral fournit le quart de notre financement. Nous plaidons pour que cette part soit maintenue à ce niveau-là! Investir dans la recherche, former des personnes à un haut niveau sont un enjeu capital pour la Belgique. Qu'avons-nous d'autre ? Mais le hic, dans la recherche fondamentale, est que les retours sur investissement ne sont visibles qu'à long terme, puisque la recherche fondamentale, que je préfère appelée " libre ", ne vise pas une application concrète. C'est une recherche de longue haleine, certaines avancées ne prennent sens que des années plus tard. Cela, le grand public et les politiques doivent l'admettre, même si des efforts financiers ont été consentis ces cinq dernières années par la Communauté française et la Région wallonne. Et même si la tentation est grande de favoriser la recherche appliquée. Quand Jean-Marc Nollet veut privilégier l'interdisciplinarité et le continuum entre acteurs de la communauté scientifique, c'est une bonne chose. Mais il reste cette zone grise, la recherche stratégique, qu'il faut renforcer. Elle se situe au croisement de plusieurs disciplines : le climat et la santé, par exemple. Nous réfléchissons à un nouveau fonds qui aurait pour but de favoriser cette recherche transdisciplinaire à fort contenu sociétal. En tout cas, le fait que les ménages belges soutiennent la recherche en santé ne se dément pas. L'opération Télévie réunit toujours plus de fonds. Mais nous devons davantage communiquer à l'extérieur, faire savoir concrètement ce que l'on fait, entre autres, pour susciter des vocations. Notre société européenne manque de chercheurs. On note une désaffection pour les filières scientifiques. Mais ce déficit de chercheurs est aussi lié à un budget trop serré. C'est une agence de moyens pour soutenir la recherche fondamentale dans les universités. La recherche appliquée [ NDLR : qui vise un but, considérée " utilitaire " par d'aucuns], elle, est organisée dans les universités mêmes. C'est aussi un outil de mise en réseau, pour que les chercheurs travaillent ensemble. De la sorte, nous évitons les risques de saupoudrer des moyens limités. Le FNRS sert de facilitateur, de pont. Concrètement, il met en réseau, en commun, les ressources, les équipements logistiques dont disposent les labos, les universités... qui servent à toute la communauté scientifique. Cela évite le saupoudrage et les duplications. D'ailleurs, à terme, au sein de l'Union européenne, nous allons vers une collaboration entre agences et un cofinancement : une Europe où le Royaume-Uni prend en main tel volet de la recherche, l'Allemagne, un autre... Cette semaine, nous avons signé un accord entre le FNRS et cinq universités (ULB, UCL, ULG, UMons et Fundp) pour se partager des équipements de calcul intensif, c'est-à-dire des ordinateurs. Le FNRS apporte son soutien logistique (en personnel et en équipement). Les avantages : on se partage des coûts, on optimalise les ressources, on peut former les utilisateurs sur des équipements pointus. Cet équipement s'adresse en particulier aux disciplines qui ont de gros besoins de modélisation numérique : recherches sur le climat, en développement durable, pour la fabrication de nouveaux matériaux (solides, polymères, molécules organiquesà). On veut simuler l'impact des changements climatiques sur la fonte en surface de la calotte glaciaire du Groenland, mieux reconstituer des climats passésà Ce projet rassemble 500 chercheurs, physiciens et chimistes, à Liège, Mons et Namur. Nous avons entamé cette réforme pour adapter nos structures aux standards internationaux et les rendre plus transparentes. Elle était aussi réclamée par des chercheurs, en demande d'éclaircissements sur la façon dont ils étaient évalués. Ainsi, cette année, nous avons mis en place une nouvelle procédure de sélection pour attribuer des bourses et des mandats de recherche. Dans la première phase, les projets de recherche sont sélectionnés par des experts étrangers indépendants, puisqu'ils ne font partie d'aucune commission scientifique du FNRS, et nous les rémunérons : c'est un gage de sérieux. Puis les projets sont évalués au sein d'une commission interne. Nous avons 60 % de demandes en plus : de 500 dossiers déposés au FNRS, en 2010, on en compte 800. C'est exact. Cela a suscité des troubles. Certains se sont sentis inquiétés. Mais si on veut une réforme, on avance, sinon on s'embourbe. Les choses se sont apaisées. Il y a eu un recours, et nous y avons apporté des amendements. PROPOS RECUEILLIS PAR SORAYA GHALI