François Hollande aurait-il de la chance dans son malheur ? Son malheur, c'est le rebondissement de la crise grecque qui plonge ce pays et toute la zone euro dans l'incertitude et, peut-être, dans le chaos (voir page 44). Sa chance, c'est que son message sur l'impérieuse nécessité de la croissance devient plus pertinent : " Regardez le résultat d'une cure d'austérité brutale ", semble dire le nouvel hôte de l'Elysée. Le cas grec serait une démonstration, par la caricature, que la seule réduction des déficits mène à l'impasse. Que les plans avalisés par Nicolas Sarkozy ont échoué, quoi qu'il en ait dit durant la campagne : " Je pense que nous sommes sortis de la crise financière. [à] L'Europe est dotée d'un gouvernement économique qui a surmonté la crise grecque " (interview à ...

François Hollande aurait-il de la chance dans son malheur ? Son malheur, c'est le rebondissement de la crise grecque qui plonge ce pays et toute la zone euro dans l'incertitude et, peut-être, dans le chaos (voir page 44). Sa chance, c'est que son message sur l'impérieuse nécessité de la croissance devient plus pertinent : " Regardez le résultat d'une cure d'austérité brutale ", semble dire le nouvel hôte de l'Elysée. Le cas grec serait une démonstration, par la caricature, que la seule réduction des déficits mène à l'impasse. Que les plans avalisés par Nicolas Sarkozy ont échoué, quoi qu'il en ait dit durant la campagne : " Je pense que nous sommes sortis de la crise financière. [à] L'Europe est dotée d'un gouvernement économique qui a surmonté la crise grecque " (interview à Ouest-France du 27 mars). Pourtant, cette bouffée d'oxygène diplomatique ne doit pas faire illusion. Si le président français s'est fermement prononcé en faveur du maintien de la Grèce dans la zone euro, s'il s'est dit prêt à " réfléchir à de nouvelles mesures de croissance " au profit de ce pays, son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, soulignait, le 21 mai (Europe 1) : " On ne peut pas vouloir rester dans l'euro et ne faire aucun effort. " Reste à savoir si cet effort doit être adouci et dans quelles proportions. Ce sera l'objet des prochaines discussions. Justement, le nouveau président va devoir prouver qu'il n'est pas un " capitaine de pédalo ", selon le méchant mot de Jean-Luc Mélenchon durant la campagne. Et consacrer son temps et son énergie à une situation d'urgence. Ses débuts, au G 8 de Camp David (18 et 19 mai), ont été plutôt souriants, mais les plats de résistance arrivent : réunion tripartite à Rome (Allemagne, France, Italie) durant la première quinzaine de juin. Et sommet européen les 28 et 29 du même mois. Enfin, François Hollande ne peut se contenter d'implorer une croissance venue d'Europe et doit prouver que sa propre politique économique est capable de doper l'activité française. La gauche avait beaucoup ironisé sur Nicolas Sarkozy qui voulait aller " chercher la croissance avec les dents ". Avec ses mots à lui, son successeur ne dit pas autre chose. Et c'est son principal défi que la crise grecque rend à la fois plus impératif et plus difficile. Il a bien un programme pour rendre la France plus compétitive : réformer l'école et la formation professionnelle, mobiliser l'épargne vers l'innovation et les PME, créer une banque publique d'investissement. Mais, en admettant que ces remèdes soient suffisants, il faut du temps pour qu'ils fassent sentir leurs effets : entre dix-huit mois et deux ans. Pour faire patienter les Français, le président va prendre des mesures qui, espère-t-il, favoriseront la consommation : coup de pouce au smic, augmentation de 25 % de l'allocation de rentrée scolaire (ARS). Le candidat a astucieusement bâti le calendrier du président : les mesures favorables au pouvoir d'achat verront le jour, pour la plupart, avant les législatives. Après ? Beaucoup dépendra de l'audit des finances publiques que la Cour des comptes remettra d'ici au 1er juin. Et de la volonté réformatrice du chef de l'Etat. Ecoutera-t-il les lobbys syndicaux, d'élus locaux ou de fonctionnaires, ou bien ces voix (voir l'encadré page 89) qui lui indiquent un chemin plus risqué pour retrouver compétitivité et croissance ? Voilà un premier défi. Il en est un second : le président s'est engagé à ramener les déficits à 3 % du produit intérieur brut en 2013. Pour cela, il a prévu une hausse des prélèvements de 29 milliards d'euros en 2013. Pour l'essentiel, elle pèse sur les entreprises. A tel point que certains économistes redoutent que ce choc fiscal ne nuise à la compétitivité. Pour la France, comme pour l'Europe, l'équation est bien la même : trouver le bon équilibre entre croissance et rigueur. CORINNE LHAÏKLe candidat a astucieusement bâti le calendrier du président : les mesures favorables au pouvoir d'achat verront le jour avant les législatives