Alors que le Premier ministre conservateur Boris Johnson était hospitalisé pour soigner enfin sérieusement une infection au Covid-19, le Parti travailliste s'est remis en ordre de marche pour affronter des temps incertains en élisant à sa tête, le samedi 4 avril avec 56,2 % des voix, l'ancien avocat Keir Starmer. Le défi est de taille. Le Labour a connu, le 12 décembre 2019, sa pire défaite électorale depuis 1935, ne réussissant à envoyer que 202 députés sur 650 à la Chambre des communes contre 365 pour son historique rival. Or, beaucoup se demandent si celui qui fut un discret secrétaire d'Etat chargé du Brexit, centriste et europhile, au sein du c...

Alors que le Premier ministre conservateur Boris Johnson était hospitalisé pour soigner enfin sérieusement une infection au Covid-19, le Parti travailliste s'est remis en ordre de marche pour affronter des temps incertains en élisant à sa tête, le samedi 4 avril avec 56,2 % des voix, l'ancien avocat Keir Starmer. Le défi est de taille. Le Labour a connu, le 12 décembre 2019, sa pire défaite électorale depuis 1935, ne réussissant à envoyer que 202 députés sur 650 à la Chambre des communes contre 365 pour son historique rival. Or, beaucoup se demandent si celui qui fut un discret secrétaire d'Etat chargé du Brexit, centriste et europhile, au sein du cabinet fantôme de son prédécesseur Jeremy Corbyn a la stature pour réussir le pari de la revalidation après une période assombrie par un discours confus sur la sortie de l'Union européenne, par une radicalité de gauche clivante et des relents récurrents d'antisémitisme. A vrai dire, le moment d'incertitude que vit le Royaume-Uni à l'image de l'Europe avec la crise du coronavirus pourrait s'avérer porteur pour ce presque néophyte en politique ; il n'est député des circonscriptions de Holborn et de Saint-Pancras, au coeur de Londres, que depuis 2015. L'esquisse de la stratégie de Keir Starmer a été dessinée dans sa première allocution de chef élu du Labour, diffusée par vidéo. Il a certes mis en avant la préoccupation de l'intérêt national qui s'imposait en cette période de crise sanitaire. La critique de sa gestion par le gouvernement sera donc constructive. Mais dans le même temps, il a poussé les arguments, inspirés par la situation actuelle, d'une confrontation future avec le Parti conservateur de Boris Johnson. " Notre volonté de nous rassembler (comme de gestes de solidarité l'ont montré lors de cette crise ) en tant que nation est restée en sommeil trop longtemps ", a commenté Keir Starmer. " Nous ne pourrons pas retourner au business as usual. Le virus a exposé la fragilité de notre société. " Et le nouveau chef des travaillistes de préciser combien l'Etat serait redevable demain aux travailleurs clés de la société, le personnel soignant, les employés des services à la population, les petites mains de la distribution à domicile... " Depuis trop longtemps, ils ont été non considérés et mal payés. Ils étaient les derniers ; maintenant, ils doivent être les premiers ", a-t-il clamé. Défense du service public - Keir Starmer a rappelé que les travaillistes avait été à l'origine de la création du Service national de santé publique (NHS) - dénonciation des conséquences de l'ultralibéralisme, restauration de l'Etat-providence... : le nouveau chef de file de l'opposition britannique élabore les bases d'un programme pour l'après-crise du coronavirus. Pour concentrer son action sur les attentes de la population, Keir Starmer devait encore solder le passif de son parti en matière d'antisémitisme qui avait tant pourri son action ces dernières années. Il s'y est attelé courageusement dans ce premier discours en reconnaissant la pertinence de l'accusation (" L'antisémitisme a été une tache sur notre parti "), en s'en excusant et en promettant de le combattre. " Je vais extirper ce poison à sa racine ", a-t-il asséné, faisant montre d'une détermination inédite à la tête du Parti travailliste.