On enquête, on n'enquête pas ? Il aura fallu près de trois mois au Parlement fédéral pour se décider. Le temps de laisser enfler le doute sur la manière dont le gouvernement Leterme a géré la vente de Fortis. Le temps, aussi, d'une incroyable affaire de pressions exercées par des ministres sur des magistrats. Mais on y est : le Parlement va amarrer deux vaisseaux pour faire la clarté sur les " événements ". Une commission d'enquête parlementaire planchera sur la séparation des pouvoirs ; elle devait être officiellement installée ce vendredi 16 janvier. Une commission dite " spéciale " analysera la gestion politique de la crise financière ; celle-là n'aura pas les mêmes pouvoi...

On enquête, on n'enquête pas ? Il aura fallu près de trois mois au Parlement fédéral pour se décider. Le temps de laisser enfler le doute sur la manière dont le gouvernement Leterme a géré la vente de Fortis. Le temps, aussi, d'une incroyable affaire de pressions exercées par des ministres sur des magistrats. Mais on y est : le Parlement va amarrer deux vaisseaux pour faire la clarté sur les " événements ". Une commission d'enquête parlementaire planchera sur la séparation des pouvoirs ; elle devait être officiellement installée ce vendredi 16 janvier. Une commission dite " spéciale " analysera la gestion politique de la crise financière ; celle-là n'aura pas les mêmes pouvoirs qu'un juge d'instruction. Pourquoi tant d'hésitation ? Certains objectifs font consensus. Prenons les pressions sur la justice. Les accusations de la mi-décembre proférées par le premier magistrat du pays sont terribles. Etaient-elles justifiées ? Comment éviter " ça " à l'avenir ? Réponses d'ici à la fin mars. Chacun en convient : il était impossible d'étouffer l'affaire. La quasi-faillite du fleuron financier Fortis méritait aussi quelques éclaircissements. Fallait-il vendre ? Comment ? Toujours utile, en cas de nouveau coup dur. Voilà pour les nobles intentions. Mais la Belgique est une incorrigible particratie, où les mêmes acteurs sont sans cesse en campagne électorale. On vote dans six mois, et cette perspective rend fébriles les présidents de parti, qui sont parfois également vice-Premiers ministres. Ces stratèges hument le vent et nourrissent de petites intentions peu avouables. Exemples : le CD&V voudrait blanchir le Premier ministre démissionnaire Yves Leterme. Les socialistes espèrent mouiller Didier Reynders, président du MR, et empocher une victoire idéologique contre le libéralisme. L'opposition souhaite pointer l'incurie de la grande coalition orange-bleue-rouge. L'un ou l'autre électron libre dénonce à voix basse la " république des juges ", lesquels auraient abusé de leur pouvoir ces dernières semaines. Les desseins tactiques anéantissent les enjeux de principe. On prête ainsi l'intention au MR d'avoir voulu retarder les débuts de la commission minimaliste qui jaugera la cession de Fortis. Parce qu'avant les élections régionales il ne fallait pas " exposer " Didier Reynders, négociateur en chef avec Leterme ? Crispation PS/MR, embarras chez les libéraux flamands de l'Open VLD (leur vice-Premier Karel De Gucht reste suspecté de délit d'initié), puis compromis réaliste au sein de la majorité. Les deux commissions avanceront de concert. " Mais en parallèle ! regrette le député Jean-Marc Nollet, chef de file d'Ecolo. Pourquoi ne pas aborder tous les problèmes au sein d'une seule commission ? Comme si les pressions sur la justice n'avaient rien à voir avec la façon dont Fortis a été vendueà Bref, la majorité cadenasse les débats. Elle veut sans doute actionner la grande lessiveuse pour sauver les personnes visées. " Même son d'opposition chez les socialistes flamands. Mardi, au Parlement, le député Dirk Van der Maelen a brandi un simple document A4 qui ferait office d'accord avec les Pays-Bas, concernant la vente des activités fructueuses de Fortis. " Les instances dirigeantes de Fortis ont dû signer à l'aveugle ce que Leterme et Reynders avaient négocié tels des amateurs. Mais saurons-nous un jour la vérité, puisque nous n'avons pas le réel pouvoir d'enquêter sur la question ? "Philippe Engels