MENTEUR ?

Nicolas Sarkozy a fait du bon gros mensonge un art politique, quand son adversaire se cantonne au registre des approximations. Exemples ? Le président sortant n'hésite pas à affirmer que François Hollande veut supprimer le quotient familial - il l'a voulu, mais y a renoncé ; que l'accord électoral signé avec les Verts prévoit la régularisation de tous les sans-papiers, ce qui est faux ; qu'il s'est rendu en personne à Fukushima et qu'il n'a jamais voulu livrer de centrale de production d'énergie nucléaire civile à Kadhafi (sur ces deux points, il a dû faire machine arrière) ; que François Mitterrand a pu faire deux septennats grâce à Jean-Marie Le Pen (lequel n'était pas candidat en 1981).
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Nicolas Sarkozy a fait du bon gros mensonge un art politique, quand son adversaire se cantonne au registre des approximations. Exemples ? Le président sortant n'hésite pas à affirmer que François Hollande veut supprimer le quotient familial - il l'a voulu, mais y a renoncé ; que l'accord électoral signé avec les Verts prévoit la régularisation de tous les sans-papiers, ce qui est faux ; qu'il s'est rendu en personne à Fukushima et qu'il n'a jamais voulu livrer de centrale de production d'énergie nucléaire civile à Kadhafi (sur ces deux points, il a dû faire machine arrière) ; que François Mitterrand a pu faire deux septennats grâce à Jean-Marie Le Pen (lequel n'était pas candidat en 1981). Parfois, le candidat ment au profit deà son adversaire ! Ainsi, quand il l'accuse de vouloir créer 61 000 postes supplémentaires de fonctionnaires : le chiffre exact est 65 000. Aussi faut-il le prendre très au sérieux quand il dit, dans ses meetings : " Aidez-moi à faire triompher la vérité contre le mensonge. "François Hollande, indubitablement. Au cours de la campagne, le candidat socialiste n'a jamais hésité à nuancer son propos, voire à changer de cap par souci tactique. Simples précisions apportées au programme - dixit son entourage - ou volte-face, la différence est parfois ténue. Exemple récent : le smic. En janvier, François Hollande renvoie la question de la revalorisation du salaire minimum à une " conférence sociale " avec patronat et syndicats, habile manière de ne pas s'engager. En février, il propose de lier l'évolution du smic à la croissance. Et voilà qu'en avril, sur fond de progression de Jean-Luc Mélenchon dans les intentions de vote, il promet un " coup de pouce " à l'été prochain. Autres exemples : le retour de la retraite à 60 ans, la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG, la suppression du quotient familial et celle de la taxe sur les mutuelles ont été avancésà avant de subtiles pirouettes qui en réduisent fortement la portée, quand elles ne signent pas un abandon pur et simple. Nicolas Sarkozy est plus constant, au point de revisiter des mesures qu'il avait déjà promises en 2007 ou après, mais qu'il n'a jamais mises en £uvre ou que très partiellement : travail le dimanche, suppression de la prime pour l'emploi, paiement des retraites le 1er du mois et non le 8. Nicolas Sarkozy, évidemment. Il achève un quinquennat aux multiples tempêtes. Auparavant, il avait occupé plusieurs grands ministères. A un ami qui s'étonnait qu'il ait le temps de regarder tant de films, il a expliqué un jour : " Quand on a été ministre du Budget, de l'Intérieur et de l'Economie, on connaît déjà tous les grands dossiers. " Pendant la crise financière, le président moquait l'inexpérience de Barack Obama pour mieux souligner que le Britannique Gordon Brown et lui, deux ex-ministres des Finances, savaient de quoi ils parlaient. François Hollande, qui n'a jamais eu le moindre portefeuille, peine à assumer pleinement sa situation, cherchant toujours à expliquer qu'il avait un poids décisif dans la conduite de l'Etat lorsqu'il était premier secrétaire du PS au côté de Lionel Jospin, chef de gouvernement. Le candidat socialiste paraît sur la défensive, or plusieurs grands dirigeants d'aujourd'hui n'ont jamais eu de responsabilités exécutives sur le plan national avant leur accession au pouvoir. François Hollande. Car il a affiché deux importantes réformes. D'abord, sa priorité en faveur de l'école. Quoi de plus politique, de plus essentiel, en France, que l'éducation ? Hollande s'attaque ensuite à un autre gros morceau : le dialogue social, peu satisfaisant en France. Il propose d'accorder une grande autonomie aux syndicats et au patronat et a promis de consacrer cette nouvelle liberté en l'inscrivant dans la Constitution. Question : jusqu'où ira-t-il dans cette voie sans froisser une légitimité concurrente, celle des élus politiques ? Nicolas Sarkozy, qui a multiplié piques, attaques et bravades à l'adresse des syndicats. Longtemps, le chef de l'Etat s'est forgé l'image d'un homme de dialogue, organisant moult sommets sociaux à l'Elysée ou affichant sa complicité avec la CGT de Bernard Thibault. Depuis son entrée en campagne, Nicolas Sarkozy a voulu se réinventer en candidat capable de nourrir un lien direct avec les Français, assez courageux pour surmonter les blocages des corps intermédiaires. François Hollande l'emporte haut la main : ses mots d'esprit sont souvent subtils, son sens de la repartie est quasi inégalable. Il lui arrive de rire de lui-même, ce qui n'est pas donné à tous les responsables politiques. De son côté, Nicolas Sarkozy, après avoir rappelé que les Français n'enverraient pas Guy Bedos à l'Elysée, s'est mis, dans la dernière ligne droite, à faire quelques sketchs au cours de ses petits meetings, ceux que la télévision ne peut retransmettre. Avec de vrais airs de Louis de Funès. Et il a marqué d'un humour inédit son passage au Petit Journal de Canal +. François Hollande, sans conteste. S'il est élu, le candidat socialiste engagera 15 milliards d'euros de nouvelles dépenses et réduira les impôts de 5 milliards. Nicolas Sarkozy, lui, se contente de 4 milliards d'un côté et de 5,5 de l'autre. Au total, 20 milliards pour la gauche et 9,5 milliards pour la droite. Par ailleurs, les deux candidats se sont engagés à modérer l'augmentation de l'ensemble des dépenses afin de faire disparaître les déficits. Là encore, Hollande est moins économe : avec lui, la hausse s'élèverait à 1 % par an ; avec Sarkozy, à 0,4 % seulement. Un quinquennat hollandais ferait progresser les dépenses de 165 milliards en cinq ans. Un nouveau mandat sarkozyste, de 100 milliards. Ce constat mérite toutefois deux nuances. D'abord, le candidat du PS a posé comme condition à certaines réformes (ou à leur ampleur) le retour de la croissance. Ensuite, la modération de son concurrent doit être relativisée. Nicolas Sarkozy a le mérite d'être le plus précis dans les économies qu'il entend réaliser, mais l'Institut Montaigne a pointé une tendance à la survalorisation de celles-ci. Pourrait-on vraiment trouver 13 milliards dans l'assurance-maladie, ou 6 milliards en poursuivant la révision générale des politiques publiques ? Copier les autres n'empêche pas Nicolas Sarkozy d'être créatif. Il part toujours d'un principe : ce n'est pas parce que cela n'a jamais été fait qu'il ne faut pas le tenter. Au contraire, tout ce qui est neuf lui paraît supérieur, presque par définition, puisqu'il s'agit avant tout de casser les codes. Ce fut longtemps l'un de ses atouts. Après dix ans de présence sur le devant de la scène publique, son imagination commence toutefois à se tarir sérieusement : les grosses surprises promises pour sa campagne ont rarement été à la hauteur. Il n'empêche, le chef de l'Etat continue d'échafauder des scénarios de réformes. Nicolas Sarkozy en a toujours fait sa marque de fabrique. La fin de campagne l'a encouragé sur cette pente. Le candidat a accumulé les gages en faveur de la Droite populaire, avec l'objectif à peine caché - mais vain - de plumer la volaille FN. Sur le terrain sécuritaire, Fran-çois Hollande n'avance qu'une proposition : le doublement du nombre de centres éducatifs fermés. FRANÇOIS KOCH, AGNÈS LAURENT, CORINNE LHAÏK, ERIC MANDONNET, MARIE- CAROLINE MISSIR, ROMAIN ROSSOLa différence entre un quinquennat hollandais ou sarkozyste ? 65 milliards d'euros !