La différence entre la droite et l'extrême droite, qui partagent souvent les mêmes valeurs sociétales et morales, réside pour faire court entre la ferme croyance pour les premiers dans les vertus de la démocratie, et la conviction pour les seconds qu'un bras armé et autoritaire prime sur le débat républicain. Il n'est pas question ici de s'interroger sur les vertus stylistiques de Quentin Tarantino (même si !) unanimement reconnues dans le monde entier. Mais plutôt de s'inquiéter de ce que disent constamment ses films. Le talent ne fait pas tout et ne doit surtout jamais masquer l'arrière-fond idéologique. Certes, l'auteur d' Inglourious Basterds (2009) est connu pour être l'héritier d'un...

La différence entre la droite et l'extrême droite, qui partagent souvent les mêmes valeurs sociétales et morales, réside pour faire court entre la ferme croyance pour les premiers dans les vertus de la démocratie, et la conviction pour les seconds qu'un bras armé et autoritaire prime sur le débat républicain. Il n'est pas question ici de s'interroger sur les vertus stylistiques de Quentin Tarantino (même si !) unanimement reconnues dans le monde entier. Mais plutôt de s'inquiéter de ce que disent constamment ses films. Le talent ne fait pas tout et ne doit surtout jamais masquer l'arrière-fond idéologique. Certes, l'auteur d' Inglourious Basterds (2009) est connu pour être l'héritier d'un genre de cinéma viril et hyperdosé en testostérone (westerns, films noirs de Hong Kong, sagas vengeresses du cinéma japonais). Chez Tarantino, l'arme fait tout. Un prolongement phallique qui affirme le statut dominant, le pouvoir et le droit à rendre la justice. Trois films en particulier martèlent des messages soulevant cette question : Tarantino ne serait-il pas de tendance extrême droite ? C'est autour de cette affirmation que s'articulent les deux épisodes de Kill Bill (2003 et 2004). Une jeune femme enceinte et dont la répétition du mariage se termine tragiquement décide, une fois sortie du coma, d'occire tous ceux qui ont trempé dans ce bain de sang. Une apologie jamais discutée de la peine capitale. Tout est mis en place (la grossesse de l'héroïne, la sauvagerie des meurtriers, le moment choisi - les noces, la constitution d'une famille devant Dieu - pour la tuerie) pour nous conditionner et nous ranger aux côtés de cette impitoyable vengeresse. Sauf que non, l'autojustice n'est pas de la justice et outrepasser les lois, même pour servir une cause (lourdement) justifiée, c'est créer une civilisation où l'instinct remplace la législation. Nous ne sommes pas loin des déclarations du peu gauchiste président philippin Rodrigo Duterte appelant aux meurtres systématiques des dealers. C'est au milieu de Boulevard de la mort (2007) qu'est prononcée une réplique expliquant que les flics, entravés par les lois qui limitent leur action, sont impuissants à mettre hors d'état de nuire l'homme qui menace les héroïnes. Poussant du coup celles-ci à prendre les armes pour se défendre. Vieille litanie de l'extrême droite qui consiste à déplorer un soi-disant vide législatif pour justifier le passage à l'acte. Et qui prend ici des allures de lynchage puisque dans les dernières minutes, alors qu'il est à terre et neutralisé, le méchant est exécuté d'une balle dans la tête. Pourquoi ? Pour rien. Zéro procès. Déni de justice. Nauséeux. Tarantino s'est souvent déclaré pour le droit de posséder une arme à feu et d'en faire libre usage. Un credo qu'il reprend dans le quart d'heure final de Once Upon a Time... in Hollywood (2019) où, au profit d'une distorsion moralement douteuse de la réalité historique, le cinéaste se livre à un plaidoyer pour le droit de chaque citoyen à s'autodéfendre. Du pur Trump dans le texte. Le tout rehaussé d'une pointe de mauvais goût lorsque l'on sait qu'ici, cette " arme " est un lance-flammes, symbole des exactions de l'armée américaine sur les populations civiles durant la guerre du Vietnam qui se déroule à la même époque que cette fiction. Le patriotisme obstiné a ses limites. Elles sont ici irrémédiablement franchies.