Les verts paysages de la campagne anglaise recèlent parfois des turpitudes inattendues. La scène se passe à Stonefield, pension cosy pour littérateurs. Beth, génie du logis à l'âme pâtissière, veille sur ses " gendelettres ", à commencer par son mari, Nick, romancier à succès, séducteur occasionnel. Tout n'est qu'ordre et bon thé, luxe, calme et encore une tasse de thé, merci. Silence, on écrit - on se croirait dans une église, s'il n'y avait Tamara Drewe, ancienne moche reconvertie dans le glamour décomplexé par la grâce d'u...

Les verts paysages de la campagne anglaise recèlent parfois des turpitudes inattendues. La scène se passe à Stonefield, pension cosy pour littérateurs. Beth, génie du logis à l'âme pâtissière, veille sur ses " gendelettres ", à commencer par son mari, Nick, romancier à succès, séducteur occasionnel. Tout n'est qu'ordre et bon thé, luxe, calme et encore une tasse de thé, merci. Silence, on écrit - on se croirait dans une église, s'il n'y avait Tamara Drewe, ancienne moche reconvertie dans le glamour décomplexé par la grâce d'un chirurgien du nez, rodant son charme tout neuf pour dérégler la mécanique douillette du cocon d'écrivains. L'histoire commence comme un vaudeville, elle s'achèvera en drame. Toute ressemblance avec le livre de Thomas Hardy Loin de la foule déchaînée est revendiquée par Posy Simmonds, auteur de ce roman graphique hors norme. Un cas, cette Posy Simmonds. Dessinatrice vedette du quotidien de gauche The Guardian, elle s'impose comme femme dans le milieu plutôt masculin de la bande dessinée, et comme cartoonist dans une Grande-Bretagne qui ignore presque tout du 9e art. La dame a tout d'une lady, courtoisie so British, chevelure sage et tailleur chic, n'était son attirail de gouaches et de feutres, et ce sourire en coin qui papillote jusque dans ses pages. Tranquillement féministe, elle aime ses personnages de filles un peu perdues, sa Beth au grand c£ur et aux cuisses un peu fortes, sa Gemma Bovery qui la fit connaître de ce côté du Channel en 2000. A l'époque, Posy Simmonds avait trouvé l'inspiration chez Flaubert. Elle l'a ensuite cherchée du côté de Dickens - en vain : " Ses personnages sont déjà si caricaturaux que ça ne passait pas en BD. "De Flaubert ou Hardy, elle dit qu'ils font " un terreau fertile pour des histoires contemporaines " : " Tout a changé mais rien n'a changé, des angoisses de l'amour, des aspirations déçues. " Posy les a relus avant de les ranger sous clef. Respectueuse et infidèle. En visite à Paris, elle promène son grand carnet noir où elle crayonne idées, intuitions, personnages en devenir. Comme Glen Larson, l'universitaire américain de Stonefield, qui traîne son manuscrit comme un boulet : " Je le voulais roux, barbu, explique-t-elle en feuilletant ses esquisses. Il est arrivé par petites touches, avec ses pantalons de velours et ses petites lunettes. " Plus loin, elle s'arrête sur un autre dessin, un plateau de fast-food : " J'adore ces couleurs magnifiques. C'est splendide, non ? Et tellement dégoûtant ! J'aimerais bien écrire quelque chose sur l'obésité... " On s'en délecte par avance. Tamara Drewe, par Posy Simmonds. Denoël Graphic, 133 p.Marion Festraëts