Dans le Far West de la finance américaine, une guerre sourde oppose, depuis le début de la crise - à coups de milliards de dollars - les grandes banques aux hedge funds. Ces derniers ont tiré les premiers, en s'adonnant à leur sport favori : le short-selling (en français, vente à découvert). Une pratique qui consiste à vendre à terme, au prix d'aujourd'hui, des titres qu'on ne possède pas et qu'on achètera , juste avant la vente, à un prix plus bas. En d'autres mots, à spéculer sur la bai...

Dans le Far West de la finance américaine, une guerre sourde oppose, depuis le début de la crise - à coups de milliards de dollars - les grandes banques aux hedge funds. Ces derniers ont tiré les premiers, en s'adonnant à leur sport favori : le short-selling (en français, vente à découvert). Une pratique qui consiste à vendre à terme, au prix d'aujourd'hui, des titres qu'on ne possède pas et qu'on achètera , juste avant la vente, à un prix plus bas. En d'autres mots, à spéculer sur la baisse de valeurs. Ou, plus crûment encore, comme le martèle le hedgie Steve Cohen à ses troupes : " Vous mangez ce que vous tuez. " Un jeu qui n'est pas sans risque : après que George Soros eut fait plonger le baht thaïlandais, dans les années 1990, la mafia locale avait placé un contrat sur sa tête ! Cette année, c'est sur la chute des banques, jugées surendettées et mal gérées, que beaucoup de fonds ont misé, alimentant parfois leur descente aux enfers à coups de rumeurs alarmistes. Première victime de poids : Bear Stearns, cinquième banque d'investissement de Wall Street. En faillite, l'établissement, qui cotait encore 170 dollars au début de 2007, est finalement racheté pour 10 dollars, en mars dernier, par sa concurrente JPMorgan. Les mauvaises langues rappellent que, lors de la chute du hedge fund LTCM, en 1998, Bear Stearns fut la seule grande banque de Wall Street à avoir refusé de lui venir en aideàMais la chute de Bear Stearns n'aura été qu'une légère secousse, comparée au séisme causé par l'écroulement de Lehman Brothers, qui a dévasté le paysage bancaire américain et mondial. Une catastrophe dont les hedge funds refusent d'endosser la responsabilité. " Les banques se sont mises dans ce bourbier toutes seules, s'indigne ainsi l'un d'entre eux. Nous n'avons fait que pointer du doigt une réalité désagréable. " Après la chute de Lehman, les hedge funds n'en ont pas moins fait l'objet d'une remise au pas. " Nous allons tuer les mauvais et réguler les autres ", a ainsi déclaré, en guise de programme, Henry Paulson, secrétaire au Trésor et lui-même ancien patron de Goldman Sachs. Ce qui fut aussitôt mis en chantier avec l'interdiction, certes temporaire, des ventes à découvert. Quant aux banques, qui avaient massivement investi dans les hedge funds, elles en ont tout aussi violemment retiré leur argent. Poussées par la nécessité d'assurer leur survie. Pas mécontentes, non plus, de rendre à ces maudits hedgies la monnaie de leur pièce.