1 Sauver le soldat Royal

Sa carte de visite - " Madame Ségolène Royal " - donne le ton. On y trouve ses titres de gloire, comme " présidente de la Région Poitou-Charentes ", " ancienne ministre " et cette mention surprenante : " députée honoraire ". Même à l'Assemblée nationale, les experts doivent se plonger dans le règlement intérieur pour savoir de quoi il s'agit. Ont droit de s'appeler " membre honoraire de l'Assemblée nationale " les élus qui ont gagné au moins trois fois les législatives. C'est son cas - elle a obtenu quatre mandats dans les Deux-Sèvres. En se présentant cette fois à La Rochelle, soit à 100 kilomètres de là, l'ex-compagne de François Hollande voudrait se relancer au Parlement, mais elle a trouvé en travers de sa route le dissident socialiste local, Olivier Falorni.
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Sa carte de visite - " Madame Ségolène Royal " - donne le ton. On y trouve ses titres de gloire, comme " présidente de la Région Poitou-Charentes ", " ancienne ministre " et cette mention surprenante : " députée honoraire ". Même à l'Assemblée nationale, les experts doivent se plonger dans le règlement intérieur pour savoir de quoi il s'agit. Ont droit de s'appeler " membre honoraire de l'Assemblée nationale " les élus qui ont gagné au moins trois fois les législatives. C'est son cas - elle a obtenu quatre mandats dans les Deux-Sèvres. En se présentant cette fois à La Rochelle, soit à 100 kilomètres de là, l'ex-compagne de François Hollande voudrait se relancer au Parlement, mais elle a trouvé en travers de sa route le dissident socialiste local, Olivier Falorni. Etrillée à la primaire et sans troupes, Ségolène Royal joue là son avenir politique. Dans l'épreuve, elle a reçu l'appui de tout le Parti socialiste, une fois n'est pas coutume. " On ne la lâche pas, explique François Kalfon, le "M. Sondages" du PS. On ne détourne pas le regard. Elle est comme un ami dans le besoin. " Qui l'eût dit ? Naguère, Ségolène Royal provoquait les lazzis de l'appareil. " Il faut avoir l'esprit mal tourné pour lui reprocher quoi que ce soit ", renchérit le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas. Exemplaire pendant la présidentielle, elle espère que sa loyauté lui vaudra, en cas de victoire, ce perchoir qui lui a été promis en haut lieu. A La Rochelle se joue aussi l'autorité de François Hollande. " Si un élu espère participer à quoi que ce soit de l'aventure qui commence, il n'a pas intérêt à contester le choix du président ", note un camarade. " Cette place au perchoir arrangerait tout le monde, estime un président de conseil général. Ce n'est pas un poste d'influence sur le gouvernement. " Et d'ajouter : " Si elle perd, elle va se retrouver à nouveau sur le marché. Que reste-t-il comme postes importants à pourvoir ? La direction du parti. François Hollande ne pourrait pas la lui refuser, au nom de la paix entre camarades. " Ce serait le début d'un nouveau feuilleton. Et la revanche du congrès de Reims qui avait vu Martine Aubry s'imposer comme première secrétaire du Parti socialiste. Un Le Pen en cache (encore) une autre. Voici maintenant Marion Maréchal-Le Pen, 22 ans, petite-fille de Jean-Marie et nièce de Marine (elle est la fille de Samuel Maréchal, ancien patron du Front national de la jeunesse, et de Yann Le Pen). Poussée par son grand-père à " laver [son] honneur " dans la circonscription de Carpentras (3e, Vaucluse), cette étudiante en droit à l'université Paris II-Assas - comme, naguère, sa tante - n'est plus la jeune femme timide et fragile des régionales de 2010. Elle est arrivée en tête avec 34,63 % des voix, devant le député sortant, l'UMP Jean-Michel Ferrand, 69 ans, élu depuis 1986. Après avoir hésité à se présenter, cette jolie blonde a habilement géré son parachutage, en s'assurant d'avoir une équipe locale à sa main et en prenant pour suppléant l'avocat Hervé de Lépinau, un proche de l'ex-FN Jacques Bompard, le puissant maire d'Orange, lequel est pourtant en conflit avecà Jean-Marie Le Pen. Si elle est élue le 17 juin, Marion Maréchal deviendra la benjamine de l'Assemblée, comme Le Pen en 1956. Mais la partie sera difficile : Martine Aubry a demandé à Catherine Arkilovitch, la candidate socialiste, arrivée en troisième position, de se retirer pour " faire barrage " au FN. Y aura-t-il au moins un(e) Le Pen à l'Assemblée ? A Hénin-Beaumont, dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, la présidente du Front a remporté haut la main la première manche en éliminant Jean-Luc Mélenchon. Il lui faut gagner la seconde, face au PS Philippe Kemel, soutenu par Martine Aubry. Un candidat qu'elle a qualifié d'" inodore, incolore, sans saveur, sans portée, et donc inutile ", et qui refuse de débattre avec elle entre les deux tours. Sur le papier, le récent redécoupage électoral favorise la gauche, mais Marine Le Pen compte sur sa dynamique du premier tour : avec 42,36 % (24,47 % en 2007), elle devance son rival de 19 points ! Tout dépendra du report des voix de Mélenchon et des consignes du centriste Jean Urbaniak. Un autre familier de Marine Le Pen pourrait l'emporter. Dans la 2e circonscription du Gard, l'avocat Gilbert Collard est arrivé en tête (34,57 %) face à la socialiste Katy Guyot (32,87 %). L'UMP Etienne Mourrut, député sortant, est loin derrière (23,89 %) et " hésitait ", en milieu de semaine, à se maintenir au second tour. Dans les Bouches-du-Rhône, Roland Chassain, lui, a décidé de se retirer, avec le souhait affirmé de faire tomber le PS Michel Vauzelle. La stratégie frontiste consiste à démontrer que la base UMP ne suit plus les recommandations de sa direction. Selon un sondage Ipsos réalisé la veille du premier tour, 66 % des électeurs UMP sont favorables à un accord de désistement mutuel entre un candidat de droite et un autre du FN, quand il s'agit de battre un candidat de gauche au second tour. Dimanche 10 juin, François Bayrou a passé la journée chez lui, à Bordères (Pyrénées-Atlantiques), avant d'appeler la préfecture pour connaître les résultats. Il raccroche, " sonné ", rapporte une proche. Le coup est rude. Il est triple : nationalement, le MoDem s'effondre ; localement, son leader arrive loin derrière la socialiste et il est talonné par le candidat de l'UMP, qui reste en lice. " Le pire n'était pas le plus évident et pourtant il s'est produit ", constate, dépité, l'un des derniers fidèles. Et maintenant ? Son élection serait un miracle et l'amorce d'une possible renaissance. En revanche, une défaite l'obligerait à remettre à plat sa stratégie s'il veut éviter la disparition politique. " Il n'a parcouru que la moitié du chemin, juge un collaborateur. Il doit clairement dire qu'il est prêt à gouverner avec Hollande. " Avec le nouveau chef de l'Etat, le courant passe bien, mais ça ne suffit pas. Il lui faudrait d'autres relais au sein du PS et ce n'est pas gagné. " Malgré ses attaques contre Sarkozy, il a gardé ces dernières années un relationnel amical à droite, mais n'en a construit aucun à gauche, se désole un élu. On en paie le prix aujourd'hui. "" On en a vu d'autres. " " Ne t'inquiète pas. " Le dimanche 10 juin, alors que plusieurs de ses proches se soucient de son moral, Jean-Luc Mélenchon tente, par SMS, d'apparaître comme un homme au cuir épais. Sa meilleure amie au Parti communiste, Marie-George Buffet, n'élude pas l'évidence pour autant : " Lorsqu'on perd une bataille, c'est toujours un choc. Et l'occasion d'une remise en question. " Elle l'a eu au téléphone le jour du vote, le jour de la déroute, elle a également échangé avec lui le lendemain, le matin de la gueule de bois. Et l'ancienne ministre de promettre : " Il rebondira. " Une conjugaison au futur que les images des télévisions contredisaient au soir du premier tour : engoncé dans son impair, ses petites notes à la main, le tribun laissait alors la place au mauvais élève. Les soutiens du déchu du Pas-de-Calais regardent déjà vers Strasbourg et Bruxelles, puisque leur leader reste eurodéputé : " Beaucoup de mesures prises par le gouvernement Hollande vont l'être sous pression de l'Union européenne ", avance l'un d'eux, qui ajoute : " Daniel Cohn-Bendit y a bien fait son trou ; Jean-Luc aussi peut devenir l'un des trublions du Parlement européen. " Un rôle que n'est pas encore parvenu à jouer Mélenchon, depuis trois ans qu'il exerce son mandat continental. Paradoxalement, l'humiliation héninoise devrait lui permettre de sortir de son isolement. A force de trop marcher seul, la figure de la présidentielle a fini par se perdre. Un exemple ? L'influent député communiste André Chassaigne n'a pas échangé quelques mots avec " son " candidat à l'Elysée depuis le 14 mars. Les dernières semaines de la campagne présidentielle ont été pilotées exclusivement par François Delapierre, un ancien socialiste proche de Julien Dray, qui s'est appliqué à tout cloisonner autour de Mélenchon. La bataille des législatives dans le Pas-de-Calais fut l'ultime étape de cet enfermement : coupé de sa garde rapprochée, elle-même en campagne ailleurs, le capitaine Mélenchon s'est laissé piéger par l'atmosphère anxiogène qui régnait sur les marchés de la circonscription. Il a perdu seul, il ne renaîtra qu'entouré.La brutalité de sa chute est à la mesure de la fulgurance de son ascension. Il y a cinq ans, Rama Yade, égérie du sarkozysme triomphant, jeune femme issue de la diversité, incarnait le nouveau visage de la politique ; aujourd'hui, elle est la seule, de tous les anciens membres du gouvernement Fillon en lice, à avoir été sortie dès le premier tour. Candidate du Parti radical, dont elle est vice-présidente, soutenue par le MoDem, elle n'a pas seulement perdu la primaire qui l'opposait au candidat de l'UMP Manuel Aeschlimann, elle a carrément perdu la face, réunissant à peine 13,84 % des voix sur son nom quand, jusqu'au bout, elle a cru jouer la course en têteàC'était hier. Elle était la reine de la fête, l'une des " chouchoutes " d'un président toujours indulgent avec les " coups de gueule " d'une icône. Lassée de ce paternalisme quand elle attendait un soutien politique, Rama Yade a fini par quitter le giron du chef de l'Etat, persuadée de trouver enfin un destin à la mesure de ses ambitions. Victime de l'effet " vue à la télé ", se laissant peu à peu aveugler par l'éclat d'une popularité médiatique aussi scintillante qu'illusoire, l'ex-symbole de la rupture a cru déceler dans l'empressement des passants à venir la saluer un socle électoral fort, et la promesse d'un beau score législatif. Ces dernières semaines, malgré de très mauvais sondages, elle a refusé d'entendre l'avertissement, invoquant des " manips " de ses adversaires, affichant sa conviction que le temps des " barons " était passé. Comme Jean-Christophe Fromantin a effacé les Sarkozy de Neuilly, elle a pensé, forte de son franc-parler, pouvoir balayer un homme aux prises avec la justice. Oubliant un peu vite qu'elle-même avait été radiée des listes électorales de Colombes en janvier, accusée d'avoir menti sur sa domiciliation. Le scrutin du 10 juin s'est chargé de rappeler à cette " rebelle " la réalité nue de la politique. TUGDUAL DENIS, ELISE KARLIN, ERIC MANDONNET, ROMAIN ROSSO, BENJAMIN SPORTOUCH ET MARCELO WESFREID;A La Rochelle, derrière le sort de Ségolène Royal, se joue aussi l'autorité de François Hollande Elle veut " laver l'honneur " de son grand-père à Carpentras " Il doit clairement dire qu'il est prêt à gouverner avec Hollande " (un proche) " Lorsqu'on perd une bataille, c'est toujours un choc. Et l'occasion d'une remise en question " (Marie-George Buffet) Aveuglée par l'éclat d'une popularité médiatique aussi scintillante qu'illusoire