Attention, paroles présidentielles en liberté. C'est une de ses marques de fabrique. Nicolas Sarkozy est un chef d'Etat qui parle. De tout. Beaucoup. En privé, en public. Sans toujours maîtriser les conséquences de ses propos. " Le problème, c'est la petite phrase qui n'était pas dans le discours ", confie un ministre. Longtemps, le verbe sarkozyste a permis de déplacer les lignes. Il suscitait la polémique ? Le " Kärcher " et la " racaille " ont déchaîné les passions, mais avaient un intérêt politique précis, signaux envoyés à l'électorat d'extrême droite, qui s'en est souvenu lors de l'élection de 2007. Aujourd'hui, en pleine crise, la parole présidentielle met le feu aux poudres et réveille un antisarkozysme qui ne guettait que ce moment-là.
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Attention, paroles présidentielles en liberté. C'est une de ses marques de fabrique. Nicolas Sarkozy est un chef d'Etat qui parle. De tout. Beaucoup. En privé, en public. Sans toujours maîtriser les conséquences de ses propos. " Le problème, c'est la petite phrase qui n'était pas dans le discours ", confie un ministre. Longtemps, le verbe sarkozyste a permis de déplacer les lignes. Il suscitait la polémique ? Le " Kärcher " et la " racaille " ont déchaîné les passions, mais avaient un intérêt politique précis, signaux envoyés à l'électorat d'extrême droite, qui s'en est souvenu lors de l'élection de 2007. Aujourd'hui, en pleine crise, la parole présidentielle met le feu aux poudres et réveille un antisarkozysme qui ne guettait que ce moment-là. Le chef de l'Etat répète qu'il garde son sang-froid, ses déclarations provoquent autant de bouffées de chaleur. Le mouvement des chercheurs français doit-il plus au projet de décret de la ministre de tutelle ou à la fureur qu'ont déclenchée deux déclarations successives du chef de l'Etat ? Son discours aux scientifiques et aux universitaires, le 22 janvier (" Pardon, je ne veux pas être désagréable, à budget comparable, un chercheur français publie de 30 à 50 % en moins qu'un chercheur britannique dans certains secteurs. Evidemment, si l'on ne veut pas voir cela ", lance-t-il à ses hôtes du jour, et d'ironiser : " Je vous remercie d'être venus, il y a de la lumière, c'est chauffé "), est interprété comme une agression, même parmi les chercheurs membres des Jeunes actifs de l'UMP. Le 16 février, certains conseillers de l'Elysée appelaient encore des universitaires pour se dédouaner de toute influence dans la rédaction de ce texteàLa dernière émission du président a provoqué des dégâts jusqu'à l'étranger : l'Elysée a dû s'excuser auprès de Gordon Brown après les critiques de Nicolas Sarkozy contre le Royaume-Uni. Le président ne joue pas seulement avec le feu verbalement ; certaines de ses promesses, aussi, lui reviennent en boomerang. La plus spectaculaire, sur le pouvoir d'achat, avait scandé sa campagne - il en faisait " le principal problème économique de la France ". Déjà, le malentendu se creusait. Pour le président, c'est la croissance, et ce fameux point supplémentaire qu'il promettait de ramener, qui allaient doper les revenus. Les Français, eux, espéraient des résultats immédiats, sur leur fiche de paie. Deux ans plus tard, et malgré plusieurs lois (heures supplémentaires, rachat des jours de RTT, déblocage des fonds de la participation, etc.), ils ont le sentiment que rien n'a changé et que la crise va encore aggraver la situation. Le 5 février, avec des accents dignes d'un leader populiste sud-américain, Nicolas Sarkozy s'attaque au partage des profits et prône la répartition de cette manne en trois tiers : un pour les actionnaires, un pour les investissements, un pour les salariés. Ce n'est pas la première fois qu'il s'avance sur ce terrain. Il a beau préciser qu'il s'agit d'un simple " ordre d'idées ", dans certaines entreprises publiques, les salariés le prennent au mot et réclament que l'Etat actionnaire donne l'exemple. Même si, de manière générale, les syndicats préfèrent des hausses de rémunération à une distribution d'hypothétiques profits. Et voici la braise de la question salariale réchauffée. S'amender sans se renier : en ce premier semestre de 2009, non seulement Nicolas Sarkozy joue avec le feu, mais il joue aussi son quinquennat. Un débat monte, qui n'épargne pas sa majorité. Dès lors que le pays est confronté à la " crise du siècle ", les engagements pris en 2007 restent-ils prioritaires ? Depuis le début de la tempête financière, le président s'efforce de maintenir son inspiration de départ. Le 5 février, il affirme que le c£ur de sa campagne - réhabiliter le travail - est toujours d'actualité et ajoute : " Je ferai en sorte de ne pas mettre la poussière sous le tapis, mais de résoudre tous les problèmes qui sont ceux de la France et pas de les différer pour les autres. " Avant la crise, la France connaissait moins de croissance et plus de chômage que les autres ; après, cette exception doit avoir disparu, promet-il. Une analyse économique que la situation des Antilles vient, paradoxalement, nourrir : loupe (très) grossissante, elle illustre les limites de l'économie assistée, où, " quand on veut du pouvoir d'achat, on se tourne vers la préfecture ", selon la formule d'un ancien ministre de l'Outre-Mer. Mais si l'explosion sociale est une menace, celle des comptes publics est déjà une réalité. Encore ignorée. " Tout discours sur le sujet est inaudible aujourd'hui, il ne sert à rien de jouer les Don Quichotte ", soupire un parlementaire UMP. Pourtant, dans le dernier rapport de la Cour des comptes, son premier président, Philippe Séguin, s'inquiète de la dérive de la dette : si la France se comporte comme après la récession de 1993, qui avait marqué un décrochement durable des finances publiques, la dette publique s'élèverait à 83 % du produit intérieur brut à la fin de 2012, bien loin de la prévision actuelle (68,6 %). 2012, année de l'élection présidentielle... C'est aussi en pensant à cette échéance que Nicolas Sarkozy gère le présent. Dans l'hypothèse où le gros de la crise est alors passé, la question ne sera pas de savoir si le président a su en limiter les effets, mais si l'économie de la France redémarre aussi vite que celle des autres pays et si ses déficits publics, plus lourds qu'ailleurs, ne la pénalisent pas. Le chef de l'Etat serait comptable d'une telle situation. Et c'est pourquoi ce premier semestre de 2009 constitue déjà le tournant du quinquennat. CORINNE LHAÏK, ÉRIC MANDONNET ET LUDOVIC VIGOGNE; C. L., E. M. et L. V.